jeudi 28 juillet 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-22NT01806 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | suspension sursis |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DANET |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C et Mme B A ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 28 juillet 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision des autorités consulaires françaises à Abdijan refusant de délivrer un visa de long séjour à Mme B A au titre de la réunification familiale.
Par un jugement n° 2110461 du 11 avril 2022, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision de la commission de recours contre les refus de visas d'entrée en France du 28 juillet 2021 et a enjoint au ministre de faire délivrer le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification de son jugement.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2022, le ministre de l'intérieur demande à la cour de prononcer le sursis à exécution de ce jugement en application des dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-le motif retenu par la commission de recours contre les refus de visas d'entrée en France étant erroné, il entend demander qu'y soit substitué le motif tiré de ce que la situation de la demanderesse de visa, née d'une précédente union de la bénéficiaire du statut de réfugié, est régie par les dispositions de l'article L. 434-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquelles renvoient les dispositions de l'article L. 561-4 du même code, et qu'elle ne pouvait prétendre à la délivrance d'un visa dès lors qu'elle était âgée de plus de dix-huit ans le jour de sa demande, conformément au texte de l'article L. 434-3 ;
-contrairement à ce qu'a jugé le tribunal administratif les démarches antérieures au dépôt de la demande de visa ne peuvent marquer le début de la procédure de réunification familiale, l'article R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile indiquant clairement que cette procédure est initiée par le dépôt de la demande de visa auprès du consulat ; l'envoi de la fiche familiale de référence au bureau des familles de réfugiés ne peut en aucun cas marquer le début de cette procédure puisqu'à cette date, Mme A ne disposait même pas d'un acte de naissance et d'un passeport, documents qui ont été établis postérieurement ;
-le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté puisqu'il n'est pas démontré que Mme A se trouvait dans une situation de précarité ou d'isolement dans son pays d'origine où elle poursuivait des études supérieures dans un établissement disposant d'une solide réputation.
Vu :
- la requête n° 22NT01805, enregistrée au greffe de la cour le 10 juin 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur a demandé l'annulation du même jugement ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. L'article R. 811-15 du code de justice administrative dispose que : " Lorsqu'il est fait appel d'un jugement de tribunal administratif prononçant l'annulation d'une décision administrative, la juridiction d'appel peut, à la demande de l'appelant, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l'appelant paraissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement ". Et aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du même code : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d'une décision juridictionnelle frappée d'appel () ".
2. La qualité de réfugiée a été reconnue à Mme C, ressortissante ivoirienne, par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 mai 2018. Elle a initié une procédure de réunification familiale au profit de ses enfants. La demande de visa de long séjour déposée dans le cadre de cette procédure par sa fille B A a été rejetée par les autorités consulaires françaises à Abidjan. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ce refus consulaire par une décision du 28 juillet 2021. Par la présente requête le ministre de l'intérieur demande, sur le fondement des dispositions précitées, qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du 11 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Nantes a annulé le refus de visa opposé par la commission de recours et fait injonction au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité.
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par le ministre de l'intérieur à l'appui de sa requête, tels qu'ils sont rappelés ci-dessus, ne paraît de nature à justifier, outre l'annulation de ce jugement, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce dernier.
4. Il résulte de ce qui précède que le ministre de l'intérieur n'est pas fondé à demander qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du 11 avril 2022 du tribunal administratif de Nantes.
ORDONNE :
Article 1er : La requête du ministre de l'intérieur est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme C et à Mme B A.
Fait à Nantes, le 28 juillet 2022.
J. FRANCFORT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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