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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-24NT02089

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-24NT02089

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-24NT02089
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D B et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Caen d'annuler les arrêtés du 22 mars 2024 du préfet de la Manche portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et de suspendre l'exécution des mesures d'éloignement dans l'attente des décisions de la Cour national du droit d'asile sur leur recours.

Par un jugement, nos 2400922-2400923 du 5 juin 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Caen a annulé les arrêtés du 22 mars 2024 en tant qu'ils ont fixé le pays d'origine de Mme C et de M. B comme pays de destination et a rejeté le surplus de leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024 sous le n° 24NT02091, M. B, représenté par Me Bernard, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Caen du 5 juin 2024 en ce qu'il a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour national du droit d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 du préfet de de la Manche en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Manche de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Manche d'effacer son nom du fichier des personnes recherchées et du Système d'information Schengen ;

5°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour national du droit d'asile sur son recours ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation qui révèle qu'elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par une décision du 2 octobre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. B.

II. Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024 sous le n° 24NT02089, Mme C, représentée par Me Bernard, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné du tribunal administratif de Caen du 5 juin 2024 en ce qu'il a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et à la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour national du droit d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 du préfet de de la Manche en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Manche de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Manche d'effacer son nom du fichier des personnes recherchées et du Système d'information Schengen ;

5°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour national du droit d'asile sur son recours ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient les mêmes moyens que son mari dans l'instance n° 24NT02091.

Par une décision du 2 octobre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de Mme C.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. La requête n° 24NT02091 présentée pour M. D B et la requête n° 24NT02089 présentée pour Mme A C concernent la situation administrative des membres d'un même couple de ressortissants étrangers et présentent à juger des questions identiques. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une même ordonnance.

3. Mme C et M. B, ressortissants mongols, relèvent appel du jugement du 5 juin 2024 en ce que le magistrat désigné du tribunal administratif de Caen a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation des décisions du préfet de la Manche du 22 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et à la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement dans l'attente des décisions de la Cour national du droit d'asile sur leur recours.

4. En premier lieu, M. B et Mme C se bornent à reprendre en appel, sans apporter d'élément nouveau de fait ou de droit, les moyens invoqués en première instance tirés de ce que les arrêtés contestés seraient entachés d'incompétence, de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'un défaut de motivation, n'auraient pas été précédées d'un examen particulier de leurs situations et méconnaîtraient les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de ce que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs situations personnelles. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge aux points 5 à 7, 10, 11 et 15 du jugement attaqué.

5. En deuxième lieu, à l'appui des moyens relatifs à la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation personnelle, soulevés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, M. B et Mme C se prévalent chacun en ce qui le concerne de la présence en France de son conjoint et de leur enfant né sur le territoire français. Toutefois, ils font respectivement l'objet d'une mesure d'éloignement, ils sont de même nationalité et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient pas reconstituer leur cellule familiale dans leur pays d'origine, où ils ne sont pas dépourvus d'attaches. Par ailleurs, la circonstance que leur fils est né en France à peine plus d'un an avant l'édiction des mesures d'éloignement contestées ne saurait suffire à conférer aux requérants une vocation particulière à séjourner en France. En outre, le certificat médical daté du 30 novembre 2023 n'établit pas que l'état de santé de M. B serait incompatible avec la mesure contestée. Enfin, les requérants ne justifient pas d'une intégration particulière dans la société française. Par suite, les moyens relatifs à la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation personnelle doivent être écartés.

6. En troisième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, les moyens tirés de l'illégalité de ces décisions soulevées à l'encontre des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être écartés.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

8. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'OFPRA à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'OFPRA. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.

9. Les requérants qui se bornent à demander la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement prises à leur encontre en faisant état de menaces de violence contre M. B et de représailles dirigées contre Mme C ne produisent aucun élément sérieux justifiant leur maintien sur le territoire français dans l'attente des décisions de la CNDA sur leur recours. Par suite, en tout état de cause, leurs conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur égard doivent être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme C et de M. B sont manifestement dépourvues de fondement et doivent être rejetées par application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées, dans ces requêtes, aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'Etat des frais liés au litige doivent également être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er :Les requêtes n° 24NT02089 et n° 24NT02091 de Mme C et de M. B sont rejetées.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, M. D B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Manche.

Fait à Nantes, le 4 décembre 2024.

Le président de la 4ème chambre,

L. LAINÉ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 24NT02089, 24NT020911

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