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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-23NT03621

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-23NT03621

mardi 18 juin 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-23NT03621
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantLEUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. H C et Mme G C, agissant tant en leurs noms personnels qu'en qualité de représentants de leurs enfants B, A, D et E C, ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler d'une part la décision du 6 juillet 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions des autorités consulaires françaises à Téhéran (Iran) refusant de délivrer à Mme G C et au jeune D C des visas au titre de la réunification familiale et, d'autre part, la décision implicite de cette commission rejetant le recours formé pour les jeunes B, A et E C.

Par un jugement n° 2301725 du 10 octobre 2023, le tribunal administratif de Nantes a annulé ces deux décisions de la commission et a enjoint au ministre de délivrer les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 10 octobre 2023 du tribunal administratif de Nantes ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. et Mme C devant le tribunal administratif de Nantes.

Il soutient que l'identité des demandeurs de visa n'est pas établie alors que M. C a multiplié les déclarations incohérentes sur sa famille alléguée et que les justificatifs d'état-civil ont été établis après l'octroi de la protection subsidiaire à l'intéressé ; les éléments de possession d'état produits sont très insuffisants.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 décembre 2023 et 27 février 2024, M. H C et Mme G C, agissant en leur nom propre et au nom des jeunes A, D et E C, ainsi que M. B C, représentés par Me Leudet, demandent à la cour :

1°) de rejeter la requête ;

2°) subsidiairement, d'ordonner une expertise destinée à comparer les empreintes génétiques de M. H C avec celles de M. B C et des jeunes A, D et E C ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de leur conseil, une somme de 2 000 euros sur le fondement combiné des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- les moyens soulevés par le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne sont pas fondés ;

- en tout état de cause :

les décisions contestées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

il appartiendra au ministre d'établir la régularité de composition de la commission réunie le 6 juillet 2022 ;

la décision implicite de la commission concernant trois des enfants est entachée d'un défaut de motivation ;

- subsidiairement, et avant dire droit, sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative il sera procédé à une expertise génétique de nature à établir les liens de filiation unissant les enfants à M. H C.

Par une ordonnance du 29 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mars 2024.

Par un courrier du 2 mai 2024, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la cour est susceptible de se fonder sur le moyen, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la demande de première instance tendant à l'annulation d'une décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France statuant sur la situation des jeunes A et E C, et de M. B C, en l'absence de saisine préalable de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. (Article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile).

Par un mémoire, enregistré le 7 mai 2024, et en réponse à ce moyen d'ordre public, les consorts C concluent aux mêmes fins que leurs précédentes écritures et ajoutent que leur demande de première instance était recevable.

M. H C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rivas,

- et les observations de Me Leudet, représentant les consorts C.

Considérant ce qui suit :

1. M. H C, ressortissant afghan né le 1er janvier 1985, s'est vu accorder la protection subsidiaire par une décision du directeur de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 28 février 2017. Par des décisions du 26 janvier 2022, l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) a rejeté les demandes de visas de long séjour présentées par Mme G C, ressortissante afghane née le 22 mars 1985 qu'il présente comme son épouse, ainsi que pour les quatre enfants allégués du couple, les jeunes B, A, D et E C, en qualité de membres de famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par une décision implicite née le 1er mai 2022 en ce qui concerne les jeunes B, A et E C et par une décision expresse du 6 juillet 2022 en ce qui concerne Mme G C et le jeune D C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre ces décisions consulaires. Par un jugement du 10 octobre 2023, dont le ministre de l'intérieur et des outre-mer relève appel, le tribunal administratif de Nantes a annulé ces deux décisions et a enjoint au ministre de délivrer les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Par une décision du 8 février 2024, le président de la 5ème chambre de la cour administrative d'appel de Nantes a sursis à l'exécution de ce jugement jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête visée ci-dessus.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

S'agissant de la décision expresse de la commission du 6 juillet 2022 concernant Mme G C et le jeune D C :

2. Il ressort des pièces du dossier que pour Mme G C et le jeune D C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a statué explicitement sur les deux recours dont elle avait été saisie par une décision du 6 juillet 2022. Cette décision est motivée par le fait que l'identité des intéressés n'est pas établie du fait des " incohérences et des contradictions ressortant des informations contenues dans les actes d'état civil produits (dates de naissance de Mme G C et des enfants B, D et E, omission de l'enfant A C) " avec les déclarations du réunifiant à l'OFPRA et de l'absence de tout élément probant de possession d'état, alors que le réunifiant réside en France depuis 2016.

