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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-23NT03194

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-23NT03194

mardi 11 juin 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-23NT03194
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. F C et Mme B A épouse C, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de l'enfant mineur D E, ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision née le 1er octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté leur recours formé contre une décision des autorités consulaires françaises à Casablanca (Maroc) refusant de délivrer à M. D E, leur petit neveu, un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteur.

Par un jugement n° 2215849 du 31 août 2023, le tribunal administratif de Nantes a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 30 octobre 2023, M. C et Mme A épouse C, représentés par Me Mahieu, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes du 31 août 2023 en tant qu'il a rejeté leur requête ;

2°) d'annuler la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France née le 1er octobre 2022 confirmant la décision du Consulat Général de France à Casablanca en date du 8 juin 2022, refusant la délivrance d'un visa long séjour pour le jeune D E ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le jugement attaqué est irrégulier ; il est entaché d'une contradiction de motifs retenus par les premiers juges aux points 4 et 11 de ce jugement dès lors que les premiers juges ne pouvaient, sans se contredire, à la fois affirmer que la commission de recours avait commis une erreur d'appréciation au motif que les intéressés avaient sollicité un visa en vue de permettre l'installation du jeune D sur le territoire français au regard de considérations privées et familiales et estimer dans le même temps que la commission n'avait pas commis d'erreur de droit en instruisant un visa en qualité de visiteur et non un visa d'établissement familial pour les membres de la famille d'un citoyen de l'Union ;

- les premiers juges ont entaché leur jugement d'erreur manifeste d'appréciation en faisant droit à la substitution de motifs sollicitée par le ministre de l'intérieur et des

outre-mer ; l'intérêt supérieur du jeune D commande à ce que le visa sollicité lui soit délivré ;

- les décisions contestées sont entachées d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ; les époux C justifie de toutes les garanties matérielles nécessaires à l'installation du jeune D ; ils se sont vus déléguer l'autorité parentale sur l'enfant mineur par un acte de kafala ; le motif du risque de détournement de l'objet du visa, initialement retenu par les autorités consulaires et la commission de recours, n'est pas fondé et ne peut pas être opposé à une demande de visa ayant pour but l'installation pérenne d'un mineur sur le territoire national auprès des personnes qui détiennent sur lui l'autorité

parentale ; la mère du jeune D est en grande difficulté financière et est dans l'incapacité de s'occuper de lui ; la décision querellée a instruit à tort la demande de visa comme une demande de visa long séjour " visiteur " ;

- les décisions querellées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-en examinant la demande comme une demande de visa en qualité de visiteur, le Consulat général de France à Casablanca a procédé à l'examen de la demande de visa sollicitée sur le mauvais fondement et a commis une erreur de droit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. C et Mme A épouse C, relèvent appel du jugement du 31 août 2023 par lequel le tribunal administratif de Nantes a rejeté leur demande tendant à l'annulation de la décision née le 1er octobre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours formé contre une décision des autorités consulaires françaises à Casablanca (Maroc) refusant de délivrer au jeune D E un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de visiteur.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. La contradiction de motifs alléguée par les requérants au regard des points 4 et 11 du jugement attaqué est susceptible d'affecter le bien-fondé du jugement et non sa régularité. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant en tant qu'il concerne la régularité du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. En premier lieu, eu égard à l'office du juge d'appel, qui est appelé à statuer, d'une part, sur la régularité de la décision des premiers juges et, d'autre part, sur le litige qui a été porté devant eux, les moyens tirés de ce que le tribunal administratif aurait commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme inopérants.

5. En second lieu, M. C, de nationalité française, a obtenu avec son épouse Mme A épouse C, par un acte de kafala dressé devant notaire le 20 janvier 2016, qui a fait l'objet, le 16 mars 2020, d'une homologation par un jugement du tribunal de première instance de Beni Mellal, le droit de recueillir légalement D E, né le 1er septembre 2016.

6. Il ressort de l'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire adressé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, que, pour rejeter la demande de visa de long séjour présentée pour le jeune D E, la commission de recours s'est appropriée les motifs opposés par l'autorité consulaire tirés de ce que, d'une part, il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins de maintien illégal en France après l'expiration du visa et, d'autre part, de ce que les informations communiquées pour justifier des conditions du séjour sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables.

