vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-23NT01495 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | NGUIYAN AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A D a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 27 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours formé contre la décision des autorités consulaires françaises à Bruxelles (Belgique) refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'étudiante.
Par un jugement n° 2214782 du 27 mars 2023, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité dans un délai de deux mois sous réserve que l'intéressée justifie d'une nouvelle inscription universitaire, a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 19 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 27 mars 2023 du tribunal administratif de Nantes en tant qu'il a annulé la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, lui a enjoint de délivrer le visa sollicité dans un délai de deux mois et a mis à la charge de l'Etat les frais d'instance ;
2°) de rejeter la demande présentée par Mme B devant le tribunal administratif de Nantes.
Le ministre soutient que :
- la décision de la commission de recours n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation ;
- il n'est pas établi que Mme B dispose des moyens financiers suffisants pour suivre ses études en France ;
- le projet d'études de Mme B n'est pas cohérent et ne paraît pas sérieux, traduisant un risque de détournement de l'objet du visa ;
- Mme B ne démontre pas la nécessité de poursuivre son cursus en France alors que des formations similaires sont proposées au Cameroun ou en Belgique ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer relève appel du jugement du 27 mars 2023 du tribunal administratif de Nantes en tant qu'il a annulé la décision du 27 octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé par Mme B contre une décision des autorités consulaires françaises à Bruxelles (Belgique) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en France en qualité d'étudiante.
3. Selon l'article 5 de la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair, l'admission d'un ressortissant d'un pays tiers à des fins d'études est soumise à des conditions générales, fixées par l'article 7, comme l'existence de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de subsistance durant son séjour ainsi que ses frais de retour et à des conditions particulières, fixées par l'article 11, telles que l'admission dans un établissement d'enseignement supérieur ainsi que le paiement des droits d'inscription. L'article 20 de la même directive, qui définit précisément les motifs de rejet d'une demande d'admission, prévoit qu'un Etat membre rejette une demande d'admission si ces conditions ne sont pas remplies ou encore, peut rejeter la demande, selon le f) du 2, " s'il possède des preuves ou des motifs sérieux et objectifs pour établir que l'auteur de la demande souhaite séjourner sur son territoire à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande son admission ".
4. En l'absence de dispositions spécifiques figurant au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une demande présentée pour l'octroi d'un visa de long séjour d'entrée en France pour y effectuer des études est notamment soumise aux instructions générales établies par le ministre chargé de l'immigration prévues par le décret du 13 novembre 2008 relatif aux attributions des chefs de mission diplomatique et des chefs de poste consulaire en matière de visas, en particulier son article 3, pris sur le fondement de l'article L. 311-1 de ce code. L'instruction applicable est, s'agissant des demandes de visas de long séjour en qualité d'étudiant mentionnés à l'article L. 312-2 de ce même code, l'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801, laquelle participe de la transposition de cette même directive.
5. Le point 2.1 de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études ", indique notamment : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France. ". Cette même instruction, en son point 2.2 intitulé " L'étranger doit justifier qu'il disposera de ressources suffisantes pour couvrir ses frais d'études ", indique : " L'étranger doit apporter la preuve qu'il dispose de moyens d'existence suffisants pour la durée de validité du visa de long séjour pour études. Ces ressources doivent être équivalentes, pour l'ensemble de la période concernée, au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français, soit 615 euros en 2019. ".
6. Cette même instruction, en son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire " indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressée sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.
7. Il ressort des termes de la décision du 27 octobre 2022, que pour refuser de délivrer le visa de long séjour à Mme B, la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'intéressée n'a pas fourni la preuve qu'elle dispose de ressources suffisantes pour financer son séjour en France et, d'autre part, de ce qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins que le projet d'études allégué.
8. En premier lieu, pour justifier du caractère suffisant de ses ressources, Mme B a produit une attestation du 4 août 2022, par laquelle un proche, dont la signature a été légalisée, par délégation, par le maire de la commune de Romainville, s'engage à prendre en charge l'ensemble des frais liés à son séjour en France par le versement d'une somme mensuelle d'au moins 615 euros. De plus, pour établir la réalité de cette prise en charge, la requérante a produit l'avis d'imposition au titre de l'année 2020 de l'intéressé et ses bulletins de salaire des mois de mai à juillet 2022, faisant état d'un revenu net mensuel de 2 818,62 euros. En outre, Mme B a produit des relevés de son compte bancaire établissant qu'elle disposait, à la date de sa demande de visa, d'une épargne personnelle d'un montant de 5 010 euros relevée à 6 108 euros au 18 août 2022. Si le ministre soutient, enfin, que Mme B ne serait pas en capacité de payer ses frais de scolarité, en dépit de l'acompte de 2 500 euros versé, le 18 avril 2022, par son garant à l'école ESG Finances, il n'établit pas que ces frais s'élèvent à 8 900 euros comme il l'affirme dans ses écritures. Dans ces conditions, la commission de recours des refus de visas en France a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant le visa sollicité pour ce premier motif.
9. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, que Mme B, alors âgée de 27 ans, a validé un BTS commerce et gestion avec la spécialité banque et une licence professionnelle dans le domaine des banques et des assurances. A la date de sa demande de visa, elle était inscrite dans un master of business administration (MBA) d'ingénierie économique et financière à l'institut privé des hautes études de Bruxelles et a été admise en 5è année de " finances d'entreprise " au sein de l'école ESG Finances pour obtenir le titre " d'experte en ingénierie financière " en vue de devenir à termes, analyste ou ingénieure financière. S'il ne met pas en cause la cohérence du projet d'études de l'intéressée, le ministre conteste le caractère sérieux de son projet d'études et relève son manque d'assiduité le long du second quadrimestre ainsi que ses mauvais résultats à la première session de juin 2022 au cours de son année à l'institut privé des hautes études de Bruxelles. Toutefois, il ressort des pièces produites en défense par le ministre et en particulier de l'attestation du directeur de l'institut privé des hautes études de Bruxelles, que ces mauvais résultats à la seule première session d'examens de juin 2022 s'expliquent notamment par l'absence de l'intéressée à 8 épreuves sur 15 du fait de son retour au Cameroun en raison du décès de son père, motif dont le ministre ne conteste pas l'exactitude. Il ressort par ailleurs de l'attestation du même directeur que l'intéressée a sollicité et obtenu la possibilité de passer la session de rattrapage pour valider les ECTS manquantes et qu'elle a effectivement composé les épreuves de rattrapage. Dans les circonstances de l'espèce, l'existence, alléguée par le ministre, de cursus équivalents en Belgique ou au Cameroun à celui projeté par Mme B en France, ne suffit pas à établir l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa compte tenu du caractère sérieux et cohérent du projet d'études de l'intéressée. Dans ces conditions, en refusant le visa sollicité pour ce second motif, la commission de recours des refus de visas en France a également entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête du ministre de l'intérieur et des outre-mer est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête du ministre de l'intérieur et des outre-mer est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme A C B.
Fait à Nantes, le 17 mai 2024.
La présidente de la 2ème chambre
C. Buffet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026