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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-24NT00140

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-24NT00140

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-24NT00140
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B D et Mme A C épouse E ont demandé au tribunal administratif de Caen d'annuler les arrêtés du 27 juillet 2023 par lesquels le préfet du Calvados leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et leur a interdit le retour pour une durée d'un an.

Par un jugement nos 2302224, 2302225 du 6 octobre 2023, le tribunal administratif de Caen a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 janvier et 30 mai 2024 sous le n° 24NT0140, M. D, représenté par Me Lelouey, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Caen du 6 octobre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados, au besoin sous astreinte, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

- ces décisions ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences portées à sa situation ;

- ces décisions ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile

- ces décisions sont contraires à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est motivée de manière stéréotypée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une atteinte à la vie privée et familiale des requérants.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 février et 31 mai 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2024.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 janvier et 30 mai 2024 sous le n° 24NT0142, Mme C épouse E, représentée par Me Lelouey, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Caen du 6 octobre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados, au besoin sous astreinte, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

- ces décisions ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences portées à sa situation ;

- ces décisions ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ces décisions sont contraires à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est motivée de manière stéréotypée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une atteinte à la vie privée et familiale des requérants.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 février et 31 mai 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Picquet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, Mme A C, son épouse, et leur fille majeure, ressortissants kazakhs d'origine ouïghoure, sont entrés en France le 19 décembre 2021 pour y demander l'asile. Leurs demandes de protection internationale ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 3 avril 2023, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 juillet 2023. Par des arrêtés du 27 juillet 2023 dont ils ont demandé au tribunal administratif de Caen l'annulation, le préfet du Calvados a fait obligation à M. D et Mme E de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et leur a interdit le retour pour une durée d'un an. L'OFPRA a déclaré irrecevable leur demande de réexamen en procédure accélérée le 19 septembre 2023. Par un jugement du 6 octobre 2023, le tribunal administratif de Caen a rejeté leurs demandes. M. D et Mme E font appel de ce jugement.

2. Les requêtes visées ci-dessus, qui concernent la situation d'un couple de ressortissants kazakhs, sont dirigées contre un même jugement. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.

Sur les moyens communs aux différentes décisions contestées :

3. Il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 6 et 7 du jugement attaqué, d'écarter les moyens tirés de l'absence de motivation des arrêtés du préfet du Calvados du 27 juillet 2023 et de l'absence d'examen particulier de leur situation, que M. D et Mme E reprennent en appel sans apporter d'éléments nouveaux.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et des décisions fixant le pays de destination :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D et Mme E sont entrés en France avec leur fille le 20 décembre 2021, soit moins de deux ans avant les décisions contestées. Les époux font tous deux l'objet d'une mesure d'éloignement. Si leur fille, devenue majeure, a demandé un titre de séjour mention " étudiant " le 1er août 2023, cette circonstance est postérieure aux décisions contestées et, en tout état de cause, rien ne fait obstacle à ce que leur fille, qui a obtenu une bourse d'études, vive seule en France. En outre, malgré les efforts d'intégration en France des intéressés, M. D et Mme E ont résidé pendant respectivement 49 et 44 ans dans leur pays d'origine, où résident la mère et le frère de Mme E. La promesse d'embauche produite par M. D est postérieure aux décisions contestées. Si les requérants soutiennent qu'ils ne pourraient pas mener une vie privée et familiale normale au Kazakhstan, au motif qu'ils y ont été victimes de persécutions en raison de leurs origines ouïghoures et de leur engagement au soutien de leur communauté, les attestations de proches, convocations et photographies produites ne suffisent pas à l'établir, comme l'ont d'ailleurs retenu l'OFPRA et la CNDA. Par conséquent, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que les décisions contestées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences portées à la situation des requérants doivent être écartés.

5. En second lieu, le moyen tiré de ce que les décisions contestées sont contraires à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre des décisions fixant le pays de destination et, s'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français, est dépourvu des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la légalité des décisions portant interdiction de retour en France pendant un an :

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise.

7. Il ressort des termes des décisions contestées, qui sont suffisamment motivées, que pour prononcer à l'encontre des intéressés une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an, le préfet s'est fondé sur la circonstance de leur arrivée récente sur le territoire et que faisant chacun l'objet d'une mesure d'éloignement, la cellule familiale pourrait se reconstituer hors de France. Au regard de ces circonstances qui sont établies et pour les motifs indiqués au point 4, alors même que la présence des intéressés ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'ils n'ont fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement du territoire, le préfet du Calvados n'a commis aucune erreur d'appréciation et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en leur interdisant de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Caen a rejeté leurs demandes. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : Les requêtes de M. D et Mme C épouse E sont rejetées.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B D, à Mme A E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 27 août 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lainé, président,

- M. Derlange, président assesseur,

- Mme Picquet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

La rapporteure,

P. PICQUET

Le président,

L. LAINÉ

Le greffier,

C. WOLF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 24NT00140,24NT0014

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