vendredi 16 mai 2025
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-24NT03474 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Caen d'annuler, d'une part, l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur le territoire de la commune de Caen et lui a fait interdiction de sortir de cette commune sans autorisation.
Par un jugement nos 2402997,2402998 du 25 novembre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen a annulé l'arrêté du 5 novembre 2024 du préfet du Calvados portant assignation à résidence en tant que celui-ci prévoit une interdiction de sortir de la commune de Caen et rejeté le surplus des conclusions de la requête de M. C.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2024 sous le numéro 24NT03474, le préfet du Calvados demande à la cour d'annuler le jugement du 25 novembre 2024 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen en tant qu'il a annulé son arrêté du 5 novembre 2024 portant assignation à résidence en tant que celui-ci prévoit une interdiction de sortir de la commune de Caen à l'encontre de M. C.
Il soutient que contrairement à ce qu'a jugé le tribunal administratif, aucune erreur manifeste d'appréciation n'entache l'arrêté litigieux.
La requête a été communiquée à M. C qui n'a pas produit de défense.
II. Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2024 sous le numéro 24NT03475, le préfet du Calvados demande à la cour, en application des dispositions des articles R. 811-14 et suivants du code de justice administrative, de prononcer le sursis à exécution du jugement du 25 novembre 2024 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen en tant qu'il a annulé son arrêté du 5 novembre 2024 portant assignation à résidence en tant que celui-ci prévoit une interdiction de sortir de la commune de Caen à l'encontre de M. C.
Il soutient que contrairement à ce qu'a jugé le tribunal administratif, aucune erreur manifeste d'appréciation n'entache l'arrêté litigieux.
La requête a été communiquée à M. C qui n'a pas produit de défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Chabernaud a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 24NT03474 et 24NT03475, présentées par le préfet du Calvados, sont relatives à un même jugement et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour que la cour se prononce par un seul arrêt.
2. M. C, ressortissant algérien né le 28 décembre 1985 et entré en France en 2019, a demandé au tribunal administratif de Caen d'annuler, d'une part, l'arrêté du 5 novembre 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur le territoire de la commune de Caen et lui a fait interdiction de sortir de cette commune sans autorisation. Par un jugement du 25 novembre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen a annulé l'arrêté du 5 novembre 2024 du préfet du Calvados portant assignation à résidence en tant que celui-ci prévoit une interdiction de sortir de la commune de Caen et a rejeté le surplus des conclusions des requêtes de M. C. Par les requêtes nos 24NT03474 et 24NT03475, le préfet du Calvados fait appel de ce jugement en tant qu'il a annulé son arrêté du 5 novembre 2024 portant assignation à résidence en tant que celui-ci prévoit une interdiction de sortir de la commune de Caen à l'encontre de M. C et en demande le sursis à exécution à la cour.
Sur la requête n° 24NT03474 du préfet du Calvados :
3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
4. L'arrêté contesté assigne à résidence M. C pour une durée de quarante-cinq jours sur le territoire de la commune de Caen, où il est autorisé à circuler, et précise qu'il doit se présenter à 9 heures au commissariat de police de cette commune tous les lundis et vendredis afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation dont il est l'objet. Cet arrêté fait également interdiction à M. C de sortir de la commune de Caen sans autorisation. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette mesure restreindrait de façon disproportionnée la liberté d'aller et venir de l'intéressé au regard de sa situation personnelle et familiale par rapport à la finalité qu'elle poursuit. En outre, si M. C occupe un emploi qui nécessite des déplacements en dehors de la commune de Caen, il exerce toutefois cette activité professionnelle sans autorisation de travail, et n'a d'ailleurs jamais sollicité de titre de séjour depuis son arrivée en 2019 en France, où il réside ainsi de façon irrégulière depuis cette date. Dans ces conditions, c'est à tort que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen s'est fondé sur le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation pour annuler l'arrêté contesté du préfet du Calvados du 5 novembre 2024 en tant que celui-ci prévoit une interdiction de sortir de la commune de Caen à l'encontre de M. C. Il y a donc lieu d'annuler le jugement attaqué dans cette mesure.
5. Toutefois, il appartient à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. C devant le tribunal administratif de Caen contre l'arrêté contesté portant assignation à résidence.
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Madame D A, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, a reçu une délégation régulière de signature par arrêté du préfet du 11 septembre 2024, régulièrement publié, qui l'a habilitée à signer l'arrêté contesté portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.
7. En second lieu, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen a rejeté les conclusions de la requête de M. C contre l'arrêté du 5 novembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'annuler la décision contestée portant assignation à résidence en raison de l'annulation de l'arrêté précité du 5 novembre 2024. Dès lors, le moyen doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Calvados est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué du 25 novembre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen a annulé son arrêté du 5 novembre 2024 portant assignation à résidence en tant que celui-ci prévoit une interdiction de sortir de la commune de Caen à l'encontre de M. C.
Sur la requête N° 24NT03475 du préfet du Calvados :
9. Dès lors que le présent arrêt statue sur la requête n° 24NT03474 du préfet du Calvados tendant à l'annulation du jugement du tribunal administratif de Caen du 25 novembre 2024, les conclusions de sa requête n° 24NT03475 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement deviennent sans objet. Par suite, il n'y plus lieu d'y statuer.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement du 25 novembre 2024 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen est annulé en tant qu'il a annulé l'arrêté du 5 novembre 2024 du préfet du Calvados portant assignation à résidence en tant que celui-ci prévoit une interdiction de sortir de la commune de Caen à l'encontre de M. C.
Article 2 : La demande de M. C devant le tribunal administratif de Caen dirigée contre l'arrêté du préfet du Calvados du 25 novembre 2024 portant assignation à résidence est rejetée.
Article 3 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête n° 24NT03475 du préfet du Calvados à fin de sursis à exécution du jugement.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Une copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 29 avril 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Lainé, président de chambre,
- M. Derlange, président-assesseur,
- M. Chabernaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2025.
Le rapporteur,
B. CHABERNAUDLe président,
L. LAINÉ
Le greffier,
C. WOLF
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 24NT03474,24NT03475
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026