Texte intégral
Vu la rocédure suivante :
rocédure contentieuse antérieure :
Le dé artement des Côtes-d’Armor a demandé au tribunal administratif de Rennes de condamner in solidum la société à res onsabilité limitée (SARL) Saga Cité, la société ar actions sim lifiées (SAS) IRH Ingénieur Conseil, la SAS Colas France, la société anonyme (SA) SEEG et le Centre d’études et d’ex ertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) ou, à défaut l’Etat, à lui verser la somme de 202 427,47 euros toutes taxes com rises (TTC) au titre des travaux ro res à remédier aux désordres affectant les voiries de la route dé artementale n° 6 au niveau de la rue de Mené et de la rue François Lemercier situées dans la commune de Merdrignac, ainsi que les sommes de 7 181,41 euros TTC au titre des frais de conseil et d’assistance juridique et de 32 349,91 euros TTC au titre des frais d’ex ertise.
ar un jugement nos 2105701,2105721 du 18 juillet 2024, le tribunal administratif de Rennes a condamné in solidum la SAS Colas France et l’Etat à verser au dé artement des Côtes-d’Armor la somme totale de 39 222,88 euros TTC au titre de la re rise des désordres et réjudices annexes et a mis à la charge définitive in solidum de ces derniers la somme de 4 313 euros TTC au titre des frais d’ex ertise.
rocédure devant la cour :
ar une requête enregistrée le 16 se tembre 2024, le dé artement des Côtes-d’Armor, re résenté ar Me Mouriesse, demande à la cour :
1°) de réformer ce jugement du tribunal administratif de Rennes du 18 juillet 2024 en tant qu’il a limité aux montants de 39 222,88 euros et de 4 313 euros TTC les sommes que la SAS Colas France et l’Etat sont condamnés à lui verser au titre de la re rise des désordres et réjudices annexes ainsi qu’au titre des frais d’ex ertise ;
2°) de condamner in solidum la SARL Saga Cité, la SAS IRH Ingénieur Conseil, la SAS Colas France, la SA SEEG et le CEREMA à lui verser les sommes de 202 427,47 euros TTC au titre des désordres, de 7 181,41 euros TTC au titre des frais de conseil et d’assistance juridique et de 32 349,91 euros TTC au titre des frais d’ex ertise ;
3°) de mettre à leur charge la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- c’est à bon droit que le tribunal a jugé que les désordres affectant les travaux d’aménagement en litige sont de nature à engager la res onsabilité des constructeurs sur le fondement des rinci es qui régissent la garantie décennale ;
- les désordres sont im utables non seulement à la société SCREG Ouest, aux droits de laquelle vient la SAS Colas France, mais encore à la SARL Saga Cité, la SAS IRH Ingénieur Conseil, en tant que membres du grou ement de maîtrise d’œuvre, au CEREMA ainsi qu’à la société SEEG ;
- c’est à tort que le tribunal a jugé que les sociétés IRH Ingénieur Conseil, Saga Cité, SEEG et le CEREMA n’avaient as la qualité de constructeur à son égard our les travaux dont la commune de Merdrignac était maître d’ouvrage ;
- les désordres ne lui sont im utables à hauteur de 60 %, comme l’a jugé le tribunal, mais de seulement 28 % ;
- ses réjudices s’élèvent à un montant de 209 608,88 euros TTC, dont les sommes :
de 192 000 euros au titre des travaux de réfection de la chaussée ;
de 10 427,47 euros au titre du réfinancement des travaux de su ression de la cavité ;
de 7 181,41 euros au titre des frais de conseil et d’assistance juridique ;
- les dé ens, d’un montant de 32 349,91 euros TTC, doivent être mis à la charge des artici ants à l’o ération de construction.
