mercredi 21 septembre 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-22NT01687 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU & SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C F et Mme E D ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours dirigé contre la décision du 20 mai 2021 de l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo) refusant de délivrer un visa d'entrée et de long séjour à Mme E D et Helena A, en qualité de membres de famille de réfugiée.
Par un jugement n°2110472 du 11 avril 2022, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête enregistrée le 1er juin 2022 sous le n°22NT01687, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande à la cour l'annulation de ce jugement du 11 avril 2022.
Le ministre soutient que :
- le jugement supplétif rendu le 6 juillet 2019 par le tribunal de paix de Muanda en méconnaissance des articles 94 et 99 de la loi locale n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l'enfant, a été prononcé par une juridiction incompétente ;
- les actes de naissance établis au vu de ce jugement sont non probants ;
- le ministre entend en outre s'en rapporter à ses écritures déposées en première instance.
II. Par une requête enregistrée le 1er juin 2022 sous le n°22NT01688, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande à la cour de prononcer le sursis à exécution du jugement du 11 avril 2022 en application des dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative.
Le ministre soutient que :
- le jugement supplétif rendu le 6 juillet 2019 par le tribunal de paix de Muanda en méconnaissance des articles 94 et 99 de la loi locale n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l'enfant, a été prononcé par une juridiction incompétente ;
- les actes de naissance établis au vu de ce jugement sont non probants ;
- le ministre entend en outre s'en rapporter à ses écritures déposées en première instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C F, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née le 20 juillet 1985, s'est vu reconnaître en France la qualité de réfugiée en 2018. Des demandes de visas d'entrée et de long séjour en vue de la rejoindre ont été déposées pour Mme E D et Helena A, qu'elle présente comme ses filles. Par une décision du 20 mai 2021 les autorités consulaires françaises de Kinshasa ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une première requête, enregistrée sous le n°21NT01687, le ministre de l'intérieur et des outre-mer relève appel du jugement du 11 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision implicite par laquelle la commission de recours a refusé à Mme E D et Helena A la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour et a enjoint au ministre de lui délivrer les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Par une seconde requête, enregistrée sous le n°22NT01688, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande que soit prononcé le sursis à exécution de ce même jugement.
2. Les requêtes n°22NT01687 et 22NT01688 présentées par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sont dirigées contre le même jugement et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.
3. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d'une décision juridictionnelle frappée d'appel () / après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la requête n°22NT01687 :
4. L'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale :() / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ".
5. Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L.434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. / La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. (). La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial de l'enfant d'une personne à laquelle la qualité de réfugiée a été reconnue ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure notamment au nombre de ces motifs l'absence de caractère probant des documents destinés à établir le lien de filiation entre le demandeur de visa et le membre de la famille qu'il projette de rejoindre sur le territoire français ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.
6. Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ", ce dernier disposant que " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
7. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
8. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige est fondée sur un motif tiré du défaut de justification de l'identité des demanderesses de visa et de leur lien de filiation avec Mme F.
9. Pour justifier de l'identité et de la réalité du lien de filiation l'unissant à Mme E D et Helena A, Mme F a produit un jugement supplétif d'acte de naissance rendu le 6 juillet 2019 par le tribunal de paix de Muanda, un certificat de non-appel, un acte de signification ainsi que le volet n°1 de deux actes de naissance dressés le 20 août 2019 en transcription de ce jugement supplétif par l'officier d'état civil de la commune de Muanda, l'un au nom de Agathe Nganga D, l'autre au nom d'Helena A. Pour remettre en cause le caractère probant de ces documents, le ministre fait valoir que le jugement supplétif a été prononcé par une juridiction matériellement incompétente, en violation des articles 94 et 99 de la loi locale n° 09/001du 10 janvier 2009 portant protection de l'enfant, dès lors que, conformément à ces dispositions, le jugement supplétif d'un acte de naissance d'un mineur relève de la seule compétence juridictionnelle du tribunal pour enfants. Toutefois, à supposer même que le tribunal de paix de Muanda se soit mépris sur sa compétence pour rendre le jugement supplétif, cette circonstance, qu'il revient aux autorités judiciaires locales d'apprécier, ne permettrait pas par elle-même d'établir le caractère frauduleux de ce jugement ni par suite de mettre en cause le caractère probant des actes de naissance produits. Par suite, l'identité et le lien de filiation unissant Mme F, Mme E D et la jeune B A sont établis. Dès lors, en refusant de délivrer à Mme E D et à la jeune B A le visa qu'elles sollicitaient pour le motif cité au point 7, la commission de recours a fait une inexacte application des dispositions précitées.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête n° 22NT01687 du ministre de l'intérieur et des outre-mer est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée.
Sur la requête n° 22NT01688 :
11.La présente ordonnance statuant au fond sur la requête n°22NT01687, les conclusions de la requête n° 22NT01688 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du 11 avril 2022 sont, désormais, dans cette mesure, privées d'objet.
ORDONNE :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 22NT01688 tendant au sursis à exécution du jugement du tribunal administratif de Nantes du 11 avril 2022.
Article 2 : La requête n° 22NT01687 du ministre de l'intérieur est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme C F et Mme E D.
Fait à Nantes, le 21 septembre 2022.
A. PEREZ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 22NT01688
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026