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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-24NT01979

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-24NT01979

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-24NT01979
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler l'arrêté du 20 mai 2024 du préfet de la Loire-Atlantique portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'arrêté du même jour portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n°2407512 du 27 mai 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, M. B, représenté par Me Guerin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 27 mai 2024 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Nantes ;

2°) d'annuler les arrêtés du 20 mai 2024 du préfet de la Loire-Atlantique ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les premiers juges ont commis des erreurs de droit, des erreurs de fait et une erreur manifeste d'appréciation ;

- les arrêtés contestés n'ont pas été signés par une autorité compétente ; ils sont insuffisamment motivés ; ils n'ont pas été précédés d'un examen de sa situation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle n'a pas été précédée de l'information prévue par les dispositions de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le caractère exécutoire de cette décision ; elle est entachée d'une erreur de fait ; elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du 21 février 2022, laquelle méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et n'a pas été précédée d'un examen de sa situation ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant assignation à résidence méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs dès lors qu'elle a été prise en application immédiate des dispositions nouvelles de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît ces dispositions ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans l'arrêté du 21 février 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant azerbaïdjanais, relève appel du jugement du 27 mai 2024 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2024 du préfet de la Loire-Atlantique portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'arrêté du même jour portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

3. En premier lieu, eu égard à l'office du juge d'appel, qui est appelé à statuer, d'une part, sur la régularité de la décision du premier juge et, d'autre part, sur le litige qui a été porté devant eux, les moyens tirés de ce que le jugement attaqué est entaché d'erreurs de droit, d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés comme inopérants.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la durée de la présence en France de M. B, qui y est entré le 28 décembre 2020, s'explique par le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile puis par son maintien en situation irrégulière en dépit d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français prise à son encontre le 21 février 2022 qu'il n'a pas exécutée. L'intéressé, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans. Il ne justifie pas d'une intégration particulière en France. Dans ces conditions, en lui interdisant le retour sur le territoire français et en l'assignant à résidence, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de M. B.

5. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte est entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

6. A l'appui de sa demande d'annulation des décisions du 20 mai 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence, M. B excipe de l'illégalité de l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le préfet de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté, qui comportait les mentions des voies et délais de recours, a été notifié à l'intéressé le 2 mars 2022. Faute pour M. B d'avoir formé un recours contentieux contre cet arrêté, celui-ci était devenu définitif à la date à laquelle l'intéressé a entendu exciper de son illégalité devant le tribunal administratif de Nantes dans sa requête introductive d'instance enregistrée au greffe le 22 mai 2024. Par ailleurs, les décisions contenues dans l'arrêté du 21 février 2022 ne forment pas avec une éventuelle mesure d'interdiction de retour sur le territoire français ou d'assignation à résidence ultérieure une opération complexe. Dès lors, M. B est irrecevable à invoquer, au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français et l'assignant à résidence, l'exception d'illégalité de l'arrêté du 21 février 2022 du préfet de la Mayenne portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il convient d'écarter par adoption des motifs retenus par le premier juge les moyens tirés de ce que les arrêtés contestés n'ont pas été signés par une autorité compétente, sont insuffisamment motivés et n'ont pas été précédés d'un examen de sa situation, de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît son droit d'être entendu et les dispositions de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de ce que la décision portant assignation à résidence méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs et les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, moyens que M. B réitère en appel sans apporter d'élément nouveau.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement attaqué et des arrêtés contestés, est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée sur le fondement des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées dans cette requête aux fins d'injonction, d'astreinte et de mise à la charge de l'Etat des frais liés au litige doivent également être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 22 novembre 2024.

Le président de la cour

O. Couvert-Castéra

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24NT01979 1

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