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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-23NT00919

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-23NT00919

mardi 17 septembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-23NT00919
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBOUTHORS-NEVEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Caen, tout d'abord, d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel le président de la communauté urbaine C a procédé à son licenciement pour insuffisance professionnelle, et la décision portant rejet de son recours gracieux, ensuite, d'enjoindre au président de la communauté urbaine C de le réintégrer dans ses effectifs, de reconstituer sa carrière, dès notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 75 euros par jour de retard, enfin de mettre à la charge de de la communauté urbaine C une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2200803 du 3 février 2023, le tribunal administratif de Caen a rejeté la demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée les 3 avril 2023, M. A B, représenté par Me Launay, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel le président de la communauté urbaine C a procédé à son licenciement pour insuffisance professionnelle ;

3°) d'enjoindre au président de la communauté urbaine C de le réintégrer dans ses effectifs, de reconstituer sa carrière ou subsidiairement de statuer à nouveau sur sa situation, dès notification de la décision à intervenir, et ce, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

- d'une part, son licenciement ne pouvait être fondé sur la dégradation de haie d'un particulier ; en effet, la communauté urbaine Caen La Mer n'a pas respecté son obligation de formation et ne saurait lui reprocher une mauvaise utilisation d'un désherbeur thermique ; une formation de deux jours est en effet requise qui permet d'utiliser en toute sécurité cet outil et de rédiger un permis de feu ; la formation de 5 jours dont il a bénéficié entre le mois d'août 2021 et le mois d'août 2022 n'était pas une formation technique ; lors de l'incident du 15 février 2021 ayant causé la dégradation de la haie à la suite d'un retour de flamme, aucun extincteur n'était à sa disposition, cette absence constitue une faute dans l'organisation du service ; il soutient qu'il n'a pas débroussaillé la haie d'un particulier sur toute sa longueur ;

- d'autre part, le fait que la lame de tondeuse ait été endommagée lors de l'incident du 11 mars 2021 ne saurait caractériser une insuffisance professionnelle, cet incident est survenu du fait d'une pierre qui était enfoncée dans la terre sous l'herbe et il a procédé lui-même à la réparation permettant que l'outil soit utilisé ensuite sans difficulté ; l'incident du 7 juillet 2021 sur le robinet de vidange de la barrique qui a été réparé sans difficulté ne peut justifier son licenciement pour insuffisance professionnelle ;

- le grief tiré de son prétendu manque de motivation ne saurait lui être reproché s'agissant d'une participation à une opération - désherber les trottoirs de Lion-sur-Mer - décidée uniquement sur la base du volontariat des agents ;

- les reproches tenant à son comportement et à sa tenue de travail ne sont pas avérés ;

- la décision prononçant son licenciement pour insuffisance professionnelle en cours de stage, intervenue le 1er novembre 2021 alors que le terme normal de son stage était le 1er février 2022, est entachée d'une erreur d'appréciation ; il a été recruté comme agent contractuel en 2017 ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, la communauté urbaine C conclut au rejet de la requête, au rejet de la demande de M. B devant le tribunal administratif, et à ce que soit mise à la charge de ce dernier une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique :

- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coiffet,

- les conclusions de Mme Bougrine, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté par la communauté urbaine C en qualité d'agent contractuel d'entretien des espaces verts depuis 2017. Par un arrêté du 28 janvier 2021, il a été nommé, à compter du 1er février 2021, en qualité d'adjoint technique territorial stagiaire à temps complet pour une durée d'un an. Par un courrier du 24 septembre 2021, M. B a été informé que son licenciement pour insuffisance professionnelle était envisagé. Par un arrêté du 7 octobre 2021, son licenciement pour insuffisance professionnelle a été prononcé à compter du 11 octobre 2021. M. B a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 4 décembre 2021.

