vendredi 12 septembre 2025
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-25NT00089 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | HERVET GREGOIRE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Caen d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de l'éloignement.
Par un jugement n° 2400998 du 26 juillet 2024, le tribunal administratif de Caen a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 janvier 2025 et 3 février 2025, Mme A, représentée par Me Hourmant, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Caen ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Orne du 21 novembre 2023 ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les premiers juges ont omis de statuer sur son moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commis le préfet de l'Orne dans l'interprétation du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;
- les premiers juges ont procédé d'office à une substitution de base légale sans en avertir préalablement les parties ;
- il ne peut être procédé à une substitution de base légale dès lors que l'autorité administrative ne dispose pas du même pouvoir d'appréciation pour l'application du b) et du g) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'erreur de droit dans l'interprétation du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien en ajoutant des conditions à la délivrance du titre de séjour prévu par cet article ;
- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;
- cette décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2025, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 juillet 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2025.
Un mémoire, présenté pour Mme A, a été enregistré le 5 août 2025, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Mas a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 26 juillet 2024, le tribunal administratif de Caen a rejeté la demande de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence d'Algérien d'une durée de dix ans en qualité d'ascendante à charge de Français, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de l'éloignement. Mme A relève appel de ce jugement.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. En premier lieu, en indiquant, au point 7 du jugement attaqué, qu'une décision refusant un certificat de résidence sollicité sur le fondement du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 peut être légalement fondée sur la circonstance que le pétitionnaire ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire, les premiers juges ont implicitement mais nécessairement écarté le moyen, invoqué par Mme A, tiré de ce que, en relevant qu'elle ne dispose pas de ressources propres, le préfet de l'Orne a commis une erreur de droit dans l'application de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en ajoutant des conditions à celles prévues par cet article pour la délivrance du titre de séjour qu'il prévoit. Le moyen tiré de ce que les premiers juges auraient omis de statuer sur ce moyen doit dès lors être écarté.
3. En second lieu, le préfet de l'Orne a expressément sollicité du tribunal administratif de Caen une substitution de base légale dans son mémoire en défense enregistré au greffe du tribunal le 15 mai 2024 et communiqué à Mme A, qui a d'ailleurs formulé des observations en réponse à cette demande dans son mémoire enregistré au greffe du tribunal administratif le 21 mai 2024. Le moyen tiré de ce que les premiers juges auraient méconnu le principe du contradictoire en procédant d'office à une substitution de base légale sans mettre les parties à même d'en discuter ne peut dès lors qu'être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité son admission au séjour en se prévalant de sa qualité d'ascendante à charge d'un ressortissant français, sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Dès lors, en fondant la décision de refus de titre de séjour contestée sur les stipulations du g) du même article, relatives aux parents algériens d'enfants français à charge, le préfet de l'Orne a entaché sa décision d'erreur de droit.
5. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
6. Contrairement à ce que soutient Mme A, les stipulations du b) et du g) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1068, qui régissent la délivrance du même certificat de résidence, dont l'attribution est un droit pour les personnes remplissant les conditions de sa délivrance, ont une portée équivalente et laissent à l'autorité administrative le même pouvoir d'appréciation. La substitution de base légale sollicitée par le préfet de l'Orne en défense devant le TA ne privant Mme A d'aucune garantie de procédure, c'est à bon droit que le tribunal a substitué au g) le b) du même article
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a :, au b), au c) et au g) : () / () b) À l'enfant algérien d'un ressortissant français si cet enfant a moins de vingt et un ans ou s'il est à la charge de ses parents, ainsi qu'aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ". L'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence au bénéfice d'un ressortissant algérien qui fait état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.
8. Pour justifier que sa fille, ressortissante française, pourvoit effectivement à ses besoins, Mme A se borne à produire une attestation sur l'honneur par laquelle celle-ci atteste l'héberger depuis le 25 octobre 2022, sans justifier ni de versements d'argent, ni de la prise en charge de dépenses supportées par sa fille à son profit. Ainsi que le fait valoir le préfet de l'Orne, les avis d'imposition de Mme A ne mentionnent le bénéfice d'aucune pension alimentaire, ni en nature, ni en espèces, dont celle-ci serait bénéficiaire en vertu de l'obligation alimentaire incombant à ses enfants en vertu des dispositions de l'article 205 du code civil. Par ailleurs, Mme A produit des relevés de son compte bancaire pour la période d'octobre 2024 à févier 2025, dont il ressort qu'elle n'a bénéficie d'aucun versement de sa fille à la charge de laquelle elle déclare être, mais de seulement deux versements d'un autre enfant les 3 octobre 2024 et 10 décembre 2024. Cette circonstance, quoique postérieure à la décision contestée du 21 novembre 2023, n'est, alors qu'aucun changement dans les situations respectives de Mme A et de sa fille n'est allégué, pas davantage de nature à justifier que cette enfant pourvoirait effectivement aux besoins de Mme A. Ainsi et alors même que, ainsi qu'elle l'allègue, Mme A serait dépourvue de ressources et que sa fille disposerait de ressources suffisantes pour pouvoir la prendre en charge, le préfet du l'Orne a pu, sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations précitées, rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A faute que celle-ci justifie être effectivement prise en charge par sa fille.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Alors même qu'elle est divorcée, Mme A n'est pas dépourvue d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 67 ans et où résident deux de ses enfants. Il ne ressort des pièces du dossier ni que sa présence en France aux côtés de son fils serait, à la date de la décision contestée, nécessaire au regard de l'état de santé de ce dernier, ni qu'elle serait dans l'impossibilité de se loger en Algérie, compte tenu notamment de l'assistance financière que lui assurent ses enfants. Enfin, la circonstance, même à la supposer établie, que son père aurait combattu pour la France pendant la guerre d'Algérie et aurait été naturalisé pour cette raison n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour sur le territoire français. Dans ces conditions, Mme A, qui ne justifie d'aucune intégration particulière dans la société française, n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux objectifs en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.
11. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte pour Mme A doit être écarté pour les motifs exposés au point précédent.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Caen a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme demandée par le conseil de Mme A en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée, pour information au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 26 août 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Lainé, président de chambre,
- M. Catroux, premier conseiller,
- M. Mas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2025.
Le rapporteur,
B. MASLe président,
L. LAINÉ
Le greffier,
C. WOLF
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026