lundi 3 avril 2023
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-22NT03305 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP COUDERC-ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 28 mai 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé la décision du préfet du Rhône du 27 novembre 2018 rejetant sa demande de naturalisation.
Par un jugement n° 1910462 du 3 juin 2022, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 octobre et 16 novembre 2022, M. B, représenté par Me Couderc, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes du 3 juin 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 28 mai 2019 du ministre de l'intérieur et la décision du 27 novembre 2018 du préfet du Rhône ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire droit à sa demande dans un délai de deux mois suivant la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans les mêmes conditions de délais ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, qui renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
-le jugement du tribunal administratif de Nantes est irrégulier ; les premiers juges n'ont pas pris en considération l'intégralité de sa situation personnelle ;
-la décision du ministre comme celle du préfet sont insuffisamment motivées ;
-elles méconnaissent l'article 34 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;
-elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée de sa présence en France et de l'ancrage de ses attaches privées et familiales sur le territoire national, plusieurs membres de sa famille étant au demeurant déjà de nationalité française, de son statut de réfugié, de son intégration sociale et de sa volonté d'intégration professionnelle ;
-elles méconnaissent la circulaire n° 2000-254 du 12 mai 2000 relative aux naturalisations, réintégrations dans la nationalité française et perte de la nationalité française qui précise d'une part que la politique de naturalisation doit tendre à préserver l'unité des familles en évitant autant que possible que les membres d'une même famille possèdent des nationalités différentes et d'autre part qu'une insertion professionnelle incomplète peut être compensée par une bonne intégration dans la vie sociale.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. B, ressortissant syrien né le 3 février 1953, relève appel du jugement du 3 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 28 mai 2019 du ministre de l'intérieur rejetant sa demande de naturalisation.
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Si M. B soutient que les premiers juges n'auraient pas tenu compte de l'intégralité de sa situation et en particulier de la circonstance qu'il serait réfugié politique, qu'il serait arrivé en France déjà sénior et sans parler le français, ce qui a constitué un frein dans sa recherche d'un emploi, que l'une de ses filles et ses petits-enfants sont de nationalité française et que la demande de naturalisation de son autre fille est en cours, il résulte des motifs mêmes du jugement que le tribunal administratif de Nantes a répondu aux moyens invoqués devant lui. En particulier, les premiers juges, qui n'étaient pas tenu de faire état, dans leur jugement, de l'ensemble des éléments factuels énoncés par M. B, ont néanmoins précisé que le ministre de l'intérieur a pu sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation rejeter la demande de naturalisation de l'intéressé en se fondant sur le motif tiré de ce qu'il ne disposait pas de revenus personnels suffisants et ne subvenait, pour l'essentiel, à ses besoins qu'à l'aide de prestations sociales, alors même qu'il exerçait en Syrie la profession de bijoutier, est entré en France en 2012 où il s'est vu reconnaître la qualité de réfugié en décembre 2013, qu'il se prévaut de ses efforts pour apprendre la langue française et rechercher un emploi et que ses enfants résident et travaillent en France. Dans ces conditions, les premiers juges ont suffisamment motivé leur jugement, lequel n'est donc pas entaché d'irrégularité sur ce point.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de déclarer irrecevable, de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ".
5. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressé dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'il dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France. Pour rejeter une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, l'autorité administrative ne peut se fonder ni sur l'existence d'une maladie ou d'un handicap ni, par suite, sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé lorsqu'elle résulte directement d'une maladie ou d'un handicap.
6. En premier lieu, M. B réitère devant le juge d'appel, sans apporter d'éléments nouveaux, les moyens invoqués en première instance tirés de l'insuffisante motivation de la décision du préfet du Rhône du 27 novembre 2018 et de celle du ministre de l'intérieur du 28 mai 2019 ainsi que de la méconnaissance de l'article 34 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.
7. En deuxième lieu, en se bornant à faire valoir qu'il est réfugié politique et qu'il a rencontré de grandes difficultés pour trouver un emploi en France, en dépit de ses efforts d'intégration professionnelle, en raison de son âge, de sa méconnaissance du français puis des graves problèmes de santé rencontrés par son épouse, M. B ne conteste pas n'avoir exercé aucune activité professionnelle en France ni que ses ressources étaient uniquement constituées de l'aide personnalisée au logement et de l'allocation de solidarité aux personnes âgées, à la date de la décision en litige. Dès lors, le ministre a pu, dans le cadre de son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, rejeter la demande de M. B pour le motif tiré de l'insuffisance de ses ressources, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.
8. En troisième lieu, si le requérant fait valoir qu'il serait parfaitement intégré socialement, que sa fille aînée qui est de nationalité française comme ses petits-enfants, a été recrutée après avoir obtenu un certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré en éducation musicale - chant choral, que sa seconde fille s'est mariée le 20 août 2022 avec un ressortissant français et que sa famille est bien intégrée en France, ces circonstances sont sans influence sur la légalité de la décision contestée eu égard au motif qui la fonde.
9. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 12 mai 2020 relative aux naturalisations, réintégrations dans la nationalité française et perte de la nationalité française, laquelle ne comporte pas de lignes directrices dont l'intéressé pourrait se prévaloir devant le juge.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à Me Couderc.
Une copie sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Nantes, le 3 avril 2023.
C. BUFFET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026