mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-23NT02772 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | ARNAL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B et Mme C D ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 21 juillet 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours formé contre la décision du 28 février 2022 des autorités consulaires françaises à Bangui (République centrafricaine) refusant de délivrer à Mme C D un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale.
Par un jugement n° 2213828 du 21 juillet 2023, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 21 juillet 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité dans un délai de deux mois, a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 23NT02772, le 19 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande à la cour :
1) d'annuler ce jugement du 21 juillet 2023 du tribunal administratif de Nantes en tant qu'il a annulé la décision du 21 juillet 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et l'a enjoint de délivrer le visa sollicité dans un délai de deux mois ;
2°) de rejeter la demande présentée par Mme A B et Mme C D devant le tribunal administratif de Nantes.
Le ministre soutient que :
- Mme D était âgée de plus de 19 ans à la date de sa demande de visa le 23 novembre 2021 et n'était pas éligible à la procédure de réunification familiale ;
- aucun élément de possession d'état n'est de nature à établir son lien de filiation avec la réunifiante ;
- le jugement supplétif du 7 mai 2016 est frauduleux, notamment, en ce qu'il ne répond pas aux prescriptions des dispositions de l'article 502 du code de procédure civile centrafricain et méconnaît la conception française de l'ordre public international en ce qu'il n'est pas motivé ;
- l'acte de naissance et le passeport produits par l'intéressée ne permettent pas d'établir son identité ces derniers ayant été établis sur le fondement du jugement supplétif frauduleux ;
- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 23NT02773, le 19 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande à la cour d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative, le sursis à exécution du jugement du tribunal administratif de Nantes du 21 juillet 2023.
Le ministre se réfère à l'argumentation développée au soutien de sa requête tendant à l'annulation du jugement du tribunal administratif de Nantes du 21 juillet 2023 et soutient que la délivrance du visa sollicité risque d'entrainer des conséquences difficilement réparables.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une première requête enregistrée sous le n° 23NT02772, le ministre de l'intérieur relève appel du jugement du 21 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif de Nantes a annulé le refus de visa opposé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France à Mme C D, qui présentait une telle demande en qualité de fille de Mme A B, ressortissante centrafricaine née le 13 décembre 1968 à Bangui (République centrafricaine) et bénéficiaire de la protection subsidiaire par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 25 octobre 2018. Par une seconde requête, enregistrée sous le n° 23NT02773, le ministre demande à la cour, sur le fondement des dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative, d'ordonner le sursis à exécution de ce jugement.
2. Ces deux recours sont dirigés contre le même jugement et présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu, dès lors, de les joindre pour qu'il y soit statué par une même ordonnance.
Sur la requête n° 23NT02772 :
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. " Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. " Aux termes de l'article L. 561-5 dudit code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ". La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial d'un conjoint ou des enfants d'une personne bénéficiaire de la protection subsidiaire ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien matrimonial entre les époux ou du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.
5. L'article L. 811-2 du même code prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Pour établir que la décision contestée était légale, le ministre de l'intérieur fait valoir, devant la cour, un nouveau motif fondé sur le caractère frauduleux des actes d'état civil produits par Mme D à l'appui de sa demande de visa. Pour justifier de son lien de filiation avec la réunifiante, Mme C D a produit un jugement supplétif rendu le 7 mai 2016 par le tribunal de grande instance de Bangui ainsi que l'acte de naissance dressé à Bangui le 18 mai 2016 sur la base de ce jugement supplétif. Le ministre soutient, tout d'abord, que cet acte de naissance a été transcrit sans respect du délai d'appel prévu par l'article 502 du code de procédure civile centrafricain. Il fait valoir, ensuite, que le jugement a été rendu onze jours après l'enregistrement de la requête du père de la demandeuse de visa. Ces circonstances ne sont toutefois pas de nature à elles seules à établir le caractère frauduleux du jugement supplétif du 7 mai 2016. Par ailleurs et en tout état de cause, contrairement à ce que soutient le ministre, il ressort des mentions figurant sur le jugement supplétif contesté produit par le ministre, qu'il est motivé en droit et en fait et que le ministère public a été saisi de la requête et a prononcé ses réquisitions devant le tribunal. Dès lors, il résulte de ce qui précède que le lien de filiation entre la demandeuse et la réunifiante doit être tenu pour établi par ce jugement supplétif, de sorte que la substitution de motifs demandée par le ministre ne peut être accueillie.
9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que la décision de la commission a pour effet d'isoler Mme D, jeune majeure non émancipée et célibataire en République centrafricaine. En effet, d'une part, sa mère et le reste de sa fratrie vivent désormais en France où ils sont arrivés respectivement le 14 mai 2016 et le 15 septembre 2021 des suites de la réunification familiale. D'autre part, il n'est pas contesté par le ministre que la tante de Mme D, qui s'occupait d'elle depuis le départ de sa mère en 2016, a dû quitter la ville de Bangui pour rejoindre son mari affecté dans la commune de Bria et que cette dernière, compte tenu de la distance qui sépare les deux localités, ne sera plus en mesure de s'occuper d'elle. Par ailleurs, le ministre ne conteste pas l'état de fragilité de Mme D qui ne travaille pas, est à la charge de sa mère qui lui envoie régulièrement de l'argent pour assurer ses besoins et nécessite d'être accompagnée quotidiennement par une tierce personne compte tenu de son état de santé. Dans ces conditions, et alors qu'il se borne à soutenir en appel que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues au seul motif que l'intéressée avait plus de 19 ans à la date d'enregistrement de sa demande de visa alors qu'il ressort des pièces du dossier, comme l'ont relevé à bon droit les juges de première instance, qu'à la date de dépôt de sa demande de visa elle était effectivement âgée de moins de 19 ans, la commission de recours contre les décisions de refus de visa a porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête du ministre de l'intérieur et des outre-mer est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée.
Sur la requête n° 23NT02773 :
12. Dès lors qu'il est statué par la présente ordonnance sur les conclusions du recours du ministre de l'intérieur et des outre-mer tendant à l'annulation du jugement attaqué, les conclusions tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement sont privées d'objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
ORDONNE :
Article 1er : La requête n° 23NT02772 du ministre de l'intérieur et des outre-mer est rejetée.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête enregistrée sous le n° 23NT02773 tendant au sursis à exécution du jugement n° 2213828 du 21 juillet 2023 du tribunal administratif de Nantes.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme C D et à Mme A B.
Fait à Nantes le 19 décembre 2023.
La présidente de la 2ème chambre
C. Buffet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 et 23NT02773
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026