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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-25NT00420

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-25NT00420

vendredi 9 janvier 2026

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-25NT00420
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantADLIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Nantes d’annuler les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire comprises dans un arrêté du préfet de la Vendée du 19 novembre 2024.

Par un jugement n° 2418514 du 14 janvier 2025, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes a annulé les décisions du préfet de la Vendée du 19 novembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination, ainsi que l’arrêté de la même autorité du 19 novembre 2024 portant assignation à résidence.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2025, le préfet de la Vendée demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes du 14 janvier 2025 ;

2°) de rejeter la demande présentée par M. A... devant le tribunal administratif de Nantes.

Il soutient que :
- contrairement à ce qu’a jugé la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes, dont la décision est entachée d’erreurs de fait et d’appréciation, la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée ne méconnaît pas l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les autres moyens invoqués par M. A... en première instance ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2025, M. A..., représenté par Me Khadraoui, demande à la cour :

1°) de rejeter la requête du préfet de la Vendée ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Vendée de réexaminer sa situation administrative et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Mas a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Par deux arrêtés du 19 novembre 2024, le préfet de la Vendée a, d’une part, rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A..., ressortissant guinéen né le 18 janvier 2000, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de l’éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et, d’autre part, a assigné M. A... à résidence sur le territoire de la commune de Fontenay-le-Comte pendant une durée de 45 jours. M. A... a demandé au tribunal administratif de Nantes l’annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire. Par un jugement du 14 janvier 2025, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes a annulé les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant assignation à résidence. Le préfet de la Vendée relève appel de ce jugement.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

M. A..., entré en France le 25 août 2015 selon ses déclarations, alors qu’il était âgé de 15 ans, a été pris en charge comme mineur non accompagné par le service de l’aide sociale à l’enfance du département des Deux-Sèvres et, à sa majorité, s’est vu délivrer à ce titre des titres de séjour portant la mention « vie privée et familiale », dont le dernier expirait le 27 janvier 2024. Il résidait ainsi en France depuis neuf ans à la date de la décision contestée, dont plus de huit ans en situation régulière.

Il ressort des pièces du dossier que M. A... est le père d’un enfant français né le 30 mars 2023. Toutefois, il est séparé de la mère de cet enfant, qui a porté plainte contre lui pour violence et menaces de mort, ne justifie pas de manière probante d’une contribution à l’entretien de l’enfant antérieurement à la décision contestée et, par un jugement du juge aux affaires familiales du 5 novembre 2024, l’autorité parentale sur l’enfant a été confiée exclusivement à sa mère, sans droit de visite pour M. A..., en raison notamment de ce que ce dernier ne visitait son enfant que très irrégulièrement et, en particulier, pas dans les six mois précédant ce jugement. Il ressort également des pièces du dossier que M. A... vit en concubinage avec une ressortissante française. Il n’établit cependant pas l’ancienneté de deux ans à la date de la décision contestée de cette relation qu’il allègue, l’attestation d’hébergement rédigée par la mère de sa compagne le 27 août 2024 ne mentionnant un hébergement à son domicile que depuis le 1er mai 2024. Ainsi que le fait valoir le préfet de la Vendée, M. A... s’est déclaré célibataire et sans enfant dans son formulaire de demande de titre de séjour, renseigné le 28 octobre 2024.

Il ressort des pièces du dossier que M. A..., qui a obtenu un certificat d’aptitudes professionnelles en réparation des carrosseries en 2018, puis un baccalauréat professionnel en réparation des carrosseries en 2019, a conclu un contrat de professionnalisation dans le domaine automobile pour la période du 29 août 2019 au 9 juillet 2021, mais n’a exercé l’activité professionnelle correspondante que jusqu’au 30 novembre 2019. Il a ensuite travaillé comme agent de collecte des déchets contractuel auprès de la Communauté d’agglomération du niortais d’août 2020 à avril 2021, puis de nouveau, en février 2022, ainsi que dans le cadre de missions d’intérim de mai à août 2023. Il ne justifie ainsi que de 14 mois environ d’activité professionnelle au cours des cinq années précédant la décision contestée.

Enfin, M. A... a été condamné le 28 novembre 2022 pour conduite après avoir fait usage de stupéfiants, ainsi que le 9 août 2024, pour acquisition, transport, usage, et offre ou cession illicites de stupéfiants, à une peine de 24 mois d’emprisonnement, dont 20 mois avec sursis probatoire de deux ans. Il a reconnu, devant le juge aux affaires familiales lors de l’audience du 5 novembre 2024, faire usage de stupéfiants et avoir une consommation importante d’alcool.

Au regard de l’ensemble de ces éléments, compte tenu de la faiblesse des relations entretenues par M. A... avec son fils, de la faible ancienneté de sa relation de concubinage, de son manque d’insertion professionnelle et de la menace à l’ordre public que constitue son comportement, la décision contestée n’a pas porté au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux objectifs en vue desquels elle a été prise.

Ainsi, c’est à tort que, pour annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant assignation à résidence comprises dans les arrêtés du préfet de la Vendée du 19 novembre 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nantes s’est fondée sur la méconnaissance, par la décision portant obligation de quitter le territoire français, des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Il appartient toutefois à la cour, saisie de l’ensemble du litige par l’effet dévolutif de l’appel, d’examiner les autres moyens soulevés par M. A... devant le tribunal administratif et la cour administrative d'appel.

En premier lieu, l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public (…) ». L’arrêté du 19 novembre 2024 cite ces dispositions et indique que le comportement de M. A... constitue une menace à l’ordre public, révélée notamment par la condamnation pénale dont il a fait l’objet le 9 août 2024. La décision refusant à M. A... un délai de départ volontaire est ainsi suffisamment motivée.

En deuxième lieu, cette motivation atteste de l’examen particulier dont a fait l’objet la situation de M. A.... Le moyen tiré de ce que le préfet de la Vendée se serait cru à tort en situation de compétence liée pour lui refuser un délai de départ volontaire ne peut qu’être écarté.

En troisième lieu, la décision contestée n’étant pas motivée par les faits de violence allégués pour lesquels l’ancienne épouse de M. A... a déposé plainte, l’intéressé ne saurait utilement se prévaloir de ce que ces faits n’ont pas donné lieu à condamnation pénale. Au regard des circonstances mentionnées au point 7 ci-dessus, M. A... n’est pas fondé à soutenir qu’en regardant son comportement comme constituant une menace à l’ordre public justifiant que lui soit refusé un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Vendée a fait une inexacte application de ces dispositions.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner le moyen contestant la régularité du jugement attaqué, que le préfet de la Vendée est fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a annulé les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant assignation à résidence comprises dans ses arrêtés du 19 novembre 2024.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent arrêt, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A..., n’appelle aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions à fin d’injonction présentées par M. A... doivent être rejetées.



DÉCIDE :


Article 1er : Le jugement du 14 janvier 2025 du tribunal administratif de Nantes est annulé.

Article 2 : La demande présentée par M. A... devant le tribunal administratif de Nantes est rejetée.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée, pour information au préfet de la Vendée.


Délibéré après l'audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Lainé, président de chambre,
- M. Catroux, premier conseiller,
- M. Mas, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2026.



Le rapporteur,

B. MAS
Le président,

L. LAINÉ

La greffière,

A. MARTIN



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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