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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-23NT03520

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-23NT03520

mardi 29 octobre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-23NT03520
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme H A C, épouse F, agissant en qualité de représentante légale de l'enfant mineure J D F K a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision implicite née le 5 septembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 23 février 2022 de l'ambassade de France au Cameroun refusant de délivrer à J D F K un visa de long séjour en qualité de membre de la famille d'un réfugié, ainsi que cette décision consulaire.

Par un jugement n°2214606 du 25 septembre 2023, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2023, Mme A C, représentée par Me Edjang, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 25 septembre 2023 du tribunal administratif de Nantes ;

2°) d'annuler la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ayant rejeté son recours contre la décision du 23 février 2022 de l'ambassade de France au Cameroun refusant de délivrer à Mme J D F K un visa de long séjour en qualité de membre de la famille d'un réfugié, ainsi que cette décision consulaire ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'acte de naissance de Mme J D F K est authentique ;

- la décision attaquée méconnait le droit de l'enfant à mener en France une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pons a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E F, ressortissant camerounais, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 septembre 2018. Il a déposé des demandes de visas de long séjour au titre de la réunification familiale pour son épouse, Mme A C épouse F, et leurs trois enfants mineurs. Mme A C épouse F et deux des enfants se sont vus délivrer des visas par l'autorité consulaire française à Yaoundé (Cameroun) et résident en France. Par une décision du 23 février 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa sollicité au nom de Mme J D F K, ressortissante camerounaise née le 22 octobre 2015. Par une décision implicite née le 5 septembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Mme A C a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler ces décisions. Par un jugement du 25 septembre 2023, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande. Mme A C relève appel de ce jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'autorité consulaire française :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite née le 5 septembre 2022 de cette commission s'est substituée à la décision consulaire. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 de ce code dispose que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".

4. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial des enfants d'une personne admise à la qualité de réfugié ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien de filiation produits à l'appui des demandes de visa.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

7. A l'appui de sa requête d'appel pour contester le rejet de la demande de visa présentée pour l'enfant J D F K, Mme A C épouse F produit une attestation d'existence de souche d'acte de naissance établie le 25 septembre 2023 par l'officier d'état civil de la commune de Yaounde II, ainsi qu'un courrier du maire de Yaounde certifiant que les deux actes de naissance dressés le 11 novembre 2015 sous le même numéro 20l5/CE730l/N/l0428 et respectivement établis aux noms des enfants B I G et F K J D, sont authentiques, en dépit de l'erreur matérielle sur les derniers chiffres de leur codification en référence à leurs numéros. Ces éléments s'ajoutent à ceux produits en première instance, notamment le passeport de l'enfant qui corrobore une date de naissance au 22 octobre 2015. Si le ministre de l'intérieur fait valoir que la naissance de l'enfant J D F K a été déclarée par le frère de M. E F, en vertu d'une procuration non produite, cette circonstance ne saurait à elle-seule remettre en question le caractère authentique de l'acte de naissance de l'enfant. Par suite, c'est à tort que le tribunal a estimé que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France avait pu se fonder sur le motif tiré du caractère frauduleux de l'acte produit pour refuser de délivrer le visa sollicité et Mme A C est fondée à soutenir que la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ayant rejeté son recours contre la décision du 23 février 2022 de l'ambassade de France au Cameroun refusant de délivrer à J D F K un visa de long séjour en qualité de membre de la famille d'un réfugié, est entachée d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen invoqué, que Mme A C est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'exécution du présent arrêt implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à l'enfant J D F K. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A C de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement n°2214606 du 25 septembre 2023 du tribunal administratif de Nantes est annulé.

Article 2 : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ayant rejeté le recours de Mme A C, épouse F, contre la décision du 23 février 2022 de l'ambassade de France au Cameroun refusant de délivrer à Mme J D F K un visa de long séjour en qualité de membre de la famille d'un réfugié est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme J D F K un visa d'entrée et de long séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.

Article 4 : L'Etat versera à Mme A C, épouse F une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à Mme H A C épouse F et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M.Gaspon, président de chambre,

- M. Pons, premier conseiller,

- Mme Bougrine, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. PONSLe président,

O. GASPON

La greffière,

I. PETTON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°23NT03520

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