jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-24NT02571 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | ERNST & YOUNG NANTES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société anonyme d'économie mixte du marché d'intérêt national de Nantes (SEMMINN) a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Nantes de condamner la société Marais Nantes à lui verser à titre de provision la somme de 424 407,59 euros, majorée des intérêts conventionnels d'une fois et demie le taux de l'intérêt légal.
Par une ordonnance n° 2310146, du 2 août 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a condamné la société Marais Nantes à verser à la SEMMINN une provision d'un montant 424 407, 59 euros, majorée des intérêts conventionnels.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 14 août 2024, la SAS Marais Nantes, représentée par Me Viaud, demande au juge d'appel des référés de la cour :
1°) d'annuler cette ordonnance du 2 août 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Nantes ;
2°) de rejeter la demande de la SEMMINN ;
3°) de mettre à la charge de la SEMMINN une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a considéré que le protocole d'accord conclu avec la SEMMINN le 10 janvier 2023 relève de la compétence du juge administratif ;
- la créance est incertaine et sérieusement contestable ;
- les frais de remédiation des dégradations et de nettoyage des locaux (32 877,04 euros) ne sont pas justifiés dans leur principe et leur montant ;
- les factures produites par la SEMMINN devant le tribunal ne permettent pas d'établir de manière certaine le montant des indemnités d'occupation de janvier 2023 à avril 2024 (195 975,82 euros) ; certaines factures comportent des erreurs, d'autres sont antérieures à janvier 2023, certaines concernent des locaux non visés dans la convention d'occupation et selon des tarifs différents de ceux prévus à son article 16.
La SEMMINN n'a pas présenté de défense dans le délai qui lui a été imparti.
Vu les autres pièces du dossier
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision du président de la cour administrative d'appel de Nantes du 1er novembre 2023 désignant M. Derlange, président assesseur, en application de l'article L. 555-1 du code de justice administrative, pour statuer en appel sur les décisions des juges des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Par une convention du 1er février 2019, la société d'économie mixte du marché d'intérêt national de Nantes (SEMMINN), délégataire de l'exploitation du marché d'intérêt national de Nantes Métropole, a mis à disposition de la société Marais, contre redevance d'occupation, divers locaux et équipements, en particulier au sein du local A16 de ce marché. En raison de difficultés de la société Marais Nantes à régler les sommes qu'elle devait en application de cette convention, un protocole d'accord d'étalement de paiement selon échéancier a été conclu, le 10 janvier 2023, entre les parties. Estimant que la société Marais Nantes n'avait pas réglé sa dette, la SEMMINN a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Nantes de condamner la société Marais Nantes à lui verser, à titre de provision, la somme de 424 407,59 euros, majorée des intérêts conventionnels d'une fois et demie le taux de l'intérêt légal. La société Marais Nantes relève appel de l'ordonnance par laquelle il l'a condamnée à verser à la SEMMINN une provision d'un montant de 424 407,59 euros, majorée des intérêts conventionnels.
2. Aux termes de l'article L. 2331-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sont portés devant la juridiction administrative les litiges relatifs : / 1° Aux autorisations ou contrats comportant occupation du domaine public, quelle que soit leur forme ou leur dénomination, accordées ou conclus par les personnes publiques ou leurs concessionnaires ; / 2° Au principe ou au montant des redevances d'occupation ou d'utilisation du domaine public, quelles que soient les modalités de leur fixation () ".
3. Le litige porte sur le recouvrement des redevances et diverses charges afférentes à l'occupation ou l'utilisation de locaux, dont il n'est pas contesté qu'ils font partie du domaine public, dues par la société Marais Nantes, en application de la convention du 1er février 2019 et du protocole du 10 janvier 2023. A ce titre, il doit être regardé comme relevant des dispositions précitées de l'article L. 2331-1 du code général de la propriété des personnes publiques, quand bien même le protocole du 10 janvier 2023 a été conclu par deux personnes privées. Par conséquent, la société Marais Nantes n'est pas fondée à se plaindre que le juge des référés du tribunal administratif de Nantes se soit estimé compétent pour statuer sur la demande de la SEMMINN.
4. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Aux termes de l'article R. 541-3 du même code : " Sous réserve des dispositions du douzième alinéa de l'article R. 811-1, l'ordonnance rendue par le président du tribunal administratif ou par son délégué est susceptible d'appel devant la cour administrative d'appel dans la quinzaine de sa notification. ". Il résulte des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
5. D'une part, la société Marais Nantes conteste être redevable de la somme de 32 877,04 euros au titre des frais de remédiation des dégradations et de nettoyage des locaux mise à sa charge par la SEMMINN, qu'elle estime injustifiée dans son principe et dans son montant.
6. La SEMMINN ne justifie sur ce point que d'un procès-verbal de constat dressé par un commissaire de justice sur le site, qui selon elle démontrerait l'existence de nombreuses dégradations imputables à la société Marais Nantes et de deux devis de remise en état et de nettoyage. Si ce procès-verbal de constat met en évidence un certain nombre de dégradations des locaux mis à disposition de la société Marais Nantes, il n'a pas été établi par comparaison avec un état des lieux et/ou procès-verbal de mise à disposition, document qui n'est pas versé au dossier bien que prévu par la convention du 1er février 2019. Les pièces produites ne permettent ainsi pas d'établir de manière non sérieusement contestable la réalité de dégradations du fait de la société Marais Nantes. En revanche, ce procès-verbal, en tant qu'il met en évidence une insuffisance de nettoyage des locaux dont la société Marais Nantes était responsable (sanitaires non nettoyés, sols non lessivés, moisissures, mousses, poussières, salissures) permet d'établir de manière non sérieusement contestable une créance de la SEMMINN, qui peut être fixée au montant le moins disant des deux devis produits, soit la somme de 2 170 euros et non pas de 32 877,04 euros au titre des frais de remédiation des dégradations et de nettoyage des locaux.
7. D'autre part, la société Marais Nantes soutient que le montant des redevances d'occupation de janvier 2023 à avril 2024, mis à sa charge pour un total de 195 975,82 euros, a été liquidé au vu de factures antérieures à janvier 2023, pour des locaux non visés dans la convention d'occupation et selon des tarifs différents de ceux prévus à son article 16.
8. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette somme correspond au total des montants de dettes de 204 054,80 euros et 70 577,10 euros que la société Marais Nantes a admis avoir à l'égard de la SEMMINN dans le protocole du 10 janvier 2023, minoré des deux règlements dont elle s'est acquittée pour des montants de 53 570,37 euros et 25 506,80 euros. La société Marais Nantes ne peut donc utilement soutenir que les justificatifs produits devant le tribunal par la SEMMINN seraient insuffisants ou non probants pour établir sa créance.
9. Dans ces conditions, la société Marais Nantes est seulement fondée à soutenir que le juge des référés du tribunal administratif de Nantes aurait dû fixer le montant de la provision au titre des frais de remédiation des dégradations et de nettoyage des locaux à hauteur 2 170 euros au lieu de 32 877,04 euros. Par conséquent, il y a lieu de réformer l'ordonnance attaquée en réduisant de 30 707,04 euros le montant de la provision accordée par le juge des référés du tribunal administratif de Nantes à la SEMMINN.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Marais Nantes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Le montant de la provision que la société Marais Nantes a été condamnée à verser à la SEMMINN est réduit de 424 407, 59 euros à 393 700,55 euros.
Article 2 : L'ordonnance du 2 août 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Nantes est réformée en ce qu'elle a de contraire à la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la société Marais Nantes est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société anonyme d'économie mixte du marché d'intérêt national de Nantes et à la société Marais Nantes.
Fait à Nantes, le 31 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
S. Derlange
La République mande et ordonne à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026