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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-24NT03546

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-24NT03546

vendredi 4 juillet 2025

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-24NT03546
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Rennes d'annuler la décision implicite du préfet d'Ille-et-Vilaine rejetant sa demande de titre de séjour.

Par une ordonnance n° 2405320 du 25 novembre 2024, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Rennes a rejeté, pour irrecevabilité, la demande de M. B.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 17 décembre 2024, M. B, représenté par Me Maral, demande à la cour :

1°) d'annuler l'ordonnance du 25 novembre 2024 du président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Rennes ;

2°) d'annuler la décision implicite du préfet d'Ille-et-Vilaine portant rejet de sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'ordonnance attaquée est irrégulière ; c'est à tort que son auteur lui a opposé que sa demande de titre de séjour avait été irrégulièrement présentée et n'avait donc pas pu faire naître une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, alors que sa demande, présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait dû faire l'objet d'une consultation de la commission du titre de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour des considérations professionnelles et tenant à la consistance de sa vie privée et familiale fixée en France ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été transmise au préfet d'Ille-et-Vilaine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 3 février 2025, la demande de M. B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Vergne a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né en 1993, déclare être entré en France en février 2014 en provenance de Malte, Etat qui lui avait délivré un visa puis un titre de séjour lui permettant de séjourner sur son territoire en tant que joueur de football professionnel. Il a sollicité par voie postale le 27 février 2024 auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais il n'a pas été répondu à cette demande. M. B relève appel de l'ordonnance du 25 novembre 2024 par laquelle le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Rennes a rejeté comme manifestement irrecevable, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, sa demande d'annulation de la décision implicite née, selon lui, du silence gardé par l'administration compétente sur cette demande.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l'autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire ". Le premier alinéa de l'article R. 431-2 du même code dispose que : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code ". Selon l'article R. 431-3 du même code : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors des titres dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice et qui figurent sur la liste prévue à l'article R. 431-2 du code, fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration, la demande de titre de séjour est effectuée par comparution personnelle au guichet de la préfecture ou, si le préfet le prescrit, par voie postale.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet " et l'article R. 432-2 du même code dispose que : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que M. B a présenté, par un courrier adressé à la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 20 février 2024, réceptionné le

27 février suivant, une demande d'admission exceptionnelle au séjour accompagnée de 59 pièces, complétée peu après par un courriel du 29 février 2024 ajoutant deux autres pièces justificatives numérotées 60 et 61. Comme le fait valoir l'appelant, qui se prévaut de l'information en ce sens figurant sur le site internet de la préfecture, cette demande pouvait être valablement présentée par courrier postal, ce que l'administration, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste d'ailleurs pas.

5. D'autre part, il n'est pas soutenu en défense et il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de titre mentionnée ci-dessus aurait été initialement incomplète ou aurait fait l'objet d'une demande de l'autorité préfectorale à l'intéressé afin qu'il complète son dossier. L'avocate de M. B, estimant qu'était née une décision implicite de rejet, a d'ailleurs contacté l'administration le 10 juillet 2024 par courriel pour en obtenir les motifs, et il lui a été répondu le 23 juillet 2024 par la cheffe du bureau du séjour de la préfecture " Nous avons bien réceptionné la demande de votre client en février dernier. L'instruction de sa demande, compte tenu du nombre important de dossiers, n'a pas débuté. Nous ne manquerons pas de revenir rapidement vers lui. Merci de votre compréhension. "

6. Il s'ensuit que, compte tenu d'une demande de titre de séjour complétée dont il est attesté qu'elle a été communiquée à l'administration le 29 février 2024, et par application des règles rappelées au point 2, une décision implicite de rejet de la demande de M. B est née le 29 juin 2024, dont l'intéressé était recevable à demander l'annulation pour excès de pouvoir à la date du 10 septembre 2024 à laquelle il a saisi le tribunal administratif de Rennes.

7. Par suite, c'est à tort que le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Rennes a rejeté comme irrecevable la demande dont il était saisi, au motif de l'absence de décision de refus de séjour faisant grief à M. B. Son ordonnance du 25 novembre 2024 doit donc être annulée.

8. Il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par

M. B devant le tribunal administratif de Rennes.

9. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° () constituent une mesure de police () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Il résulte de ces dispositions que, dans l'hypothèse d'une décision implicite intervenue dans un cas où la décision explicite aurait dû être motivée, l'absence de communication des motifs de cette décision dans le délai d'un mois suivant la demande de communication de ces motifs entache d'illégalité la décision en cause.

10. Il ressort des pièces du dossier que, par un courriel reçu à la préfecture

d'Ille-et-Vilaine le 10 juillet 2024, M. B a sollicité, par l'intermédiaire de son conseil, la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Il n'est pas contesté, en défense, que le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas répondu à cette demande. Ainsi, en l'absence de communication par cette autorité des motifs de la décision implicite en litige, laquelle figure au nombre des actes devant être motivés en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision se trouve entachée d'illégalité.

11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour formulée le

29 février 2024 par M. B doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Eu égard à ses motifs, le présent arrêt implique seulement que le préfet

d'Ille-et-Vilaine procède au réexamen de la situation de M. B. Il y a lieu d'enjoindre à ce préfet de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois suivant la date de notification du présent arrêt. En revanche, n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. M. B n'ayant pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Les conclusions fondées sur ces dispositions ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : L'ordonnance n° 2405320 du 25 novembre 2024 du président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Rennes et la décision implicite par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté la demande de titre de séjour de M. B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans le délai d'un mois.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la demande de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à Me Maral et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Brisson, présidente,

- M. Vergne, président-assesseur,

- Mme Gélard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2025.

Le rapporteur,

G-V. VERGNE

La présidente,

C. BRISSON

Le greffier,

R. MAGEAU

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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