ar un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2025, la SAS IRH Ingénieur Conseil, re résentée ar Me El Fadl, conclut :
1°) à titre rinci al, au rejet de la requête du dé artement des Côtes-d’Armor et des demandes dirigées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les sociétés Saga Cité, Colas France, SEEG et le CEREMA soient condamnés à la garantir de toutes les condamnations qui ourraient être rononcées à son encontre ;
3°) et à ce que soit mise à la charge de toute artie erdante une somme de 5 000 euros sur le fondement des dis ositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- elle s’en remet à l’a réciation de la cour sur le caractère décennal des désordres en litige ;
- c’est à bon droit que le tribunal a jugé qu’elle n’avait as la qualité de constructeur à l’égard du dé artement our les travaux en litige, en l’absence de tout lien contractuel avec ce dernier ;
- elle n’a commis aucun manquement à ses obligations contractuelles envers la commune de Merdrignac, qui aurait été de nature à causer les désordres affectant la route et sa structure, sur laquelle elle n'avait aucune mission ;
- à titre subsidiaire, le tribunal a justement fixé la art de res onsabilité du dé artement à 60% et cette art doit être a liquée à l’ensemble des demandes du dé artement y com ris celle de remboursement des frais d’ex ertise ;
- le montant des réjudices évalué ar l’ex ert est a roximatif et ne eut fonder une condamnation ;
- les frais de conseil et d’assistance juridique relèvent des frais ex osés et non com ris dans les dé ens au sens des dis ositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
ar un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2025, la SAS Colas France, re résentée ar la Me Nothumb, conclut au rejet de la requête et demande à la cour :
1°) ar la voie de l’a el incident, d’annuler le jugement attaqué, en tant qu’il l’a condamnée à indemniser le dé artement des Côtes-d’Armor et de rejeter les demandes de ce dernier à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, ar la voie de l’a el rovoqué, à ce que les sociétés Saga Cité, IRH Ingénieur Conseil, SEEG et le CEREMA soient condamnés à la garantir de toutes les condamnations qui ourraient être rononcées à son encontre ;
3°) à ce qu’une somme de 3 000 euros, ainsi que les entiers dé ens soient mis à la charge du dé artement des Côtes-d’Armor en a lication de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la demande du dé artement était irrecevable dès lors qu’elle a été introduite ar le conseil dé artemental des Côtes-d’Armor et non ar le dé artement lui-même ;
- les désordres ne résentent as un caractère décennal, la voie étant toujours utilisée avec un assage de 400 oids-lourds quotidiennement et l’état de ruine relevé ar l’ex ert n’est as avéré, trois ans a rès le dé ôt du ra ort d’ex ertise ;
- sa art de res onsabilité de 33,87 % du dommage qui a été fixée ar l’ex ert judiciaire est erronée, dès lors que les rétendus défauts de urge auraient dû être calculés sur la base d’une surface totale de 4 500 m² et non sur celle de la surface sinistrée de 1 500 m² ;
- les travaux de re rise de la structure de la chaussée a orteraient une lus-value à l’ouvrage au regard des travaux révus à l’origine et doivent rester à la charge du dé artement ;
- les frais de conseil et d’assistance juridique relèvent des frais ex osés et non com ris dans les dé ens au sens des dis ositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
- elle est fondée à demander que les artici ants à l’o ération de construction la garantissent des condamnations qui ourraient être mises à sa charge.
ar un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2025, le Centre d’études et d’ex ertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA), re résenté ar Me Trequattrini, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du dé artement des Côtes-d’Armor, ou de toute autre artie erdante, en a lication de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu’en a lication de l’article 20 du décret en date du 27 décembre 2013, il ne eut être substitué à l’Etat dans le cadre du résent litige, dès lors que le marché ublic en cause relève d’activités antérieures à sa création, intervenue 1er janvier 2014.
Vu les autres ièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des marchés ublics ;
- la loi n° 2013-431 du 28 mai 2013 ;
- le décret n° 2013-1273 du 27 décembre 2013 ;
- le code de justice administrative.
