mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-23NT00149 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
I/ Sous le n° 2003679, Mme G E a demandé au tribunal administratif de Rennes, d'abord, d'annuler la décision du 10 mars 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Rennes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie, ensuite, d'annuler la décision implicite intervenue le 30 juin 2020 de la même autorité refusant de faire droit à sa demande de retrait de la décision du 10 mars 2020, enfin, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n°2003679 du 16 novembre 2022, le tribunal administratif de Rennes a rejeté sa demande.
II/ Sous le n° 2100238, Mme G E a demandé au tribunal administratif de Rennes, d'abord, d'annuler la décision expresse du 26 novembre 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Rennes a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 10 mars 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie, ensuite, de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n°2100238 du 16 novembre 2022, le tribunal administratif de Rennes a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
I/ Sous le n°2300149, par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 17 janvier et 6 novembre 2023, Mme E, représentée par Me Bourges, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n°2003679 du 16 novembre 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 10 mars 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Rennes a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie ;
3°) d'annuler la décision implicite intervenue le 30 juin 2020 de la même autorité refusant de faire droit à sa demande de retrait de la décision du 10 mars 2020 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en premier lieu, la décision contestée est entachée d'un vice de procédure en raison de la composition irrégulière de la commission de réforme du 13 février 2020 laquelle ne comportait que deux médecins généralistes ; compte tenu du caractère ambigüe de l'expertise réalisée par le docteur D, la commission de réforme ne pouvait se prononcer de façon éclairée sans s'appuyer elle-même sur l'avis d'un médecin spécialiste ; contrairement à ce qu'a estimé le tribunal, il n'appartenait pas à Mme E de décrire elle-même sa pathologie après avoir établi un autodiagnostic ; la commission n'était pas suffisamment informée ;
- en deuxième lieu, la décision contestée est entachée d'une " incompétence négative ", le recteur s'étant borné à se fonder sur l'avis de la commission de réforme ;
- en troisième lieu, la décision contestée est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ; les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 imposent un lien direct entre la pathologie et l'exercice des fonctions mais en aucun cas un " lien unique " comme l'a retenu la décision contestée ; au regard des éléments médicaux, la maladie dont elle souffre est " essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions " ;
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés le 17 août 2023 et le 25 janvier 2024, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés par Mme E ne sont pas fondés. Il avance que la pluralité des lieux d'exercice et des missions est inhérente aux fonctions occupées ; le médecin expert pointe la perception qu'elle a de ses difficultés, ce qui n'est pas la réalité ; la pathologie de Mme E apparaît comme la résultante de son organisation personnelle et de sa prise de conscience de ses propres difficultés.
II/ Sous le n°2300150, par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 17 janvier et 6 novembre 2023, Mme E représentée par Me Bourges, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2100238 du 16 novembre 2022 ;
2°) d'annuler la décision expresse du 26 novembre 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Rennes a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 10 mars 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en premier lieu, la décision contestée est entachée d'un vice de procédure en raison de la composition irrégulière de la commission de réforme du 13 février 2020 laquelle ne comportait que deux médecins généralistes ;
- en deuxième lieu, la décision contestée est entachée d'une " incompétence négative ", le recteur s'étant borné à se fonder sur l'avis de la commission de réforme ;
- en troisième lieu, la décision contestée est entachée d'erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés le 17 août 2023 et le 25 janvier 2024, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés par Mme E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraites ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Coiffet,
- les conclusions de Mme Bougrine, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bourges, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, professeure des écoles depuis 1986, est détachée dans les fonctions de psychologue de l'éducation nationale et affectée depuis le 1er septembre 2017 à l'inspection de circonscription de B A, où elle occupe un poste en réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) et exerce son activité dans divers établissements de cette circonscription. Le 24 janvier 2019, Mme E a constitué un dossier de déclaration de maladie professionnelle avec une première constatation médicale en date du 23 mai 2017. A compter de la rentrée scolaire 2017, l'état de santé de Mme E a rendu nécessaires plusieurs arrêts maladie. Après un avis défavorable émis le 13 février 2020 par la commission de réforme, le recteur de l'académie de Rennes a rejeté cette demande par une décision du 10 mars 2020 en " l'absence de lien unique entre la pathologie de l'intéressée et son activité professionnelle ". Mme E a, le 29 avril 2020, formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet intervenue le 30 juin 2020. Par une décision expresse du 26 novembre 2020, le recteur de l'académie de Rennes, après avoir diligenté une nouvelle expertise effectuée le 6 août 2020, a confirmé le rejet du recours gracieux formé par Mme E au motif qu'il n'était pas clairement démontré " un lien essentiel, direct et certain " de causalité médicale entre les conditions de travail de psychologue scolaire de l'agent et la survenue de son état pathologique.