2. Le 5 avril 2022, M. B a saisi le tribunal administratif de Caen d'une demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2021 du président de la communauté urbaine C et de la décision portant rejet de son recours gracieux. Il relève appel du jugement du 3 février 2023 par lequel cette juridiction a rejeté sa demande.

Sur la légalité de l'arrêté du 7 octobre 2021 portant licenciement pour insuffisance professionnelle :

3. Aux termes de l'article L. 327-4 du code général de la fonction publique, qui reprend l'article 46 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le stagiaire peut être licencié au cours de la période de stage après avis de la commission administrative paritaire compétente : / 1° Pour insuffisance professionnelle ; / 2° Pour faute disciplinaire. ". L'article 5 du décret du 4 novembre 1992 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale dispose : " Le fonctionnaire territorial stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage ". Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur l'appréciation faite par l'autorité administrative des aptitudes d'un agent stagiaire lorsqu'elle décide de le licencier en cours de stage pour insuffisance professionnelle.

4. Aux termes de l'article 8 du décret du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints techniques territoriaux : " Les candidats recrutés en qualité d'adjoint technique territorial sur un emploi d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public d'une collectivité territoriale () sont nommés stagiaires par l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination pour une durée d'un an. () Dans l'année qui suit leur nomination, les agents sont astreints à suivre une formation d'intégration, dans les conditions prévues par le décret n° 2008-512 du 29 mai 2008 relatif à la formation statutaire obligatoire des fonctionnaires territoriaux et pour une durée totale de cinq jours ". Selon l'article 6 du décret du 29 mai 2008 relatif à la formation statutaire obligatoire des fonctionnaires territoriaux, la formation d'intégration : " porte notamment sur l'organisation et le fonctionnement des collectivités territoriales et de leurs établissements publics, les services publics locaux et le déroulement des carrières des fonctionnaires territoriaux. ". L'article 10-1 du même décret prévoit : " Dans un délai de deux ans après leur nomination prévue à l'article 8 ci-dessus, leur détachement ou leur intégration directe, les membres du présent cadre d'emplois sont astreints à suivre une formation de professionnalisation au premier emploi, dans les conditions prévues par le décret n° 2008-513 du 29 mai 2008 et pour une durée totale de trois jours ".

5. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé, s'agissant d'un agent contractuel, ou correspondant à son grade, s'agissant d'un fonctionnaire, et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions.

6. Il ressort de l'arrêté contesté du 7 octobre 2021 que le licenciement de M. B a été prononcé aux motifs de " son insuffisance professionnelle tant dans le savoir-faire que dans le savoir-être ". L'arrêté retient à ce titre le manque de compétences techniques et d'intérêt pour ses missions induisant son incapacité à progresser, à prendre des initiatives et à devenir autonome, la multiplication, durant les six mois de stage effectués, d'incidents sur le domaine public allant jusqu'à la détérioration du matériel et des biens, pointant en particulier " l'incendie de la haie d'un particulier " ayant entrainé plus de 19 000 euros de dégâts, son manque d'intégration dans l'équipe, notamment par le refus d'aider ses collègues, enfin, son comportement inadapté.