Les arties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience ublique :
- le ra ort de M. Catroux,
- les conclusions de M. Chabernaud, ra orteur ublic,
- et les observations de Me Le Mignant, substituant Me Mouriesse, re résentant le dé artement des Côtes-d’Armor, de Me El Fadl, re résentant la société IRH Ingénieur Conseil et de Me em troit, substituant Me Nothumb, re résentant la société Colas France.
Considérant ce qui suit :
Le dé artement des Côtes-d’Armor et la commune de Merdrignac ont conclu, le 30 octobre 2012, une convention relative à l’entretien et à l’aménagement d’équi ements de voirie sur le domaine ublic dé artemental, situés notamment rues du Mené et François Lemercier dans l’assiette de la route dé artementale n° 6 traversant la commune, qui forment un axe de circulation im ortante avec lus de 400 oids-lourds ar jour. La commune a été autorisée, dans ce cadre, à réaliser dans ces rues des lateaux surélevés, un tourne à gauche, un dévoiement de chaussée, un cheminement iétons, le calibrage de la chaussée à 6 mètres et des laces de stationnement. La commune a confié, ar un acte d’engagement du 16 juillet 2009, la maîtrise d’œuvre de l’o ération d’aménagement dont elle assurait la maîtrise d’ouvrage à un grou ement conjoint com osé de la société IRH Ingénieur Conseil et de la société Saga Cité. Les travaux de terrassement et de voirie et réseaux divers ont été attribués, ar un acte d’engagement du 7 juillet 2011, à la société SCREG Ouest, aux droits de laquelle vient, en dernier lieu, la société Colas France. La société SCREG Ouest a notamment réalisé les travaux sur les réseaux d’eaux luviales de voirie. Les travaux réalisés ar la société SCREG Ouest, sous maîtrise d’ouvrage de la commune de Merdrignac, ont été réce tionnés avec réserves le 30 juillet 2012 avec effet au 24 juillet 2012. Ces réserves ont été levées le 8 octobre 2012. Les travaux de réhabilitation et de renouvellement des réseaux d’assainissement ont été attribués, ar un acte d’engagement du 6 janvier 2011, à la société SEEG. our sa art, le dé artement des Côtes-d’Armor a assuré la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre de la réfection de la couche de roulement à hauteur de 40 000 euros toutes taxes com rises (TTC). La société SCREG Ouest, aux droits de laquelle vient, en dernier lieu, la société Colas France, a réalisé les travaux d’enrobés dans le cadre d’un marché ublic de travaux conclu avec le dé artement des Côtes-d’Armor. Le centre d’études techniques de l’équi ement (CETE) Ouest, devenu Centre d’études et d’ex ertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA), a été chargé, ar un acte d’engagement du 7 mai 2009, d’une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO), dans le cadre d’un marché de mesures et études réalables aux travaux. En 2014, des affaissements de chaussée ont été constatés. Le CEREMA a réalisé, en octobre 2015, à la demande du dé artement, un diagnostic de chaussées de la rue du Mené à Merdrignac. Des ins ections télévisées des réseaux d’assainissement réalisées le 10 mai 2016 dans les rues du Mené et Lemercier ont confirmé l’existence de ces désordres.
