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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-24NT00383

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-24NT00383

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-24NT00383
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMESTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 10 juin 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 9 octobre 2019 par laquelle le préfet de l'Oise a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

Par un jugement n° 2007968 du 14 décembre 2023, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 12 février 2024, M. A, représenté par Me Mestre, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes du 14 décembre 2023 ;

2°) d'annuler la décision du 10 juin 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 9 octobre 2019 par laquelle le préfet de l'Oise a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

3°) d'annuler la décision du 9 octobre 2019 par laquelle le préfet de l'Oise a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

4°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de l'Oise de lui accorder la nationalité française dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de l'Oise de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant, pendant toute la durée du réexamen de sa demande, une autorisation provisoire de séjour ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est irrégulier en ce qu'il est insuffisamment motivé ;

- le ministre n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande et a, dès lors, vicié la procédure ayant abouti à l'adoption de la décision litigieuse ;

- les décisions du préfet de l'Oise et du ministre de l'intérieur et des outre-mer sont entachées d'une erreur de fait en ce qu'ils ont retenu, pour les faits de filouterie de carburant qui lui sont reprochés, une période du 21 juin au 4 juillet 2011 au lieu du 21 au 29 juin 2011, ce qui influe nécessairement sur le sens des décisions contestées ;

- les décisions du préfet de l'Oise et du ministre de l'intérieur et des outre-mer sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'ils n'ont pas pris en compte, ni l'âge de l'intéressé à la date de commission des faits, ni l'ancienneté des faits et ce alors qu'il n'a plus commis d'infraction depuis ;

- la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer méconnaît les stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est constitutive d'une discrimination prohibée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant marocain, né le 9 mai 1991 à Tanger (Maroc), relève appel du jugement du 14 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 10 juin 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 9 octobre 2019 par laquelle le préfet de l'Oise a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

3. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". L'article 48 du décret du 30 décembre 1993 dispose que : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant et son degré d'insertion professionnelle.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. A, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'intéressé a été l'auteur de filouterie de carburant du 21 juin 2011 au 4 juillet 2011, de " détention, acquisition, offre ou cession et transport non autorisé de stupéfiants et de circulation avec un véhicule terrestre sans assurance " le 9 août 2011, qu'il a fait l'objet d'une procédure pour port ou transport illégal d'arme de catégorie 6 le 22 février 2011, et, d'autre part, de ce que l'examen du parcours professionnel de l'intéressé, apprécié depuis sa globalité depuis son entrée en France, ainsi que le caractère récent de son activité commerciale, ne permettent pas de considérer son insertion professionnelle comme pleinement réalisée puisqu'il ne dispose pas de ressources suffisantes et stables.

Sur la régularité du jugement attaqué :

5. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

6. Il résulte des motifs mêmes du jugement attaqué que le tribunal administratif de Nantes a répondu de façon suffisante aux différents moyens contenus dans les écritures de M. A. Il résulte notamment du point 4 du jugement contesté que les premiers juges ont, contrairement à ce que soutient le requérant dans ses écritures, retenu la période exacte des faits de filouterie de carburant qui ont été reprochés au requérant en 2011. Ce jugement satisfait ainsi aux exigences de motivation posées par l'article L. 9 du code de justice administrative. Dès lors, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué serait entaché d'une insuffisance de motivation entachant sa régularité doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Par suite, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de naturalisation de M. A s'est substituée à la décision prise initialement par le préfet de l'Oise ajournant à deux ans sa demande de naturalisation. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la demande de M. A doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision du ministre et, d'autre part, que les moyens relatifs aux vices propres de la décision du préfet sont inopérants.

8. En second lieu, si le ministre a reconnu lui-même, aux termes de son mémoire en défense produit devant le tribunal administratif de Nantes, que sa décision comporte une erreur de plume sur le comportement du postulant en ce que l'intéressé a été reconnu coupable de filouterie de carburant et ou de lubrifiant du 21 au 29 juin 2011 et non du 21 juin au 4 juillet 2011 comme indiqué à tort, une telle erreur matérielle est sans incidence sur la légalité de la décision contestée, compte tenu, d'une part, de ce que l'intéressé ne conteste pas la nature des faits reprochés dont la date de commission est de 2011, d'autre part, de ce que le ministre a également fondé son appréciation sur les autres renseignements défavorables recueillis sur le comportement pénal du postulant ainsi que sur son degré d'insertion professionnelle. En outre, il ressort des termes du jugement attaqué, que les premiers juges ont retenu la bonne période de référence pour cette infraction. Dans ces conditions, M. A, ne saurait sérieusement se prévaloir de ce que la décision du ministre serait entachée d'une erreur de fait.

9. En troisième lieu, il y a lieu d'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points 4 et 5 du jugement attaqué, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation que le requérant reprend en appel sans apporter d'éléments nouveaux.

10. En dernier lieu, le requérant n'assortit pas ses écritures des précisions suffisantes permettant d'en discuter la portée et le bien-fondé, son moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'il convient dès lors d'écarter.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée y compris en ce qu'elle comporte des conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 17 juillet 2024.

La présidente de la 2ème chambre

C. Buffet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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