2. Sous les n° 2003679 et n° 2100238, Mme E a respectivement saisi, le 27 août 2020 et le 18 janvier 2021, le tribunal administratif de Rennes de demandes tendant à l'annulation, d'une part, de la décision du 10 mars 2020 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, d'autre part, de la décision expresse du 26 novembre 2020 du recteur de l'académie de Rennes confirmant le rejet du recours gracieux qu'elle avait formé. Mme E relève appel des jugements du 16 novembre 2022 par lesquels cette juridiction a rejeté ses demandes.
3. Les requêtes n° 23NT00149 et n° 23NT00150 de Mme E qui conduisent à apprécier la légalité des décisions du 10 mars 2020 et du 26 novembre 2020 du recteur de l'académie de Rennes refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie présentent à juger des mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même arrêt.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
4. En premier lieu, Mme E soutient que la décision contestée du 10 mars 2020 est entachée d'un vice de procédure en raison de la composition irrégulière de la commission de réforme du 13 février 2020, où n'ont siégé que deux médecins généralistes alors qu'eu égard au caractère ambigu des conclusions du rapport de l'expertise du docteur D dont elle disposait, cette commission ne pouvait se prononcer de façon éclairée sans la participation d'un médecin spécialiste.
5. Aux termes de l'article 12 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable : " Dans chaque département, il est institué une commission de réforme départementale compétente à l'égard des personnels mentionnés à l'article 15. Cette commission, placée sous la présidence du préfet ou de son représentant, qui dirige les délibérations mais ne participe pas aux votes, est composée comme suit : / 1. Le chef de service dont dépend l'intéressé ou son représentant ; / 2. Le directeur départemental ou, le cas échéant, régional des finances publiques ou son représentant ; / 3. Deux représentants du personnel appartenant au même grade ou, à défaut, au même corps que l'intéressé, élus par les représentants du personnel, titulaires et suppléants, de la commission administrative paritaire locale dont relève le fonctionnaire ; toutefois, s'il n'existe pas de commission locale ou si celle-ci n'est pas départementale, les deux représentants du personnel sont désignés par les représentants élus de la commission administrative paritaire centrale, dans le premier cas et, dans le second cas, de la commission administrative paritaire interdépartementale dont relève le fonctionnaire ; / 4. Les membres du comité médical prévu à l'article 6 du présent décret. / Le secrétariat de la commission de réforme départementale est celui du comité médical prévu à l'article 6 du présent décret ". Aux termes de l'article 6 de ce même décret : " Dans chaque département, un comité médical départemental compétent à l'égard des personnels mentionnés à l'article 15 ci-après est constitué auprès du préfet. / La composition de ce comité est semblable à celle du comité médical ministériel prévu à l'article 5 () ". Aux termes de l'article 5 de ce même décret : " Il est institué auprès de l'administration centrale de chaque département ministériel un comité médical ministériel compétent à l'égard des personnels mentionnés au 1er alinéa de l'article 14 ci-après. / Ce comité comprend deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, pour l'examen des cas relevant de sa qualification, un spécialiste de l'affection pour laquelle est demandé le bénéfice du congé de longue maladie ou de longue durée prévu à l'article 34 (3e et 4e) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée () ". Aux termes de l'article 19 de ce même décret : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. () La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages rapports et constatations propres à éclairer son avis. / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instruction, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires () ".