Le dé artement des Côtes-d’Armor, se fondant sur le ra ort du 21 avril 2021 établi ar M. B..., ex ert désigné à sa demande ar le résident du tribunal administratif de Rennes, a demandé à ce tribunal, de condamner le grou ement conjoint de maîtrise d’œuvre, com osé des sociétés IRH Ingénieur Conseil et Saga Cité, aux droits de laquelle vient la société David Goïc et associés, mandataire liquidateur, la société SEEG et la société Colas France, venant aux droits de la société SCREG Ouest, ainsi que le CEREMA, ou, à défaut, l’Etat, à l’indemniser du coût des travaux ro res à remédier aux désordres affectant les voiries de la route dé artementale n° 6, au niveau des rues du Mené et François Lemercier situées dans la commune de Merdrignac, et des réjudices connexes. Le tribunal a condamné in solidum la SAS Colas France et l’Etat à verser au dé artement des Côtes-d’Armor la somme totale de 39 222,88 euros TTC, au titre de la re rise des désordres affectant la couche de roulement de la route et des réjudices annexes, et a mis à leur charge définitive in solidum la somme de 4 313 euros TTC au titre des frais d’ex ertise. Le dé artement des Côtes-d’Armor relève a el de ce jugement en tant qu’il n’a que artiellement fait droit à sa demande d’indemnisation. La SAS Colas France demande à la cour, ar la voie de l’a el incident, à titre rinci al, d’annuler le jugement attaqué en tant qu’il l’a condamnée à indemniser le dé artement des Côtes-d’Armor et de rejeter les demandes de ce dernier à son encontre ou, à titre subsidiaire et ar la voie de l’a el rovoqué, à ce que les sociétés Saga Cité, IRH Ingénieur Conseil, SEEG et le CEREMA soient condamnés à la garantir de toutes les condamnations qui ourraient être rononcées à son encontre.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la recevabilité de la demande de remière instance :
La demande a été résentée our le dé artement des Côtes-d’Armor, alors même que ses écritures faisaient mention initialement du conseil dé artemental des Côtes-d’Armor comme auteur du recours. ar suite, le moyen invoqué ar la société Colas France et tiré de ce que la demande n’était as recevable ne eut qu’être écarté.
En ce qui concerne la res onsabilité décennale des constructeurs :
S’agissant du caractère décennal des désordres :
Il résulte des rinci es qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres a arus dans le délai d'é reuve de dix ans, de nature à com romettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre im ro re à sa destination dans un délai révisible, engagent leur res onsabilité, même s'ils ne se sont as révélés dans toute leur étendue avant l'ex iration du délai de dix ans. Le constructeur dont la res onsabilité est recherchée sur ce fondement ne eut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d’ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n’a araît as que les désordres lui soient en quelque manière im utables.
Il résulte de l’instruction, en articulier du ra ort d’ex ertise du 21 avril 2021, que la chaussée en cause est affectée ar des dégradations de surface, résentes sur un tiers de cette surface, telles que des fissures, du faïençage et des affaissements qui se manifestent sur tout le linéaire à des oints singuliers, notamment au droit des tranchées de réseaux et émergences, ou sur des zones onctuelles affaissées. Ces dégradations se sont largement étendues de uis le relevé du constat de M. A... en 2018. De lus, la structure de la chaussée est hétérogène et le com ortement global de la chaussée est moyen à mauvais. Il résulte des conclusions du ra ort d’ex ertise du 21 avril 2021 que l’am leur des dommages nécessite un renforcement structurel de la chaussée. Il en résulte, de lus, que même si elle était toujours utilisée en 2024 la chaussée en cause évoluera vers un état de ruine, la vitesse et l’am leur des dégradations dé endant des conditions météorologiques. La cavité sous chaussée résultant de la vétusté du réseau d’assainissement a, d’ailleurs, résenté également un caractère de dangerosité qui a nécessité des travaux ré aratoires réfinancés ar le dé artement des Côtes-d’Armor. ar suite, les désordres dont est affectée la chaussée en litige, qui sont évolutifs, sont de nature à la rendre im ro re à sa destination dans un délai révisible, contrairement à ce que soutient la SAS Colas France.
S’agissant de la qualité de constructeur :
Il résulte des rinci es qui régissent la garantie décennale des constructeurs qu’est susce tible de voir sa res onsabilité engagée de lein droit, avant l’ex iration d’un délai de dix ans à com ter de la réce tion des travaux, à raison des dommages qui com romettent la solidité d’un ouvrage ou le rendent im ro re à sa destination, toute ersonne a elée à artici er à la construction de l’ouvrage, liée au maître de l’ouvrage ar un contrat de louage d’ouvrage ou qui, bien qu’agissant en qualité de mandataire du ro riétaire de l’ouvrage, accom lit une mission assimilable à celle d’un locateur d’ouvrage, ainsi que toute ersonne qui vend, a rès achèvement, un ouvrage qu’elle a construit ou fait construire.
