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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-25NT00378

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-25NT00378

lundi 29 septembre 2025

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-25NT00378
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantVERVENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... a demandé au tribunal administratif de Rennes d’annuler l’arrêté du 23 avril 2024 du préfet du Finistère portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation de son pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2402936 du 18 septembre 2024, le tribunal administratif de Rennes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 6 février 2025, M. A..., représenté par Me Vervenne, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Rennes du 18 septembre 2024 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 23 avril 2024 ;

3°) d’enjoindre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois et dans l’attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

4°) d’enjoindre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, au préfet du Finistère de faire procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil, qui renonce à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle, d’une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet ne pouvait fonder le refus de sa demande d’admission exceptionnelle sur le fondement des dispositions de l’article L. 32-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent le refus de délivrance d’un titre de séjour et non les demandes d’admissions exceptionnelles au séjour par le travail ;

- l’arrêté contesté est contraire aux dispositions de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la circulaire du 5 février 2024 mentionne une condamnation, une incapacité ou une déchéance au bulletin n° 2 du casier judiciaire mais pas une mesure d’éloignement non exécutée ;

- ni lui, ni son employeur n’ont été informés de l’incomplétude de sa demande d’autorisation de travail qui désormais doit être présentée par le salarié ;

- le préfet a ajouté une condition tenant au respect des lois de la République mentionné à l’article L. 412-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il remplit le critère d’insertion ;

- l’arrêté contesté est contraire aux stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’illégalité en raison de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant son pays de renvoi est entachée d’illégalité en raison de l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée d’illégalité en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est contraire aux dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux principes constitutionnels, aux principes généraux du droit, aux règles résultant des engagements internationaux de la France et présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2025, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 7 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Gélard a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant malien, relève appel du jugement du 18 septembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Rennes a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du 23 avril 2024 du préfet du Finistère portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixation de son pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. En premier lieu, il convient d’écarter par adoption des motifs retenus par les premiers juges les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, l’arrêté contesté dans toutes ses composantes méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation de son pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 2 ans sont illégales en raison de l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, moyens que M. A... réitère en appel sans apporter d’éléments nouveaux.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ». Toutefois, aux termes des dispositions de l’article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration entrée en vigueur le 28 janvier suivant : « La délivrance (...) d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français (...) 2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal (...) ». Aux termes de l’article 441-1 du code pénal : « Constitue un faux toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit ou tout autre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques. / Le faux et l'usage de faux sont punis de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. ». Aux termes de l’article 441-2 du même code : « Le faux commis dans un document délivré par une administration publique aux fins de constater un droit, une identité ou une qualité ou d'accorder une autorisation est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. L'usage du faux mentionné à l'alinéa précédent est puni des mêmes peines. / Les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 100 000 euros d'amende lorsque le faux ou l'usage de faux est commis : (...) 2° Soit de manière habituelle (…) ».

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A... a fait l’objet de deux obligations de quitter le territoire français prises respectivement les 26 décembre 2019 et 3 septembre 2021 par le préfet de police de Paris, à la suite du rejet de sa demande d’asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d’asile, puis par le préfet du Finistère à l’issue d’une interpellation par les forces de police. L’intéressé n’ayant pas satisfait à ces deux mesures d’éloignement, le préfet pouvait refuser de lui délivrer un titre de séjour en application du 1° de l’article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel est applicable à toutes les décisions de refus de titre de séjour y compris celles rejetant une demande d’admission exceptionnelle au séjour. En outre, si le requérant se prévaut de contrats de travail à durée déterminée, puis à durée indéterminée, et produit ses bulletins de paie délivrés pour la période allant du mois de mai 2021 au mois de juillet 2024, il ne conteste pas avoir utilisé une fausse carte de résident pour obtenir ces emplois salariés. Ces faits, alors même qu’ils n’auraient pas fait l’objet de condamnations pénales et ne figureraient pas sur le volet n° 2 du casier judiciaire de M. A..., entrent dans le champ d’application de l’article 441-2 du code pénal et sont de nature à fonder un refus de titre de séjour en application du 2° de l’article L. 432-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, la circonstance que l’intéressé n’aurait pas été informé de l’incomplétude de sa demande de titre de séjour est sans incidence sur la légalité de l’arrêté contesté, et les moyens tirés de la méconnaissance de l’ensemble de ces dispositions manquent en fait et ne peuvent qu’être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. » Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ».

6. Eu égard à ce qui vient d’être dit au point 4, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 2 ans ne méconnaît ni les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les principes constitutionnels, ni les principes généraux du droit, ni les règles résultant des engagements internationaux de la France et ne présente pas un caractère disproportionné.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rennes a rejeté sa demande. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 :

Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.

Une copie en sera transmise pour information au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2025 à laquelle siégeaient :

- Mme Brisson, présidente de chambre,

- Mme Marion, première conseillère

- Mme Gélard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 septembre 2025.

La rapporteure,

V. GELARD

La présidente,

C. BRISSON

Le greffier,

Y. MARQUIS

La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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