6. Il résulte de ces dispositions que dans les cas où il est manifeste, au vu des éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par un agent est nécessaire pour éclairer l'examen de son cas, l'absence d'un tel spécialiste doit être regardée comme privant l'intéressée d'une garantie et comme entachant la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.
7. Pour refuser de reconnaitre, par la décision contestée du 10 mars 2020, l'imputabilité au service de la maladie de Mme E, le recteur de l'académie de Rennes s'est référé à deux reprises au rapport d'expertise du docteur D, lequel figurait parmi les pièces soumises à la commission de réforme, en reprenant expressément à son compte comme motif de son refus l'appréciation de l'expert tirée de ce que " sa maladie ne présentait pas un lien unique avec ses conditions de travail ". Il ressort des termes du rapport d'expertise du docteur D du 21 octobre 2019 que celui-ci, qui retient expressément l'existence d'un lien direct et certain entre la pathologie de Mme E - caractérisée comme " une manifestation psychosomatique d'un surmenage professionnel " - et son activité professionnelle ainsi que l'absence d'état antérieur, rejette cependant la reconnaissance de la maladie professionnelle en estimant que " le lien entre l'état de santé de l'intéressée et la pathologie professionnelle n'est pas unique ". Par ailleurs, le docteur C, chef de service au sein du pôle psychiatrique du CHU de B avait, quant à lui, quelques mois plus tôt le 18 janvier 2019, retenu, après examen de Mme E, qu'il " s'agissait effectivement d'un état d'épuisement d'origine professionnelle qui va demander probablement une longue prise en charge en psychothérapie et un traitement antidépresseur ", ajoutant " qu'une décision de congé de longue maladie s'imposait effectivement pour une première période de six mois ". Cette position confirmait d'ailleurs ce que le médecin des personnels avait retenu dans son courrier du 22 novembre 2018, rappelant que l'agent avait d'abord été arrêté " pour surmenage et épuisement puis pour trouble anxio-dépressif réactionnel ". Compte tenu de l'ambiguïté voire de la contradiction du diagnostic ainsi posé, qui a été déterminant pour le recteur de l'académie de Rennes, la présence d'un médecin spécialiste à la commission de réforme qui s'est tenue le 13 février 2020, à laquelle ne siégeaient que deux médecins généralistes, s'imposait. Par suite, Mme E est fondée à soutenir que la décision contestée du 10 mars 2020 est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière et doit, pour ce premier motif, être annulée.
8. En second lieu, Mme E soutient que la décision contestée du 10 mars 2020, intervenue à l'issue une procédure irrégulière, est également entachée d'une erreur de droit et que le second refus opposé par le recteur par la décision du 26 novembre 2020, est entaché d'une erreur d'appréciation au motif qu'il n'était pas clairement démontré " un lien essentiel, direct et certain " de causalité médicale entre les conditions de travail de psychologue scolaire de l'agent et la survenue de son état pathologique. La requérante met en lien les troubles dont elle souffre avec l'évolution de ses conditions de travail sur la circonscription de B A, en particulier depuis l'année 2015 au cours de laquelle les établissements sur lesquels elle intervenait ont intégré le réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED).
9. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. Si une ou plusieurs conditions tenant au délai de prise en charge, à la durée d'exposition ou à la liste limitative des travaux ne sont pas remplies, la maladie telle qu'elle est désignée par un tableau peut être reconnue imputable au service lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est directement causée par l'exercice des fonctions. Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État () ".
