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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-25NT00597

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-25NT00597

mardi 22 juillet 2025

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-25NT00597
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler l'arrêté du

22 mai 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Par un jugement n° 2409042 du 30 janvier 2025, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nantes a annulé l'arrêté du 22 mai 2024.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 26 février 2025, le préfet de Maine-et-Loire demande à la cour d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes en date du 30 janvier 2025.

Il soutient que les dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas pour objet ni pour effet de suspendre le délai de départ volontaire qui court à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français.

Par une ordonnance du 22 avril 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viéville a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né en 1996, a déclaré être entré en France en mai 2019 sans en justifier. Le 21 mars 2023, il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire le bénéfice d'une admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 15 février 2024 le préfet de Maine-et-Loire lui a refusé de le régulariser, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. A a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif de Nantes par une requête enregistrée le 20 mars 2024. Par un arrêté du 22 mai 2024, le préfet de Maine-et-Loire a édicté une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par un jugement du 30 janvier 2025 dont le préfet de Maine-et-Loire relève appel de ce jugement par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Nantes a annulé l'arrêté du 22 mai 2024.

Sur le moyen d'annulation retenu par le premier juge :

2. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. ".

3. Il ne résulte pas des dispositions de l'article L. 722-7 ni d'aucune autre disposition, que l'effet suspensif attaché au recours pour excès de pouvoir engagé contre une mesure d'obligation de quitter le territoire français ait pour effet de modifier la décision relative au délai de départ volontaire accordé par l'autorité administrative à l'étranger qu'elle oblige à quitter le territoire français. Le caractère suspensif du droit au recours n'est d'aucune incidence sur le délai qui est éventuellement imparti à l'étranger, mais implique seulement que la mesure d'éloignement ne peut être mise à exécution d'office. Les dispositions de l'article L. 722-7 ne font dès lors pas obstacle à ce que l'autorité compétente puisse constater que l'obligation de quitter le territoire n'a pas été respectée et prendre en conséquence, sur le fondement de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français.

4. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a annulé l'arrêté du 22 mai 2024 pour ce motif.

5. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens invoqués par M. A devant le tribunal administratif de Nantes.

Sur les autres moyens de première instance :

6. En premier lieu, le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté SG/MICCSE n° 2024-08 du 28 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, donné délégation à

M. C D, signataire des décisions attaquées et directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, à l'effet de signer notamment les décisions portant interdiction de retour et assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions doit être écarté.

7. En deuxième lieu, pour le motif exposé au point 3, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire ne pouvait édicter une interdiction de retour sur le territoire français alors qu'il avait par ailleurs contesté devant le tribunal administratif de Nantes l'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui octroyer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

8. En dernier lieu, M. A entend soutenir que des circonstances humanitaires font obstacle à ce qu'une interdiction de retour soit édictée à son encontre. Il fait ainsi valoir sa capacité d'intégration en rappelant son parcours professionnel d'avril à juillet 2020 en missions d'intérim, puis du 14 avril 2022 au 30 juin 2022 en qualité de peintre, puis de janvier à mars 2023 en qualité de peintre et l'existence d'une promesse d'embauche en qualité de peintre. Il produit également des attestations faisant état de sa gentillesse et de sa motivation. Cependant, l'ensemble de ces éléments ne sont pas de nature à établir l'existence de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'édiction d'une décision d'interdiction de retour lors que l'insertion professionnelle de l'intéressé présente un caractère précaire. Le moyen est écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de Maine-et-Loire est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a annulé l'arrêté du 22 mai 2024. Dès lors, l'article 1er de ce jugement doit être annulé et la demande de première instance de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : L'article 1er du jugement no2409042 du 30 janvier 2025 du tribunal administratif de Nantes est annulé.

Article 2 : La demande de première instance et le surplus des conclusions d'appel présentées par M. A sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre d'État, ministre de l'intérieur et à

M. B A.

Une copie en sera transmise, pour information, au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Quillévéré, président de chambre,

- M. Penhoat, premier conseiller,

- M. Viéville, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2025.

Le rapporteur

S. VIÉVILLELe président

G. QUILLÉVÉRÉ

La greffière

A. MARCHAIS

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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