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Et aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ". Et aux termes de l'article L. 121-9 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides est habilité à délivrer aux réfugiés et bénéficiaires de la protection subsidiaire ou du statut d'apatride, après enquête s'il y a lieu, les pièces nécessaires pour leur permettre soit d'exécuter les divers actes de la vie civile, soit de faire appliquer les dispositions de la législation interne ou des accords internationaux qui intéressent leur protection, notamment les pièces tenant lieu d'actes d'état civil. / Le directeur général de l'office authentifie les actes et documents qui lui sont soumis. Les actes et documents qu'il établit ont la valeur d'actes authentiques. / Ces diverses pièces suppléent à l'absence d'actes et de documents délivrés dans le pays d'origine. Les pièces délivrées par l'office ne sont pas soumises à l'enregistrement ni au droit de timbre. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ", ce dernier article disposant que " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

6. S'agissant de l'identité de Mme G C, les intéressés ont communiqué des documents d'état-civil afghans, à savoir une taskera du 19 juillet 2017, ainsi qu'un certificat de naissance établi le 11 mai 2019. Ces documents mentionnent que l'intéressée est née le 22 mars 1985. La taskera indique qu'elle est mariée, mais sans mentionner le nom de son époux et son nom d'épouse, et que son père est M. F. Ces informations sont partiellement différentes sur des points substantiels de celles figurant sur le certificat d'acte de mariage tenant lieu d'acte d'état civil établi par l'OFPRA le 24 mai 2017, soit avant les documents précités, dès lors qu'il y est mentionné que Mme C est née le 1er janvier 1984 et que son père est M. J C. Dans sa demande d'asile, M. C a également indiqué que sa conjointe est née en 1984. Enfin, les quelques éléments de possession d'état produits constitués de copies d'écran d'appels par messagerie à compter de 2019, de deux photographies des intéressés qui auraient été prises en 2019 au Pakistan à l'occasion d'un voyage de M. C ainsi que de quelques envois d'argent à compter de 2022 sont insuffisants pour établir l'identité de Mme C et le lien matrimonial allégué. Aussi les éléments présentés sont insuffisants pour établir l'identité de la demandeuse de visa et son lien matrimonial.

7. S'agissant de l'enfant D C, les documents d'identité afghans présentés, à savoir une taskera du 19 juillet 2017 et un certificat de naissance du 11 mai 2019 font état de sa filiation à l'égard de M. H C ainsi que de sa naissance le 20 mars 2012 et de son lieu de naissance. Ces informations figurent également sur son passeport afghan établi le 15 novembre 2017. Cependant dans son formulaire de demande d'asile, M. C a indiqué être le père de quatre garçons portant comme prénoms B né en 2006, Ayatullah né en 2009, D né en 2011 et E né en 2015. Questionné sur la composition de sa famille lors de son entretien avec un agent de l'OFPRA, et alors qu'il était assisté d'un interprète, il a explicitement repris les quatre prénoms indiqués dans sa fiche, sans autre précision. Or, le 27 avril 2017, dans sa fiche familiale de référence où il s'engage sur l'honneur et qu'il a signée, il a indiqué être le père de quatre enfants, dont l'un serait désormais une fille, portant le prénom de A, et a mentionné des dates de naissances significativement différentes puisque B ne serait désormais plus l'ainé de la fratrie, mais serait né en 2015, soit un écart de 9 ans avec la date précédemment mentionnée, A en 2011, D en 2012, et E en 2016 et il ne mentionne plus Ayatullah. Il existe ainsi des différences substantielles entre les déclarations effectuées par M. C lors de l'examen de sa demande d'asile et ses déclaration ultérieures qui demeurent inexpliquées. Les différences entre les calendriers persan et grégorien ne peuvent en effet expliquer les variations constatées sur les années de naissance des intéressés. Le changement de genre concernant un des enfants demeure également incompréhensible malgré la référence faite désormais à certaines pratiques concernant la place dans la société et la dénomination des femmes en Afghanistan. Enfin les éléments d'état-civil afghans précités concernant le jeune D ont tous été établis après les dernières déclarations de M. C relatives à la composition de sa famille. Pour les motifs exposés au point précédent, les éléments de possession d'état présentés sont également insuffisants pour établir l'identité du jeune D C et le lien de filiation allégué. Par suite, malgré la production des documents d'état-civil afghan, l'identité du demandeur de visa, ainsi qu'en conséquence son lien de filiation avec M. C, ne peuvent être tenus pour établis.

