mardi 26 avril 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-19NC02046 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | LE BRIERO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La SARL La Forge de Longuyon a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne de condamner Voies navigables de France (VNF) à lui verser la somme de 467 000 euros correspondant aux pertes d'exploitation subies et aux dommages causés aux machines à raison du rehaussement du niveau d'eau en aval de son ouvrage au titre de la période allant du mois de juin 2013 au mois de mai 2018.
Par un jugement n° 1302178 du 25 septembre 2015, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a avant dire droit, ordonné une expertise pour évaluer les préjudices subis par la SARL la Forge de Longuyon.
Par un jugement n° 1302178 du 30 avril 2019, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a condamné VNF à verser à la SARL La Forge de Longuyon une somme de 467 000 euros et a mis à la charge de VNF les frais d'expertise taxés à la somme de 14 730,67 euros.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée sous le n°192046 le 28 juin 2019, complétée par des mémoires enregistrés le 22 février et le 14 décembre 2021, Voies Navigables de France (VNF) représenté par Me Gauthier, demande à la cour :
1°) d'annuler les jugements du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 25 septembre 2015 et du 30 avril 2019 ;
2°) de rejeter la demande de la SARL La Forge de Longuyon ;
3°) de mettre à la charge de la SARL La Forge de Longuyon le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la demande de première instance était irrecevable en ce qu'elle ne présentait pas ses conclusions à fin d'injonction à titre accessoire ;
- le tribunal ne pouvait donc soulever un moyen d'ordre public tenant à la responsabilité sans faute pour neutraliser l'irrecevabilité principale ;
- il ne ressortait pas clairement de la requête introductive d'instance que la société demandait une indemnisation encore moins sur quel fondement ;
- le tribunal ne s'est pas prononcé sur la responsabilité sans faute de VNF puisqu'aucun des dispositifs de ces jugements ne retient la responsabilité ;
- dans le jugement avant dire droit, la responsabilité sans faute ne figure que dans les motifs ; l'engagement de la responsabilité relevait donc du dernier article du dispositif réservant les droits des parties et il n'a pas été statué dans le jugement du 30 avril 2019 ; la contradiction au sein du premier considérant de ce jugement révèle ce défaut ;
- les jugements sont entachés de défaut de motivation quant à l'engagement de la responsabilité et d'insuffisante motivation d'une part en raison du fractionnement de la motivation du préjudice anormal et spécial d'autre part parce que le tribunal n'a pas établi les éléments permettant de qualifier ce préjudice d'anormal et spécial ;
- les premiers juges ont commis une erreur de droit et de qualification en retenant la qualité de tiers de la société et donc une responsabilité sans faute ; la société a la qualité d'usager et aucune faute ne peut être relevée à son encontre ;
- sa responsabilité ne pourra être admise en raison de l'antériorité de l'existence du fonctionnement du barrage et de la prévisibilité des aléas normaux que comporte l'exploitation d'un ouvrage hydroélectrique sur le domaine public fluvial ;
- l'existence de préjudice anormal et spécial n'est pas établie ;
- la mesure d'expertise ne permet pas d'établir la responsabilité de VNF ni le montant des préjudices liés aux pertes d'exploitation dès lors que l'imputabilité au barrage du Dom-le-Mesnil n'est pas démontrée et le chiffrage du préjudice est erroné.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 juillet 2020 et 7 mai 2021 la SARL La Forge de Longuyon conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de VNF une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que VNF ne justifie pas de l'habilitation du directeur pour introduire une action en justice ;
- l'appel de VNF à l'encontre du jugement avant dire droit est irrecevable dès lors qu'il n'a pas critiqué l'utilité de l'expertise ordonnée ;
- les moyens soulevés par VNF ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 17 mars 2022, la SARL La Forge de Longuyon conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Il n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grossrieder, présidente-assesseure,
- les conclusions de M. Michel, rapporteur public,
- et les observations de Me Almeda, pour VNF, ainsi que celles de M. A, pour la SARL La Forge de Longuyon.