Il résulte de l’instruction que le dé artement des Côtes-d’Armor n’a assuré la maîtrise d’ouvrage que des seuls travaux de réfection de la couche de roulement de la chaussée de la route dé artementale n° 6 dans la section corres ondant aux aménagements réalisés ar la commune de Merdrignac. Ces travaux ont été réalisés ar la société SCREG Ouest en exécution d’un marché ublic de travaux conclu avec le dé artement des Côtes-d’Armor. Le dé artement a ar ailleurs conclu un contrat d’assistance à la maîtrise d’ouvrage avec le CETE Ouest, le 7 mai 2009, en vue de la réalisation de mesures et études réalables à la réalisation des travaux. La société SCREG Ouest, our les travaux relatifs à l’exécution de la couche de roulement sous maîtrise d’ouvrage du dé artement des Côtes-d’Armor et le CETE Ouest ont donc ainsi la qualité de constructeur.
8. Les sociétés IRH Ingénieur Conseil, Saga Cité, SCREG Ouest et SEEG ne sont, en revanche, liées au dé artement des Côtes-d’Armor ar aucun contrat de louage d’ouvrage our la réalisation des travaux d’aménagement et VRD dans la traversée de l’agglomération de Merdrignac, consistant dans la réalisation de lateaux surélevés, d’un tourne à gauche, d’un dévoiement de chaussée, d’un cheminement iétons, de calibrage de la chaussée à 6 mètres et de laces de stationnement. Ces derniers travaux ont été réalisés sous la seule maîtrise d’ouvrage de la commune. De même, le CEREMA n’est as davantage lié au dé artement ar un contrat. Il ne résulte as de la convention conclue le 30 octobre 2012 entre le dé artement des Côtes-d’Armor et la commune de Merdrignac our une durée de dix ans, reconductible tacitement, que les équi ements résultant de ces travaux auraient été remis au dé artement. ar suite, les sociétés IRH Ingénieur Conseil, Saga Cité, SCREG Ouest et SEEG n’ont as la qualité de constructeurs our ces travaux à l’égard du dé artement requérant, alors même que ce dernier est ro riétaire du domaine ublic routier sur lequel les aménagements de voirie ont été réalisés. La circonstance que la convention du 30 octobre 2012 ne révoit as de cession à la commune de la créance éventuelle que le dé artement ourrait détenir à l’encontre des constructeurs sur le fondement de la res onsabilité décennale, ni sa faculté d’agir sur ce fondement est, à cet égard, sans incidence sur l’absence de lien contractuel avec le dé artement en qualité de constructeurs de ces sociétés et du CEREMA. Enfin, en vertu du remier alinéa de l’article 20 du décret du 27 décembre 2013 visé ci-dessus, le CEREMA n’est as substitué au CETE Ouest our les obligations nées au titre des contentieux liés aux activités récédant sa création, comme en l’es èce.
S’agissant des fautes du dé artement des Côtes-d’Armor :
9. Il résulte de l’instruction, en articulier des constatations et conclusions de l’ex ert, que le dé artement des Côtes-d’Armor, qui our les travaux de réalisation de la couche de roulement sous sa maîtrise d’ouvrage assurait également les missions de maîtrise d’œuvre, n’a as demandé de diagnostic structurel de la chaussée, a acce té la solution consistant en la réalisation d’une couche de surface de 4 centimètres en « BBM », qui réduisait l’es érance de vie du revêtement, et n’a as assuré le suivi du niveau de rem lissage des urges. Il a ainsi commis des fautes de nature à exonérer artiellement les constructeurs de leur res onsabilité. L’existence de ces fautes n’est d’ailleurs as contestée ar le dé artement.
