jeudi 28 juillet 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-22NT01824 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | suspension sursis |
| Publication | D |
| Avocat requérant | AYMARD |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours, formé contre la décision des autorités consulaires françaises à Kinshasa refusant de lui délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale.
Par un jugement n° 2111103 du 11 avril 2022, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision implicite de la commission de recours contre les refus de visas d'entrée en France et a enjoint au ministre de faire délivrer le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification de son jugement.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2022, le ministre de l'intérieur demande à la cour de prononcer le sursis à exécution de ce jugement en application des dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-contrairement à ce qu'a jugé le tribunal administratif, la décision refusant la délivrance d'un visa à Mme B n'est pas attentatoire à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle ne justifie pas être isolée en République Démocratique du Congo où résident des membres de sa famille, notamment ses trois tantes, et où elle a vécu éloignée de ses parents, réfugiés en France, pendant plusieurs années ; elle a d'ailleurs déposé sa demande de visa alors qu'elle était âgée de plus de dix-neuf ans et ne démontre pas qu'elle aurait maintenu des liens étroits avec ses parents ; il n'est pas davantage établi qu'elle se trouverait dans une situation de précarité, puisqu'elle poursuit des études supérieures dans un établissement dont l'accès est, en raison des coûts d'inscription, réservé à une minorité aisée de la population congolaise ; enfin elle ne peut faire valoir qu'elle aurait été dans l'impossibilité de présenter une demande de visa avant son dix-neuvième anniversaire au regard de la date d'obtention du statut de réfugié par son père, alors qu'en tout état de cause elle n'avait pas encore, à cette date, fait établir son acte de naissance et son passeport ;
-il entend pour le reste s'en remettre à ses écritures de première instance.
Vu :
- la requête n° 22NT01823, enregistrée au greffe de la cour le 10 juin 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur a demandé l'annulation du même jugement ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. L'article R. 811-15 du code de justice administrative dispose que : " Lorsqu'il est fait appel d'un jugement de tribunal administratif prononçant l'annulation d'une décision administrative, la juridiction d'appel peut, à la demande de l'appelant, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l'appelant paraissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement ". Et aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du même code : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d'une décision juridictionnelle frappée d'appel () ".
2. La qualité de réfugié a été reconnue à M. C, ressortissant de la République Démocratique du Congo et père de la requérante, par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 octobre 2018. Celui-ci a initié une procédure de réunification familiale au profit de ses enfants. La demande de visa de long séjour déposée dans le cadre de cette procédure par Mme A B a été rejetée par les autorités consulaires françaises à Kinshasa. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision implicite, rejeté le recours formé contre ce refus consulaire. Par la présente requête le ministre de l'intérieur demande, sur le fondement des dispositions précitées, qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du 11 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Nantes a annulé le refus de visa opposé par la commission de recours et fait injonction au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité.
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par le ministre de l'intérieur à l'appui de sa requête, tels qu'ils sont rappelés ci-dessus, ne paraît de nature à justifier, outre l'annulation de ce jugement, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce dernier.
4. Il résulte de ce qui précède que le ministre de l'intérieur n'est pas fondé à demander qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du 11 avril 2022 du tribunal administratif de Nantes.
ORDONNE :
Article 1er : La requête du ministre de l'intérieur est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme A B.
Fait à Nantes, le 28 juillet 2022.
J. FRANCFORT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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