vendredi 11 juillet 2025
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-24NT03165 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | BARA CARRE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Caen d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2401024 du 15 juillet 2024, le tribunal administratif de Caen a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2024, Mme B, représentée par Me Bara Carré, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 15 juillet 2024 du tribunal administratif de Caen ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 du préfet du Calvados ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations des 5° et 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le préfet s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée au regard de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête d'appel est irrecevable, dès lors qu'elle n'a pas été introduite dans le délai de recours ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante sont infondés.
Le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de Mme B aux termes d'une décision du 9 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Chabernaud a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 30 octobre 1989, a demandé au tribunal administratif de Caen d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 15 juillet 2024, le tribunal administratif de Caen a rejeté sa demande. Mme B fait appel de ce jugement.
2. Il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 2 du jugement attaqué, d'écarter le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente, que Mme B reprend en appel sans apporter d'éléments nouveaux.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la motivation de la décision contestée portant refus de titre de séjour, que, d'une part, le préfet du Calvados a procédé à un examen complet de la situation personnelle de Mme B et de son fils et, d'autre part, qu'il ne s'est pas estimé lié par la teneur de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 1er juin 2023. Les moyens tirés de l'insuffisance d'examen de la situation de l'intéressée et de méconnaissance de sa propre compétence par le préfet du Calvados doivent, dès lors, être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ". Les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 31 décembre 1968 prévoient la délivrance d'un certificat de résidence au ressortissant algérien dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays, mais n'étendent pas le bénéfice de ce titre de séjour aux parents d'un enfant malade. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir de telles stipulations.
5. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
6. Mme B a demandé la délivrance d'un titre de séjour en raison de l'état de santé de son fils mineur, né le 29 octobre 2016. Aux termes de son avis du 1er juin 2023, le collège de médecins de l'OFII a toutefois indiqué que si l'état de santé de l'enfant nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que le fils de Mme B, qui a été reconnu handicapé par la maison départementale des personnes handicapées du Calvados, avec un taux d'incapacité compris entre 50 % et 80 %, est atteint d'un trouble du spectre autistique, qui se manifeste en particulier par un retard cognitif, des difficultés psychomotrices et une évolution psycho-affective immature. Si son état de santé nécessite ainsi un suivi pluridisciplinaire par un médecin, un orthophoniste, un psychomotricien et un psychologue et justifie des aménagements au titre de sa scolarité, les pièces produites par Mme B ne sont toutefois pas de nature à contredire l'avis précité de l'OFII du 1er juin 2023. En effet, l'attestation du 3 avril 2024 du médecin traitant de l'enfant dont elle se prévaut, au demeurant postérieure à la date de la décision contestée, se borne à constater, en des termes peu circonstanciés, que l'absence de prise en charge spécialisée " empêcherait grandement le rétablissement de l'enfant et entraverait son avenir ". Ainsi, il n'est pas établi que le défaut de prise en charge médicale de la pathologie du fils de Mme B entraînerait pour ce dernier des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, la seule attestation du 4 avril 2024 d'un médecin généraliste établi en Algérie dont se prévaut Mme B n'est pas de nature à établir qu'aucune prise en charge de la pathologie précitée ne serait disponible dans ce pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
7. En dernier lieu, Mme B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu'elle n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement et que le préfet n'a pas fait application de ces stipulations aux termes de la décision attaquée.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, ressortissante algérienne née le 30 octobre 1989, est entrée en France le 2 septembre 2021 et y réside ainsi depuis une période très récente. Si elle soutient être en couple avec un compatriote qui est installé sur le territoire national, les attestations produites sur ce point sont peu circonstanciées et l'intéressé s'est déclaré célibataire dans le cadre de ses demandes de titre de séjour déposées à la préfecture du Calvados. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 6, il n'est pas établi que le fils de Mme B ne pourrait pas être pris en charge sur le plan médical en Algérie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. En outre, la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B et de son fils.
10. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant, dès lors que ces dispositions sont relatives au cas où l'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
11. La décision contestée portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas annulée, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation, par voie de conséquence, de la décision portant fixation du pays de destination.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Caen a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B, à Me Bara Carré et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Derlange, président,
- Mme Picquet, première conseillère,
- M. Chabernaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.
Le rapporteur,
B. CHABERNAUDLe président,
S. DERLANGE
Le greffier,
C. WOLF
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026