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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-24NT03502

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-24NT03502

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-24NT03502
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme E C et M. D A ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 27 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé notamment contre la décision du 3 mai 2023 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant de délivrer à Mme C un visa de long séjour en France en qualité de membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire.

Par un jugement n° 2313214 du 11 octobre 2024, le tribunal administratif de Nantes a rejeté leur demande en tant qu'elle porte sur le refus de visa opposé à Mme C.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2024, Mme C et M. A, représentés par Me Benveniste, demandent au juge des référés de la cour :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de cette décision du 27 septembre 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en tant qu'elle a rejeté le recours de Mme C ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa de Mme C dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros, au bénéfice de Mme C.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie, compte tenu de la situation sécuritaire dégradée et particulièrement tendue pour les ressortissants ivoiriens au Mali, de l'irrégularité du séjour de Mme C dans ce pays, de son isolement et du risque de séparation d'avec sa fille B à laquelle le juge a reconnu le droit d'obtenir un visa de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, compte tenu de l'irrégularité de la composition de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, de la méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée le 8 janvier 2025 au ministre de l'intérieur qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la requête, enregistrée le 11 décembre 2024 sous le n° 24NT03486, tendant à l'annulation du jugement n° 2313214 du 11 octobre 2024 du tribunal administratif de Nantes en tant qu'il porte sur le refus de visa opposé à Mme C ;

- les autres pièces du dossier.

Vu la décision du président de la cour administrative d'appel de Nantes du 1er novembre 2023 désignant M. Gaspon, président de chambre, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge des référés.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gaspon, juge des référés,

- et les observations de Me Benveniste, représentant Mme C et M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). "

2. M. A, ressortissant ivoirien, s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du 20 octobre 2020 de la Cour nationale du droit d'asile. Des demandes de visas de long séjour ont été présentées au titre de la réunification familiale en faveur notamment de Mme C, présentée comme sa concubine, également de nationalité ivoirienne et de leur fille commune, Mme B A auprès de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali), qui a rejeté ces demandes par deux décisions du 3 mai 2023. Mme C et M. A ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 27 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre ces décisions consulaires. Par un jugement n° 2313214 du 11 octobre 2024, le tribunal a annulé cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en tant qu'elle concerne Mme B A, d'une part et rejeté leur demande d'annulation en tant qu'elle concerne Mme C. Mme C et M. A, qui ont relevé appel de ce jugement en tant qu'il porte sur le refus de visa opposé à Mme C, demandent au juge des référés de la cour, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de la décision précitée de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France en tat qu'elle rejette le recours de Mme C.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour établir la condition d'urgence particulière qu'il y aurait à suspendre la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en tant qu'elle concerne Mme C, les requérants invoquent la précarité de la situation de l'intéressée au Mali, pays dans lequel elle réside irrégulièrement et qui connaîtrait une situation sécuritaire dégradée, notamment pour les ressortissants ivoiriens, ainsi que son isolement, et le risque de séparation d'avec sa fille, Mme B A, née en 2004 de son union avec M. A. Toutefois, ces allégations ne sont assorties d'aucun élément circonstancié sur les conditions de vie actuelles de Mme C dans ce pays, où elle déclare résider depuis l'année 2017 et où réside aussi notamment la mère de M. A, selon les déclarations de ce dernier. En outre, il résulte de l'instruction que les demandes de délivrance de visas en faveur des membres de la famille de M. A n'ont été présentées qu'en mars 2022, soit près de quinze mois après l'octroi à celui-ci du bénéfice de la protection subsidiaire. Dans ces conditions, les requérants ne démontrent pas, en l'état de l'instruction, que la décision contestée porterait une atteinte suffisamment grave à un intérêt public, à la situation de Mme C ou aux intérêts des membres de sa famille dans l'attente de l'examen du recours en annulation. Par suite, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative dans l'attente de l'examen de son recours en annulation ne peut être regardée comme satisfaite.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux, que les conclusions à fin de suspension présentées par Mme C et M. A ne peuvent qu'être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de Mme C et M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C et à M. D A et au ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 31 janvier 2025.

Olivier GASPON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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