La SARL La Forge de Longuyon a présenté une note en délibéré enregistrée le 4 avril 2022.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL la Forge de Longuyon exploite une centrale hydroélectrique sur la Meuse, sur le territoire de la commune de Donchery, autorisée, sur le fondement de la loi du 16 octobre 1919 relative à l'utilisation de l'énergie hydraulique, aujourd'hui codifiée aux articles L. 511-1 et suivants du code de l'énergie, par un arrêté du préfet des Ardennes en date du 8 avril 1999 pour une puissance maximale brute de 727 kW dont 107 kW, fondée en titre. Ayant constaté un rehaussement du niveau du cours d'eau situé en aval de son ouvrage, elle a demandé à Voies navigables de France (VNF), en charge de l'exploitation du barrage de Dom-le-Mesnil, de ramener le niveau de la Meuse à une hauteur telle qu'elle lui permette d'exploiter son ouvrage hydroélectrique conformément à l'autorisation préfectorale. Estimant que le refus de Voies navigables de France lui cause un préjudice, elle a saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne. Par un jugement avant dire droit du 25 septembre 2015, le tribunal a ordonné, avant de se prononcer sur la requête de la SARL La Forge de Longuyon, qu'il soit procédé, par un expert désigné par le président du tribunal, à une expertise en vue de déterminer le montant du préjudice matériel et économique subi à raison des conditions d'exploitation du barrage de Dom-le-Mesnil. Par un jugement du 30 avril 2019, le même tribunal a condamné VNF à verser à la SARL La Forge de Longuyon une somme de 467 000 euros et a mis à la charge de VNF les frais d'expertise taxés à la somme de 14 730,67 euros. VNF relève appel de ces deux jugements.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la SARL La Forge de Longuyon :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 4312-3 du code des transports : " Le directeur général de Voies navigables de France est nommé par décret, sur le rapport du ministre chargé des transports, après avis du conseil d'administration. Il met en œuvre la politique arrêtée par le conseil d'administration, assure l'exécution de ses délibérations et exerce les compétences que ce dernier lui délègue. () ". Aux termes de l'article R. 4312-10 du même code : " Le conseil d'administration délibère notamment sur : () 15° Les actions en justice et les transactions ; () ". Aux termes de l'article R. 4312-16 du même code, " Dans le cadre des missions définies à l'article L. 4312-3, le directeur général : 1° Exerce la direction générale de l'établissement et est, à ce titre, responsable de la bonne marche de l'établissement et de sa bonne gestion économique et financière ; () 4° Représente l'établissement en justice. () ".
3. Par une délibération n° 01/2014 du 20 mars 2014, dont il ressort des termes de la version consolidée qu'elle n'a pas été sur ce point modifiée ultérieurement, publiée au bulletin officiel des actes de VNF " année 2014 n° 7 " du 21 mars 2014, accessible sur le site internet www.vnf.fr, le conseil d'administration de VNF a délégué à son directeur général le pouvoir : " IV - En matière juridique : 1 - agir en justice en demande lorsque l'enjeu du litige, sauf procédure d'urgence, n'excède pas 700 000 € ; - agir en justice en défense sans limitation de montant ; - se désister devant toutes juridictions ; () ". A cet égard, si le juge doit s'assurer de la réalité de l'habilitation du représentant de l'établissement qui l'a saisi, lorsque celle-ci est requise, il ne lui appartient pas, en revanche, de vérifier la régularité des conditions dans lesquelles une telle habilitation a été adoptée. En conséquence, la SARL la Forge Longuyon ne peut utilement soulever le moyen tiré de l'irrégularité de la composition du conseil d'administration lors du vote de la délibération d'habilitation. Enfin, la délibération communiquée n'est qu'un ampliatif de la décision originale et n'a donc pas à comporter de signature. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'habilitation du directeur pour introduire la présente instance au nom de VNF doit être écartée.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 811-6 du code de justice administrative : " Par dérogation aux dispositions du premier alinéa de l'article R. 811-2, le délai d'appel contre un jugement avant-dire-droit, qu'il tranche ou non une question au principal, court jusqu'à l'expiration du délai d'appel contre le jugement qui règle définitivement le fond du litige ". Tout jugement par lequel un tribunal administratif ne statue que sur une partie des conclusions dont il est saisi et ordonne pour le surplus une mesure d'instruction constitue un jugement avant dire droit au sens des dispositions précitées. Il peut dès lors être interjeté appel d'un tel jugement après l'expiration du délai de deux mois qui suit sa notification et jusqu'à l'expiration du délai de recours contentieux applicable au jugement qui met fin à l'instance. Par un jugement avant dire droit en date du 25 septembre 2015, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a d'une part admis la responsabilité sans faute de VNF dans les dommages causés par l'ouvrage public dont elle assure l'exploitation, le barrage de Dom-le-Mesnil, et d'autre part, ordonné qu'il soit procédé à une expertise en vue de déterminer le montant du préjudice matériel et économique subi à raison des conditions d'exploitation du barrage de Dom-le-Mesnil. En conséquence, les conclusions en appel de VNF tendant à contester sa responsabilité admise par le jugement du 25 septembre 2015 et introduites dans le délai d'appel du jugement du 30 avril 2019 sont recevables.