8. Dans ces conditions, c'est sans faire une inexacte application des dispositions citées au point 4 que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les demandes présentées pour Mme G C et le jeune D C.

9. En conséquence, le ministre de l'intérieur est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Nantes s'est fondé, pour annuler la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 6 juillet 2022 sur le motif tiré de ce que les documents présentés établissent leurs identités respectives.

10. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. et Mme C, s'agissant des demandes de Mme G C et du jeune D C présentées tant devant le tribunal administratif de Nantes que devant la cour.

11. Alors que M. et Mme C soutiennent que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France était irrégulièrement composée le 6 juillet 2022, date à laquelle elle a statué sur leur recours concernant Mme C et le jeune D C, le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne répond pas à ce moyen soulevé pour la première fois en appel et aucun élément n'a été présenté quant à la composition de cette commission le 6 juillet 2022. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens présentés, M. et Mme C sont fondés à soutenir que la décision contestée, concernant Mme C et le jeune D C, a été prise par un organe irrégulièrement composé et qu'en conséquence, pour ce motif, elle doit être annulée.

S'agissant de la décision implicite de la commission née le 1er mai 2022 concernant les jeunes B, A et E C :

12. En l'absence de décision explicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, d'accusé de réception des recours formés pour les jeunes B, A et E C qui renverrait à une motivation par référence aux motifs de la décision consulaire, et de réponse à la demande de communication des motifs de la décision implicite présentée par les consorts C, il y a lieu, pour déterminer les motifs des rejets de ces trois recours, de se référer aux écritures du ministre de l'intérieur et des outre-mer. Il résulte alors de ces écritures en appel que pour rejeter le recours formé par M. C contre les décisions consulaires refusant les visas sollicités pour les jeunes B, A et E C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le fait que l'identité alléguée des demandeurs de visa n'était pas établie eu égard aux déclarations incohérentes de M. C quant à la composition de sa famille et aux documents communiqués, avec une intention frauduleuse, ainsi qu'aux éléments de possession d'état produits.

13. Il ressort des pièces du dossier, pour les motifs exposés au point 7, qu'eu égard aux déclarations contradictoires de M. C, et aux pièces d'identité afghanes produites, l'identité des intéressés ne peut être établie tant au regard des documents d'état-civil afghans communiqués que de la possession d'état. Dans ces conditions, c'est sans faire une inexacte application des dispositions citées au point 4 que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les demandes présentées pour les jeunes B, A et E C.

14. En conséquence, le ministre de l'intérieur est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Nantes s'est fondé, pour annuler la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 1er mai 2022 sur le motif tiré de ce que les documents présentés établissent leurs identités respectives.

15. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. et Mme C, s'agissant des demandes des jeunes B, A et E C, tant devant le tribunal administratif de Nantes que devant la cour.

16. L'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

17. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été exposé, que la décision contestée est une décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, née le 1er mai 2022, et il n'a pas été accusé réception par cette commission des recours formés pour les jeunes B, A et E C. Par ailleurs, par un courrier envoyé le 29 juin 2022 et reçu par la commission le 30 juin 2022, soit dans le délai de recours contentieux, M. C a sollicité la communication des motifs de la décision implicite du 1er mai 2022. Contrairement à ce que soutient le ministre, la décision de la commission du 6 juillet 2022 ne constitue pas la réponse faite à cette demande dès lors qu'il s'agit d'une décision distincte de la commission statuant uniquement et explicitement sur la situation de Mme G C et du jeune D C. Or il n'a pas été répondu à cette demande de communication des motifs de la décision du 1er mai 2022, laquelle devait être motivée par application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, en s'abstenant de faire droit à la demande de communication des motifs de sa décision dans le délai d'un mois qui lui était imparti par l'article L. 232-4 précité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision implicite d'illégalité.

18. Il résulte de tout ce qui précède que le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'est pas fondé à se plaindre que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a d'une part annulé la décision du 6 juillet 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en ce qui concerne Mme C et le jeune D C et, d'autre part, annulé la décision implicite née le 1er mai 2022 concernant M. B C et les jeunes A et E C.

Sur les frais d'instance :

19. M. H C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros hors taxe à ce titre à Me Leudet dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du ministre de l'intérieur et des outre-mer est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Leudet, avocate des requérants, la somme de 1 200 euros hors taxe dans les conditions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. H C, à Mme G C et à M. B C.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Degommier, président de chambre,

- M. Rivas, président assesseur,

- Mme Ody, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le rapporteur,

C. RIVAS

Le président,

S. DEGOMMIER

Le greffier,

C. GOY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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