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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-22NT01893

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-22NT01893

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-22NT01893
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantKARAKUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 6 novembre 2017 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a déclaré irrecevable sa demande de naturalisation ainsi que la décision du 24 avril 2018 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours formé contre cette décision préfectorale.

Par un jugement n° 1809720 du 31 décembre 2021, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2022, M. B A, représenté par Me Karakus, demande à la cour :

1°) d'annuler la décision du 24 avril 2018 du ministre de l'intérieur ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer une carte de nationalité française dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Karakus en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le tribunal a exigé à tort une attestation de niveau de connaissance de la langue française B1 alors que ce diplôme n'était pas exigé en 2019 ;

- l'administration n'a pas adapté son degré d'exigence à sa situation particulière, ses qualifications intellectuelles, sa condition sociale et son âge ;

- il justifie d'un niveau de maîtrise suffisant de la langue française tant au regard des dispositions de la loi que de sa situation personnelle.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant soudanais né le 4 avril 1975, relève appel du jugement du 31 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 24 avril 2018 du ministre de l'intérieur déclarant irrecevable sa demande de naturalisation.

3. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ".

4. Aux termes de l'article 21-24 du même code : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : / 1° Tout demandeur doit justifier d'une connaissance de la langue française caractérisée par la compréhension des points essentiels du langage nécessaire à la gestion de la vie quotidienne et aux situations de la vie courante ainsi que par la capacité à émettre un discours simple et cohérent sur des sujets familiers dans ses domaines d'intérêt. Son niveau est celui défini par le niveau B1, rubriques " écouter ", " prendre part à une conversation " et " s'exprimer oralement en continu " du Cadre européen commun de référence pour les langues, tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) du 2 juillet 2008. / Un arrêté du ministre chargé des naturalisations définit les diplômes permettant de justifier d'un niveau égal ou supérieur au niveau requis. / A défaut d'un tel diplôme, le demandeur peut justifier de la possession du niveau requis par la production d'une attestation délivrée soit par un organisme reconnu par l'Etat comme apte à assurer une formation "français langue d'intégration", soit à l'issue d'un test linguistique certifié ou reconnu au niveau international, comportant des épreuves distinctes permettant une évaluation du niveau de compréhension du demandeur et, par un entretien, celle de son niveau d'expression orale, et figurant sur une liste fixée par un arrêté du ministre chargé des naturalisations ; / L'inscription d'un test linguistique sur la liste mentionnée à l'alinéa précédent est valable pour une période de trois ans renouvelable. Les conditions d'inscription sont fixées par un arrêté du ministre chargé des naturalisations. () ". L'article 37-1 alors en vigueur du même décret prévoient que : " La demande est accompagnée des pièces suivantes () 9° Un diplôme ou une attestation justifiant d'un niveau de langue égal ou supérieur à celui exigé en application de l'article 37 et délivré dans les conditions définies par cet article ou, à défaut, une attestation délivrée dans les mêmes conditions justifiant d'un niveau inférieur. Sont toutefois dispensées de la production de ce diplôme ou de cette attestation les personnes titulaires d'un diplôme délivré dans un pays francophone à l'issue d'études suivies en français. Bénéficient également de cette dispense les personnes souffrant d'un handicap ou d'un état de santé déficient chronique ou âgées d'au moins soixante ans. ".

5. Aux termes de l'article 41 du même décret, dans sa rédaction applicable au litige : " Le postulant se présente en personne devant un agent désigné nominativement par l'autorité administrative chargée de recevoir la demande./ Lors d'un entretien individuel, l'agent vérifie que le demandeur possède les connaissances attendues de lui, selon sa condition, sur l'histoire, la culture et la société françaises, telles qu'elles sont définies au 2° de l'article 37./ A l'issue de cet entretien individuel, cet agent établit un compte rendu constatant le degré d'assimilation du postulant à la communauté française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française./ L'entretien individuel prévu au deuxième alinéa permet de vérifier que maîtrisent un niveau de langue correspondant au niveau exigé en vertu de l'article 37 / () b) Les demandeurs souffrant d'un handicap ou d'un état de santé déficient chronique ou âgés d'au moins soixante ans. / Font également l'objet d'un entretien individuel destiné à connaître leur niveau linguistique les postulants qui produisent une attestation justifiant d'un niveau inférieur à celui défini à l'article 37. L'autorité administrative peut se fonder sur le déroulement de cet entretien pour conclure que le postulant possède le niveau linguistique requis. () ".

6. Pour déclarer irrecevable la demande de naturalisation présentée par M. A, le ministre a estimé que son niveau de connaissance de la langue française était insuffisant.

7. Il ressort des pièces du dossier et en particulier du compte rendu d'entretien d'assimilation établi le 13 octobre 2019 par les services préfectoraux que si, lors de cet entretien, M. A a pu répondre aux questions posées par l'agent évaluateur en vue de se présenter, il n'a toutefois pas été en mesure de converser sur des sujets familiers en relation avec ses centres d'intérêts, de sorte que la seconde étape de l'entretien n'a pu être abordée. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme ayant atteint le niveau B1 du cadre européen commun de référence pour les langues. Si l'intéressé se prévaut néanmoins d'un diplôme d'études en langue française obtenu en 2009 attestant de son niveau A1 du Cadre européen commun de référence pour les langues exigé par les dispositions de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993, d'un test linguistique de connaissance du français obtenu le 27 septembre 2016 et confirmant ce même niveau et soutient qu'il aurait accompli des progrès dans le cadre de son cursus professionnel, ces éléments ne suffisent pas à établir que sa connaissance de la langue française aurait le niveau de langue exigé par les dispositions de l'article 37 précité. Il ne saurait, en outre, sur ce point utilement se prévaloir d'une attestation d'inscription au permis de conduire établie le 18 mars 2021, d'un titre professionnel de peintre en bâtiment obtenu le 25 novembre 2022, d'une attestation de formation de monteur/démonteur d'échafaudages fixes suivie en septembre 2022, pas plus que d'un récapitulatif des missions qu'il a effectuées en tant qu'intérimaire du 9 décembre 2020 au 17 septembre 2021, lesquels sont en tout état de cause postérieurs à la décision contestée. Dès lors, le ministre n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en se fondant sur le défaut d'assimilation linguistique de M. A pour déclarer irrecevable sa demande de naturalisation, en dépit des efforts professionnels qu'il a accomplis et alors même que sa femme et ses enfants résident en France.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et des conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Karakus.

Une copie sera transmise pour information au ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 15 décembre 202C. BUFFET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°22NT01893

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