Sur la régularité du jugement attaqué :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa version alors applicable : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".
6. Il ressort des termes du jugement du 25 septembre 2015 que les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office, tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'injonction, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de prononcer des injonctions à titre principal et, d'autre part, de la responsabilité sans faute de Voies navigables de France à raison de l'exploitation du barrage de Dom-le-Mesnil qui créé un dommage anormal et spécial à la SARL La Forge de Longuyon. Le juge administratif ne peut, soulever d'office un moyen d'ordre public que si la demande dont il est saisi est recevable. Or, contrairement à ce que soutient VNF, il ressort des termes du mémoire enregistré par le greffe du tribunal administratif le 16 juillet 2015 que la SARL a présenté des conclusions à fin d'indemnisation des pertes d'exploitation et différents préjudices, lesquelles n'étaient alors soumises à aucune condition de délai de recours. Il résulte des écritures de la SARL La Forge de Longuyon, agissant sans le concours d'un avocat, que cette dernière a entendu mettre en cause la responsabilité de VNF pour les conditions de fonctionnement du barrage de Dom-le-Mesnil qu'elle qualifiait d'illégales. Ainsi, si la demande de première instance de la SARL contenait des conclusions à fin d'injonction irrecevables, elle comportait également des conclusions indemnitaires fondées sur la responsabilité pour faute de VNF, recevables. En conséquence, le moyen d'ordre public soulevé d'office par les premiers juges n'avait ni pour objet ni pour effet de neutraliser une irrecevabilité principale de cette demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le moyen d'ordre public a été soulevé à tort par le tribunal n'est dès lors pas fondé.
7. En deuxième lieu, par son jugement du 25 avril 2015, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne s'est prononcé expressément, dans ses motifs, sur la responsabilité sans faute de VNF sans qu'il eût été nécessaire de consacrer un article de son dispositif à l'engagement de cette responsabilité. En tout état de cause, dès lors que le principe de responsabilité n'a pas à figurer dans le dispositif lequel n'a que pour but que de répondre aux conclusions des parties, le jugement n'est entaché d'aucune irrégularité.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative, " Les jugements sont motivés ". En décrivant les circonstances des dommages de travaux publics dans les considérants 3 et 4 du jugement du 25 avril 2015 et en jugeant qu'il appartient à VNF de réparer les conséquences dommageables du fonctionnement d'un ouvrage public dont il assure l'exploitation lorsqu'elles excèdent les aléas que comporte nécessairement l'exploitation d'un tel ouvrage et revêtent ainsi un caractère grave et spécial ne pouvant incomber normalement à la société requérante, les premiers juges ont suffisamment exposé les motifs pour lesquels ils ont retenu la responsabilité de VNF et ont considéré que le préjudice subi par la SARL la Forge de Longuyon pouvait être qualifié d'anormal et spécial. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du jugement doit être écarté.
9. En dernier lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et l'erreur d'appréciation commises par les premiers juges ne sont pas susceptibles d'entacher le jugement d'irrégularité et ne peuvent qu'être discutée au titre de son bien-fondé.