10. Si le dé artement requérant soutient que c’est à tort que le tribunal a mis à sa charge 60 % du montant des travaux ré aratoires de cette couche de roulement, alors que l’ex ert ne retenait que 28 %, d’une art, le tribunal et la cour ne sont as tenus ar les ro ositions de l’ex ert. D’autre art, il résulte du ra ort d’ex ertise que, s’agissant de la couche de roulement, les deux facteurs essentiels d’a arition des désordres sont ceux où le dé artement est directement et fortement im liqué en sa double qualité de maître d’ouvrage et de maître d’œuvre, l’ex ert mentionnant que « ces désordres roviennent : - d’un défaut de conce tion ar absence de diagnostic de l’état existant de la chaussée, et ar conséquent une ré aration insuffisante du su ort avant mise en œuvre de la couche de roulement, - d’un choix de couche de roulement mal ada té à un su ort hétérogène… ». En articulier, il a artenait au dé artement de vérifier le su ort sur lequel la couche de roulement devait être réalisée. Enfin, il ne résulte as de l’instruction, contrairement à ce que soutient la société Colas France, que l’ex ert aurait surévalué la art de res onsabilité des constructeurs dans les désordres en se référant à la ro ortion des surfaces affectées ar ces désordres ar ra ort à celle de la surface totale endommagée de 1500 m2, et non ar ra ort à la surface totale de la voierie formant l’assiette de l’o ération. Dans ces conditions, le tribunal a fait une juste a réciation de la art de res onsabilité du dé artement des Côtes-d’Armor s’agissant des travaux de la couche de roulement de la chaussée en la fixant à 60 %.
En ce qui concerne l’évaluation des réjudices :
11. En remier lieu, d’une art, le réjudice constitué ar les dé enses globales de remise en état de la chaussée, com te tenu de l’ensemble des travaux réalisés ar les deux collectivités, a été évalué, suivant les conclusions de l’ex ert, ar le tribunal à un montant de 192 000 euros TTC. Contrairement à ce que la société Colas France fait valoir, il ne résulte as de l’instruction que ces travaux, qui ne com ortent aucune re rise de la structure de la chaussée, a orteraient une lus-value à l’ouvrage. Com te tenu du devis roduit ar le dé artement et retenu ar l’ex ert our l’évaluation du réjudice découlant des désordres, le tribunal a fait, en articulier, une juste a réciation du réjudice du dé artement des Côtes-d’Armor indemnisable sur le fondement de la res onsabilité décennale en le fixant au montant des dé enses de re rise des désordres affectant les seuls travaux réalisés sous maîtrise d’ouvrage du dé artement, relatifs à la couche de roulement, ainsi que des dé enses annexes de réalisation d’une couche d’accrochage, de frais d’installation de chantier, de marquage au sol et de maîtrise d’œuvre. Ce montant doit être fixé globalement à la somme de 95 662 euros TTC.
12. D’autre art, dès lors que le dé artement des Côtes-d’Armor ne eut rechercher la res onsabilité décennale des constructeurs des travaux réalisés sous maîtrise d’ouvrage communale et qu’il n’est as fondé à demander la réduction de sa ro re art de res onsabilité dans l’im utabilité des désordres, les demandes écuniaires su lémentaires qu’il re rend devant la cour ne euvent qu’être rejetées.
13. En deuxième lieu, la demande du dé artement au titre du réfinancement des travaux de su ression de la cavité doit être rejetée ar ado tion des motifs retenus à bon droit ar les remiers juges.