7. Au point 4 du jugement attaqué, le tribunal a considéré que ce motif était entaché d'une erreur d'appréciation, en ce que, d'une part, compte tenu de l'ensemble des pièces produites par les requérants à l'appui de la demande de visa, et en particulier du jugement du 16 mars 2020 du tribunal de première instance de Beni Mellal (Maroc) mentionnant que les requérants ont recueilli l'enfant par acte de kafala et sont " autorisés à l'emmener en dehors du territoire marocain " et, d'autre part, de la nature du visa sollicité en vue de permettre " l'installation du jeune D sur le territoire français au regard de considérations privées et familiales ", il ne ressortait d'aucune pièce du dossier que les informations communiquées par les requérants à l'appui de la demande de visa pour le jeune D ne seraient pas complètes ou fiables et qu'ils n'auraient pas mentionné que l'enfant avait vocation à s'installer sur le territoire français. Le ministre n'a pas contesté, dans ses observations produites en défense de première instance, l'illégalité de ce motif.

8. Toutefois, pour établir que la décision attaquée était légale, le ministre a invoqué, dans son mémoire en défense de première instance communiqué aux requérants, un nouveau motif tiré de ce que l'intérêt supérieur de l'enfant est de demeurer dans son pays de résidence compte tenu de la présence dans ce pays de plusieurs membres de sa famille et en particulier de sa mère.

9. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que l'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. Toutefois, les actes dits de kafala adoulaire dressés au Maroc ne concernent pas la situation des orphelins ou des enfants de parents se trouvant dans l'incapacité d'exercer l'autorité parentale. Leurs effets sur le transfert de l'autorité parentale sont variables et le juge se borne à homologuer les actes dressés devant notaire. Dès lors, l'intérêt supérieur de l'enfant à vivre auprès de la personne à qui il a été confié par une telle kafala ne peut être présumé et doit être établi au cas par cas. Il appartient en conséquence au juge administratif d'apprécier, au vu de l'ensemble des pièces du dossier, si le refus opposé à une demande de visa de long séjour pour le mineur est entaché d'une erreur d'appréciation.

11. Il ressort des pièces du dossier que le jeune D, âgé de six ans à la date de la demande de visa, vit avec sa mère, sa grand-mère et son arrière-grand-mère à Béni Mellal où il est scolarisé. Il ressort par ailleurs des mentions figurant sur le jugement du 10 mars 2022 du tribunal de première instance de Béni Mellal et prononçant le divorce du père de l'enfant avec sa seconde femme que ce dernier réside toujours à Béni Mellal où il revient régulièrement en dépit d'une activité salariée qu'il exerce à l'étranger. De plus, si M. C et Mme A épouse C soutiennent que le jeune D n'a plus de contacts avec son demi-frère, il ressort des pièces du dossier que la garde de ce dernier a été confiée à sa mère qui réside également à Béni Mellal. Si les requérants soutiennent encore que la mère de l'enfant ne serait pas en capacité de s'en occuper, la seule attestation rédigée par la mère ne saurait l'établir de façon suffisamment probante ainsi que l'ont relevé les premiers juges. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que des difficultés familiales, matérielles ou psychologiques sérieuses justifieraient que l'enfant soit séparé de ses parents et quitte le Maroc où il vit depuis sa naissance. Dans ces conditions, et alors même que les requérants disposent de ressources suffisantes et d'un logement approprié pour accueillir l'enfant mineur, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, estimer qu'il n'est pas établi qu'il soit de l'intérêt supérieur de l'enfant D E de vivre auprès de son grand-oncle et de sa grande tante en France, et refuser pour ce motif de délivrer le visa sollicité.

12. Les requérants n'établissent pas plus en appel qu'en première instance qu'ils ont sollicité pour leur petit neveu un visa de long séjour en qualité de membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne. Dès lors il y a lieu d'écarter par adoption des motifs retenus par les premiers juges le moyen tiré de ce que la commission de recours aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en instruisant leur demande de visa.

13. Doit également être écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarder des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que les requérants reprennent en appel sans apporter de précisions supplémentaires.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C et Mme A épouse C est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C et Mme A épouse C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F C, à Mme B A épouse C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 11 juin 2024.

La présidente de la 2ème chambre

C. Buffet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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