Sur la recevabilité de la demande de première instance :
10. Ainsi qu'il a été dit au point 6, la SARL La Forge de Longuyon a présenté en première instance outre des conclusions à fin d'injonction irrecevables, des conclusions tendant à mettre en jeu la responsabilité de VNF du fait de l'exploitation du barrage de Dom-le-Mesnil. Par suite, VNF n'est pas fondé à soutenir que la demande de première instance était irrecevable.
Sur la responsabilité sans faute de VNF :
En ce qui concerne le régime de responsabilité :
11. La SARL La Forge de Longuyon exploite une usine hydroélectrique pour laquelle elle bénéficie d'un arrêté du préfet des Ardennes en date du 8 avril 1999 l'autorisant à produire une puissance maximale brute de 727 kW dont 107 kW, fondée en titre. Les dommages dont la SARL La Forge demande réparation ont pour origine, non pas le domaine public fluvial lui-même comme le soutient l'appelant, mais le fonctionnement du barrage Dom-le-Mesnil, ouvrage public, dont VNF assurait l'exploitation à la date des faits litigieux. Cet ouvrage, consistant en un barrage à aiguilles, situé à cinq kilométres en aval de la centrale hydroélectrique exploitée par la SARL La Forge de Longuyon avait pour objet de réguler le niveau d'eau pour permettre la navigation en toute sécurité sur la Meuse. A l'égard de cet ouvrage, la SARL La Forge de Longuyon exploitant une centrale hydroélectrique a la qualité de tiers.
12. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers, tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages, qui doivent revêtir un caractère anormal et spécial pour ouvrir droit à réparation, résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure
En ce qui concerne le préjudice anormal et spécial :
S'agissant des pertes d'exploitation :
13. Il appartient aux tiers d'apporter la preuve de la réalité des préjudices allégués et du lien de causalité entre la présence ou le fonctionnement de l'ouvrage et lesdits préjudices. Le caractère anormal et spécial peut résulter d'une impossibilité d'exploiter une centrale hydroélectrique conformément à sa force utile excédant les aléas auxquelles doivent normalement s'attendre les riverains d'un ouvrage public.
14. Toutefois, lorsqu'il est soutenu qu'une partie s'est exposée en connaissance de cause au risque dont la réalisation a causé les dommages dont elle demande réparation au titre de la présence ou du fonctionnement d'un ouvrage public, il appartient au juge d'apprécier s'il résulte de l'instruction, d'une part, que des éléments révélant l'existence d'un tel risque existaient à la date à laquelle cette partie est réputée s'y être exposée et, d'autre part, que la partie en cause avait connaissance de ces éléments et était à cette date en mesure d'en déduire qu'elle s'exposait à un tel risque, lié à la présence ou au fonctionnement d'un ouvrage public, qu'il ait été d'ores et déjà constitué ou raisonnablement prévisible
15. La SARL La Forge de Longuyon se plaint du fonctionnement du barrage qui par le rehaussement du niveau du cours d'eau, lui occasionnerait la baisse de sa chute d'eau par rapport à celle qui est acté dans l'arrêté du 8 avril 1999 générant une réduction importante de sa production électrique ainsi autorisée. Alors que le bénéfice de l'arrêté du 8 avril 1999 qui autorise la société à produire une puissance maximale ne lui ouvre pas un droit à cette puissance, il résulte de l'instruction et des dires mêmes de la société que lors de l'acquisition de la centrale en 2007, elle avait connaissance des difficultés relatives à la hauteur de la chute d'eau et des conséquences sur la capacité de la centrale à produire auxquelles était déjà confronté l'ancien exploitant. Depuis cette date, au regard des données de production annuelle produites par la société, cette dernière n'a d'ailleurs jamais été en mesure d'atteindre la puissance maximale autorisée. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction et plus particulièrement du chiffres d'affaires de l'ancien exploitant mentionné dans l'acte de cession de fonds de commerce et de la puissance annuelle produite par la requérante qui n'a cessé d'augmenter au moins jusqu'en 2015 que la situation de la requérante se soit aggravée. La chute de production en 2016 est imputable à une cause étrangère au litige et si la production a sensiblement diminué en 2017 et 2018, elle est revenue à son niveau en 2019. Si l'expertise judiciaire ordonnée par les premiers juges a conduit au constat d'un manque à gagner pour la société, elle part de l'hypothèse d'une puissance maximale autorisée théorique que la société n'a jamais été en capacité de produire et dont elle ne saurait par suite être indemnisée.