14. En troisième lieu, les frais su ortés ar une artie our l’assistance d’un tiers, notamment d’un avocat, durant les o érations d’une ex ertise tendant à déterminer les causes et l’étendue d’un dommage sont susce tibles d'être ris en com te dans le réjudice résultant de ce dommage dont l’indemnisation est due ar la ou les ersonnes qui en sont reconnues res onsables. Toutefois, lorsque l’ex ertise a été ordonnée ar le juge administratif, y com ris avant l’introduction de l’instance au fond sur le fondement des dis ositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative, et que l’intéressé a la qualité de artie à l’instance au fond, les frais ex osés à ce titre ne euvent être remboursés que ar la somme le cas échéant allouée à cette artie au titre de l’article L. 761-1 du même code. Il a artient au juge, le cas échéant, d’en tenir com te dans le montant de la somme allouée à ce titre.
15. Le dé artement re rend en a el sa demande tendant à être indemnisé des frais de conseil et d’assistance juridique qu’il a été conduit à ex oser au cours des o érations d’ex ertise judiciaire, our un montant total de 7 181,41 euros TTC. Toutefois, l’ex ertise ayant été ordonnée ar le tribunal administratif et le dé artement ayant la qualité de artie à l’instance, sa demande tendant à son indemnisation à ce titre ne eut qu’être rejetée dans son ensemble, ainsi que le fait valoir la société Colas France. C’est donc à tort que le tribunal a condamné cette société à verser au dé artement la somme de 958 euros TTC au titre de ce chef de réjudice.
16. Il résulte de tout ce qui récède, d’une art, que le dé artement des Côtes-d’Armor n’est as fondé à soutenir que c’est à tort que, ar le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rennes a limité à un montant de 39 222,88 euros la somme que la société Colas France a été condamnée à lui verser au titre de la re rise des désordres. D’autre art, il en résulte aussi que cette somme doit être ramenée, en ce qui concerne la SAS Colas France seulement, à un montant de 38 264,88 euros et que les sur lus des conclusions résentées ar cette société ar la voie de l’a el incident contre le dé artement requérant ou ar la voie de l’a el rovoqué contre les sociétés Saga Cité, IRH Ingénieur Conseil, SEEG et le CEREMA doivent être rejetés.
Sur les dé ens :
17. Il y a lieu de maintenir la somme de 4 313 euros TTC à charge in solidum de la société Colas France et de l’Etat, corres ondant à une art des frais et honoraires de l’ex ertise de M. B..., qui ont été taxés et liquidés à la somme globale de 32 349,91 euros TTC.
Sur les frais d’instance :
18. Il n’est as inéquitable dans les circonstances de l’es èce de laisser à chacune des arties la charge des frais qu’elles ont ex osés et non com ris dans les dé ens.
DÉCIDE :
Article 1er : La somme que la société Colas France et l’Etat ont été condamnées, in solidum, à verser au dé artement des Côtes-d’Armor ar l’article 2 du jugement du 18 juillet 2024 du tribunal administratif de Rennes est ramenée, en ce que cette condamnation concerne seulement la société Colas France, à un montant de 38 264,88 euros TTC.
Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Rennes du 18 juillet 2024 est réformé en ce qu’il a de contraire à l’article 1er du résent arrêt.
Article 3 : Le sur lus des conclusions des arties est rejeté.
Article 4 : Le résent arrêt sera notifié au dé artement des Côtes-d’Armor, à la société IRH Ingénieur Conseil, à la société Colas France, à la société SEEG, au Centre d’études et d’ex ertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, au ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation et à la société David Goïc et associés, mandataire liquidateur de la société Saga Cité.
Délibéré a rès l'audience du 23 se tembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Lainé, résident de chambre,
- M. Catroux, remier conseiller,
- M. Mas, remier conseiller.
Rendu ublic ar mise à dis osition au greffe le 10 octobre 2025.
Le ra orteur,
X. CATROUXLe résident,
L. LAINÉ
Le greffier,
C. WOLF
La Ré ublique mande et ordonne au réfet des Côtes-d’Armor en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les arties rivées, de ourvoir à l'exécution de la résente décision.