7. D'une part, M. B, affecté à l'entretien des espaces verts, qui ne conteste pas que la haie d'un particulier a brûlé après qu'il a utilisé un désherbeur thermique, engendrant plus de 19 000 euros de dégâts, soutient de nouveau qu'on ne saurait lui reprocher cet incident survenu le 15 février 2021 faute d'avoir bénéficié d'une formation adéquate pour l'usage de cet appareil. Toutefois, il ressort des pièces versées au dossier que M. B s'est prévalu dès sa candidature au poste d'une expérience de plusieurs années en matière d'entretien d'espaces verts et qu'il a, en particulier, mis en avant son savoir-faire en matière de désherbage dans sa lettre de motivation. Il ressort par ailleurs d'une attestation du responsable d'équipe, laquelle n'est pas sérieusement mise en cause, que M. B, qui travaillait en outre en trinôme et pouvait solliciter des conseils de la part de ses collègues, avait confirmé connaître l'utilisation du désherbeur thermique. Il est constant également que cet agent n'a à aucun moment durant son stage sollicité une formation propre à cet appareil. Il ne ressort d'aucun élément du dossier que l'utilisation des désherbeurs thermiques soit conditionnée au suivi d'une obligation particulière de formation ou à la détention d'une habilitation spécifique. Enfin, l'attestation de l'encadrant technique établie le 7 septembre 2022, indique que cet agent n'a pas utilisé correctement l'appareil " en désherbant une haie de thuyas qui débordait sur le trottoir et qui a donc rapidement pris feu ". La circonstance à la supposer établie, pour regrettable qu'elle soit, qu'aucun extincteur n'aurait été à sa disposition lors de la survenue de cet incident, demeure sans incidence sur la réalité du grief retenu contre lui et lié à l'insuffisance professionnelle dont il a alors fait preuve. D'autre part, si M. B qui admet avoir abîmé, le 11 mars 2021, une lame de tondeuse soutient que le problème est survenu du fait d'une pierre qui était enfoncée dans la terre sous l'herbe, il ne conteste pas n'avoir pas procédé au repérage des lieux avant de passer la tondeuse et n'avoir pas fait part de cet incident à son responsable, retardant ainsi la réparation et la disponibilité de l'outil. Il est également établi que M. B a, le 7 juillet 2021 en reculant avec un véhicule de service, endommagé une barrique d'eau. La circonstance que la barrique aurait été réparée sans difficulté, ce que la collectivité conteste, demeure à cet égard sans incidence. Par ailleurs, si M. B avance de nouveau en appel qu'il n'aurait pas débroussaillé la haie d'un particulier sur toute sa longueur, il n'apporte toutefois pas plus qu'en première instance d'élément de nature à remettre en cause tant l'attestation de son responsable accompagné d'une photographie de la haie que celle concordante d'un de ses collègues, présent sur les lieux, et qui avait signalé le problème en question. Enfin, les évaluations intermédiaires de stage des mois d'avril et de septembre 2021, lesquelles n'ont suscité aucun commentaire de sa part, relevaient l'une et l'autre son manque de savoir-être, son incapacité à prendre des initiatives liées à son absence de connaissances techniques et son manque de connaissances, s'agissant en particulier de l'entretien de base des matériels et de la reconnaissance des différents végétaux, et pour la dernière d'entre elle, l'absence d'amélioration malgré les documents fournis, étant au demeurant indiqué que l'évaluation du 26 avril 2021 lui demandait " de se reprendre impérativement durant les trois prochains mois " précisant " qu'à défaut, la titularisation ne pourra être envisagée ". Dans ces conditions, et en se fondant sur l'ensemble de ces motifs suffisants à eux-seuls, la communauté urbaine C a pu, sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation, estimer que M. B ne possédait pas les aptitudes professionnelles et comportementales requises et décider de le licencier, en cours de stage, pour insuffisance professionnelle.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Caen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2021 du président de la communauté urbaine C prononçant son licenciement pour insuffisance professionnelle à compter du 11 octobre 2021.

Sur les conclusions d'injonction :

9. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que les conclusions présentées par M. B tendant à ce qu'il soit fait injonction au président de la communauté urbaine C de le réintégrer dans ses effectifs, de reconstituer sa carrière ou subsidiairement de statuer à nouveau sur sa situation, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté urbaine C, qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que M. B demande au titre des frais liés au litige. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ce dernier le versement d'une somme de 1000 euros à la collectivité au titre des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la communauté urbaine C la somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la communauté urbaine C présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à la communauté urbaine C.

Délibéré après l'audience du 30 août 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Gaspon, président,

- M. Coiffet, président-assesseur,

- M. Pons, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le rapporteur,

O. COIFFETLe président,

O. GASPON

Le greffier,

C. VILLEROT

La République mande et ordonne au ministre du travail en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°23NT009192

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