16. Ainsi, faute pour l'intéressée d'apporter les éléments permettant de démontrer une aggravation du fonctionnement de la centrale depuis son acquisition imputable fonctionnement du barrage, la SARL La Forge de Longuyon doit être regardée comme s'étant sciemment exposée au risque dont elle avait connaissance. Elle n'est dès lors pas fondée à demander réparation des préjudices d'exploitation qui ne peuvent en tout état de cause résulter du seul constat de son incapacité à produire la puissance maximale autorisée.
S'agissant du préjudice matériel :
17. La dégradation du mur de soutènement et des structures métalliques qui résulte également du rehaussement du niveau du cours d'eau dont il vient d'être dit que la société avait connaissance ne peut pas plus donner lieu à indemnisation.
18. Il résulte de ce qui précède que VNF est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal de Châlons-en-Champagne a condamné à verser à la SARL La Forge de Longuyon la somme de 467 000 euros sur le fondement de la responsabilité sans faute. Toutefois, il appartient à la cour administrative d'appel, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par la SARL La Forge de Longuyon devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne.
Sur la responsabilité pour faute de VNF :
19. En premier lieu, si la société soutient que VNF a commis une faute dans la gestion du barrage conduisant à une réduction délibérée de la prise d'eau, elle ne l'établit pas.
20. En second lieu, aux termes de l'article 16.3 d'une convention d'occupation temporaire du domaine public fluvial conclue le 20 décembre 2007 entre VNF et la SARL la Forge de Longuyon, : " L'occupant ne pourra prétendre à aucune réduction, taxe, indemnité ou autre droit quelconque pour les troubles de jouissance résultant des réparations, travaux d'entretien, quelle qu'en soit la nature, qui viendraient à être réalisés sur le domaine public fluvial et quelle qu'en soit la durée. Il ne pourra davantage y prétendre pour les dommages ou la gêne causée par la navigation, l'entretien et, d'une manière générale, l'exploitation de la voie d'eau ".
21. A supposer même que le choix du mode d'entretien de la voie d'eau par absence de dragage par VNF soit constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de la SARL La Forge de Longuyon, la stipulation précitée fait obstacle à toute indemnisation de la société du fait des travaux d'entretien par VNF du cours d'eau dont il a la charge.
22. Il résulte de ce qui précède que la demande indemnitaire de la société La Forge de Longuyon fondée sur la responsabilité pour faute doit également être rejetée.
23. Il résulte de ce qui précède que VNF est fondé à demander l'annulation de l'article 1er du jugement n°1302178 du 30 avril 2019 et le rejet des conclusions indemnitaires de la société La Forge de Longuyon.
Sur les dépens :
24. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser les frais d'expertise à la charge définitive de VNF.
Sur les frais liés à l'instance :
25. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge VNF, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la SARL La Forge de Longuyon demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SARL La Forge de Longuyon une somme à verser à VNF au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'article 1er du jugement n° 1302178 du 30 avril 2019 du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne est annulé.
Article 2 : La demande présentée par la SARL La Forge de Longuyon devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne est rejetée.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Voies navigables de France et à la SARL La Forge de Longuyon.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Ghisu-Deparis, présidente de chambre,
Mme Grossrieder, présidente-assesseure.
Mme Picque, première conseillère.
Mise à disposition au greffe, le 26 avril 2022.
La rapporteure,
Signé : S. GrossriederLa présidente,
Signé : V. Ghisu-Deparis
La greffière,
Signé : N. Basso
La République mande et ordonne au préfet de la Meuse en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Basso
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026