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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-24NT02191

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-24NT02191

vendredi 9 janvier 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-24NT02191
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP IPSO FACTO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Nantes d’annuler le titre de recette émis le 14 novembre 2020 par lequel le maire de Ligron l’a constitué débiteur de la somme de 1 674 euros au titre de la réalisation de travaux d’élagage et d’enjoindre à la commune de Ligron de lui rembourser la somme de 1 674 euros, assortie des intérêts au taux légal.

Par un jugement n° 2100427 du 14 mai 2024, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 14 juillet 2024, M. A..., représenté par Me Parent, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes du 14 mai 2024 ;

2°) d’annuler le titre de recette du 14 novembre 2020 par lequel le maire de Ligron l’a constitué débiteur de la somme de 1 674 euros au titre de la réalisation de travaux d’élagage ;

3°) d’enjoindre à la commune de Ligron de lui rembourser la somme de 1 674 euros, assortie des intérêts au taux légal ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Ligron le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’avis de sommes à payer est insuffisamment motivé ;
- le bordereau de titres de recette correspondant n’est pas signé ;
- il n’était pas nécessaire de procéder à un élagage de ses arbres, qui ne présentaient aucune gêne pour l’installation d’un réseau de fibre optique ;
- ses parcelles n’ont pas fait l’objet d’un élagage réalisé par la commune sur l’ensemble de la longueur de leurs côtés jouxtant la route communale n° 33 ;
- la commune de Ligron, qui a partiellement dégrevé les sommes mises à la charge de certains de ses voisins au titre des mêmes travaux d’élagage, a méconnu le principe d’égalité.


Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2025, la commune de Ligron, représentée par Me Forcinal, conclut au rejet de la requête et demande à la cour de mettre à la charge de M. A... une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.


Par courrier du 29 octobre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que la cour était susceptible de relever d’office un moyen d’ordre public tiré de ce que, en fondant l’obligation de payer de M. A... sur les dispositions des articles L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, D. 161-24 du code rural et de la pêche maritime et L. 51 du code des postes et des communications électroniques, la commune de Ligron a méconnu le champ d’application des dispositions de ces articles.

Par un mémoire, enregistré le 7 novembre 2025, la commune de Ligron, représentée par Me Forcinal, a présenté des observations en réponse à ce courrier du 29 octobre 2025. Elle soutient que l’obligation de payer de M. A... est fondée sur les dispositions de l’article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales ainsi que sur celles de l’article L. 51 du code des postes et des communications électroniques, dès lors que la commune de Ligron doit être regardée comme ayant été implicitement mandatée par le syndicat mixte Sarthe Numérique pour la mise en œuvre de ces dispositions.

Par un mémoire, enregistré le 14 novembre 2025, M. A..., représenté par Me Parent, a présenté des observations en réponse au courrier du 29 octobre 2025. Il soutient que son obligation de payer ne peut être fondée sur aucune des dispositions invoquées par la commune de Ligron.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Mas,
- les conclusions de M. Chabernaud, rapporteur public,
- et les observations de Me Parent, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :

Par un courrier du 14 juin 2019, la commune de Ligron a, d’une part, informé ses administrés que, en vue de l’exécution de travaux de déploiement de la fibre optique sur la commune, les propriétaires de parcelles bordant la route communale n° 33 devaient procéder à l’élagage des haies ou des arbres, de manière à ce que les poteaux téléphoniques implantés le long de cette route soient dégagés de toute végétation et, d’autre part, proposé à ces propriétaires soit de procéder à cet élagage par leurs propres moyens avant le 15 août 2019, soit de laisser la commune faire procéder à cet élagage pour eux, en leur refacturant ensuite ces prestations. M. A..., propriétaire des parcelles cadastrées à la section Z sous le n° 02 et à la section ZP sous les n°s 34 et 35, qui bordent la route communale n° 33, a indiqué à la commune le 12 juillet 2019 avoir l’intention de procéder à l’élagage de ses arbres par ses propres moyens. Toutefois, le 11 septembre 2019, l’entreprise chargée par la commune de procéder aux travaux d’élagage nécessaires a déclaré avoir constaté que les arbres implantés sur les parcelles de M. A... n’avaient pas été élagués et avoir procédé à cet élagage sur instruction de la commune. Le 14 novembre 2020, le maire de Ligron a émis à l’encontre de M. A... un titre de recette d’un montant de 1 674 euros, en vue d’obtenir le remboursement des travaux d’élagage ainsi effectués. M. A..., qui s’est acquitté de cette somme le 14 décembre 2020, a demandé au tribunal administratif de Nantes d’annuler ce titre de recette et d’enjoindre à la commune de Ligron de lui rembourser cette somme, assortie des intérêts au taux légal. Il relève appel du jugement du 14 mai 2024 par lequel le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

Aux termes de l’article 24 du décret du 7 novembre 2012 susvisé : « Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. » Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l’état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

Le titre de recette litigieux, qui indique simplement son objet par la mention « Remboursement travaux élagage fibre optique 14/11/2020 », ne comporte pas lui-même une indication suffisante des bases de la liquidation. Il ne comporte pas davantage de référence au courrier du 14 juin 2019 par lequel la commune de Ligron soutient avoir notifié à M. A... ces bases de liquidation en indiquant le coût de la prestation par mètre linéaire. Dans ces conditions, le titre de recette contesté est irrégulier au regard des dispositions précitées de l’article 24 du décret du 7 novembre 2012 susvisé.


Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. »

L’annulation par une décision juridictionnelle d’un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n’implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d’une régularisation éventuelle par l’administration, que les sommes perçues par l’administration sur le fondement du titre ainsi dépourvu de base légale soient immédiatement restituées à l’intéressé. Lorsqu’une juridiction est saisie de conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint à l’administration de restituer des sommes perçues sur le fondement d’un titre de perception ainsi annulé, il lui appartient de prescrire la mesure demandée en fixant le délai au terme duquel l’administration devra restituer ces sommes, si elle n’a pas émis, avant l’expiration de ce délai, un nouveau titre de perception dans des conditions régulières.

L’exécution du présent arrêt implique nécessairement qu’il soit enjoint à la commune de Ligron de rembourser à M. A... la somme de 1 674 euros, dont il s’est acquitté par chèque daté du 14 décembre 2020, assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2021, date à laquelle il a présenté au tribunal administratif de Nantes sa demande tendant au remboursement de cette somme, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, si la commune n’a pas émis avant l’expiration de ce délai un nouveau titre dans des conditions régulières.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A..., qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme demandée par la commune de Ligron en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Ligron le versement de la somme demandée par M. A... au titre des mêmes dispositions.





DÉCIDE :


Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Nantes du 14 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Le titre de recette émis le 14 novembre 2020 par le maire de Ligron est annulé.


Article 3 : Il est enjoint à la commune de Ligron de rembourser à M. A... la somme de 1 674 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt, si la commune n’a pas émis avant l’expiration de ce délai un nouveau titre de recette dans des conditions régulières.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A..., à la commune de Ligron et au directeur départemental des finances publiques de la Sarthe.


Délibéré après l'audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Lainé, président de chambre,
- M. Catroux, premier conseiller,
- M. Mas, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2026.



Le rapporteur,

B. MAS
Le président,

L. LAINÉ

La greffière,

A. MARTIN



La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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