10. Il résulte notamment de ces dispositions qu'une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
11. S'agissant, tout d'abord, de la première décision contestée du 10 mars 2020, il ressort des pièces du dossier que le docteur D pour rejeter la reconnaissance de la maladie professionnelle de Mme E, a, bien que reconnaissant un lien direct entre la maladie et son activité professionnelle et l'absence d'état antérieur, estimé que " le lien entre l'état de santé de l'intéressée et la pathologie professionnelle n'est pas unique ", motif que le recteur de l'académie de Rennes a exclusivement retenu pour fonder sa décision de refus du 10 mars 2020. Ce motif, qui renvoie à la nécessité de l'existence d'un lien exclusif, est entaché d'une erreur de droit. Il s'ensuit que Mme E est fondée à soutenir que la décision du 10 mars 2020, indépendamment du vice de procédure qui l'affecte, est également illégale au fond et doit être annulée.
12. S'agissant, ensuite, de la seconde décision du 26 novembre 2020 du recteur de l'académie de Rennes, il ressort du courrier du 22 novembre 2018 adressé par le médecin des personnels au centre des pathologies professionnelles du CHU de B que Mme E souffre " d'une asthénie associée à des troubles cognitifs avec bilan somatique négatif apparu en 2017 " et qu'elle a été placée en arrêt maladie pour surmenage à la fin de l'année 2017, puis de nouveau à plusieurs reprises entre le 16 février et 5 juillet 2018 pour épuisement et surmenage et qu'elle le demeure depuis le 31 août 2018 de façon continue pour épuisement puis troubles anxio-dépressifs réactionnels. Ensuite, moins de deux mois plus tard, le 18 janvier 2019, le docteur C, chef de service au sein du pôle psychiatrique du CHU de B a retenu, après examen de Mme E, qu'il " s'agit effectivement d'un état d'épuisement d'origine professionnelle qui va demander probablement une longue prise en charge en psychothérapie et un traitement antidépresseur " ajoutant " qu'une décision de congé de longue maladie s'impose effectivement pour une première période de six mois ". Alors que l'aggravation de l'état de santé de l'intéressée avait rendu nécessaire son hospitalisation en psychiatrie du 2 avril au 23 mai 2019, il avait été relevé par le médecin de la clinique l'existence d'une symptomatologie dépressive masquée à expression somatique d'allure réactionnelle évoquant un épuisement professionnel de degré moyen mais avec une atteinte sévère s'agissement de l'épuisement émotionnel et de la perte d'accomplissement personnel. Enfin, l'expert psychiatre, le docteur D, a, le 21 octobre 2019, également retenu l'existence d'un lien direct et certain entre la pathologie de Mme E - caractérisée comme " une manifestation psychosomatique d'un surmenage professionnel " - et son activité professionnelle, ainsi que l'absence d'état antérieur. Alors que le recteur reconnait lui-même l'accroissement des tâches confiées à Mme E sur la période considérée, tous ces éléments d'ordre médical, qui ne sont pas sérieusement remis en cause par l'expertise du docteur F, convergent pour considérer que la maladie dont souffre l'intéressée est en lien direct avec l'exercice des fonctions exercées, ce qui entache d'erreur d'appréciation la décision du 26 novembre 2020. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les traits de personnalité de l'intéressée, de type obsessionnelle ou très consciencieuse, ont été qualifiés de pathologiques et donc de nature à constituer un état antérieur conduisant à détacher du service la survenance ou l'aggravation de la maladie. Par suite, Mme E est fondée à soutenir que la décision du 26 novembre 2020 refusant de reconnaitre imputable au service sa maladie est illégale et doit être également annulée.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme E est fondée à soutenir que c'est à tort que, par les jugements attaqués, le tribunal administratif de Rennes a rejeté ses demandes tendant à l'annulation des décisions du 10 mars et du 26 novembre 2020 refusant de reconnaitre imputable au service sa maladie.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme E d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Les jugements n°2003679 et n°2100238 du 16 novembre 2022 du tribunal administratif de Rennes et les décisions du 10 mars et du 26 novembre 2020 du recteur de l'académie de Rennes sont annulés.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 2000 euros à Mme E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme G E et au recteur de l'académie de Rennes.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gaspon, président,
- M. Coiffet, président-assesseur,
- Mme Gélard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
Le rapporteur,
O. COIFFETLe président,
O. GASPON
La greffière,
I. PETTON
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Nos 23NT00149-23NT00150
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Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026