mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC00193 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | LEXIO AVOCATS CONSEILS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. E et Mme K R, M. A G et Mme J N, M. L et Mme S H, Mme T, M. I et Mme P M, M. Q et Mme F O, M. B et Mme C D ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler la délibération du 20 juillet 2018 par laquelle le conseil municipal de la commune de Siewiller a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune, ainsi que la décision du 12 novembre 2018 rejetant leur recours gracieux.
Par un jugement n°1900543 du 12 novembre 2020, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leur demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2021, M. E et Mme K R, M. L et Mme S H, M. I et Mme P M, M. Q et Mme F O, M. B et Mme C D, représentés par Me Enckell, demandent à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 12 novembre 2020 ;
2°) à titre principal, d'annuler la délibération du 20 juillet 2018 par laquelle le conseil municipal de la commune de Siewiller a approuvé son plan local d'urbanisme, ainsi que la décision du 12 novembre 2018 rejetant leur recours gracieux
3°) à titre subsidiaire, d'annuler la délibération du 20 juillet 2018 en tant qu'elle a classé en zone N le fond des parcelles section 2 n° 78 à 95 et en zone A les parcelles section 2 n° 71, 72, 73, 74 et 96 ;
4°) d'enjoindre à la commune de Siewiller de classer en zone UB l'intégralité des parcelles section 2 n° 78 à 95 et en zone N les parcelles section 2 n° 71, 72, 73, 74 et 96 ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Siewiller la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le jugement attaqué n'est pas signé en violation de l'article R. 747-7 du code de justice administrative ;
- les modalités de la concertation annoncées lors d'une réunion publique n'ont pas été respectées ; ce vice de procédure a été susceptible d'exercer une influence sur la délibération contestée et a privé les administrés d'une garantie ;
- l'avis du commissaire enquêteur est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne justifie ni des raisons pour lesquelles il écarte l'avis de la MRAe, ni de celles pour lesquelles la préservation des trames bleues et vertes formées par le cours d'eau et les massifs boisés ainsi que la préservation du site Natura 2000 et des zones humides remarquables serait suffisante ; cet avis est contradictoire dès lors qu'il est défavorable au classement en zone N de certaines parcelles mais émet un avis favorable au projet assorti d'une réserve validant le morcellement du zonage des parcelles ; enfin, il se borne à mentionner qu'il approuve les observations de la commune sans préciser les éléments concernés par cette approbation ;
- le classement en zone A des parcelles section 2 n° 71 à 74 et 96 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le classement en zone N de l'arrière des parcelles section 2 n° 78 à 95 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le classement en zone N de la parcelle section 2 n° 79 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le classement en zone N des parcelles section 21 n° 72, 73, 74, 75, 76, 78 et 94 et section 1 n° 333, 336 et 401 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2021, la commune de Siewiller, représentée par Me Bleykasten, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Barteaux,
- les conclusions de M. Marchal, rapporteur public,
- et les observations de Me Hsina pour la commune de Siewiller.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 24 juin 2011, le conseil municipal de Siewiller a prescrit l'adoption d'un plan local d'urbanisme et fixé les modalités de la concertation. A l'issue de l'enquête publique qui a été réalisée du 30 avril au 31 mai 2018, le conseil municipal a adopté le plan local d'urbanisme par une délibération du 20 juillet 2018. Après avoir exercé, le 24 septembre 2018, un recours gracieux à l'encontre de cette délibération qui a été rejeté par une décision du 12 novembre suivant, M. et Mme R et plusieurs autres habitants de la commune ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler cette délibération ainsi que la décision rejetant le recours gracieux. Par un jugement du 12 novembre 2020, dont M. R ET AUTRES font appel, le tribunal administratif a rejeté leur demande tendant à l'annulation de cette délibération et du rejet de leur recours gracieux.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la minute du jugement attaqué a été signée par le président-rapporteur, par l'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau et par la greffière d'audience. La circonstance que la copie de ce jugement, qui a été notifiée aux parties, ne comportait pas ces signatures est sans incidence sur sa régularité. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué ne serait pas conforme aux exigences de l'article R. 741-7 du code de justice administrative manque en fait.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : / 1° L'élaboration ou la révision () du plan local d'urbanisme ; () ". Aux termes de l'article L. 103-4 du même code : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente ".
5. Par une délibération du 20 janvier 2017, la commune a fixé les modalités de la concertation consistant dans la tenue d'un registre et l'organisation d'une réunion publique. Si les requérants font valoir qu'une seconde réunion aurait été envisagée lors de la réunion publique qui s'est tenue le 27 mars 2017, ils n'établissent pas, ainsi que le fait valoir la commune, qu'elle aurait effectivement été annoncée. Par suite et alors qu'il n'est pas contesté que les modalités de la concertation fixées par la délibération du 20 janvier 2017 ont été respectées, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur () établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans un document séparé, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".
7. Il ressort du rapport du commissaire enquêteur que ce dernier a décrit le projet de plan local d'urbanisme, recensé et analysé les observations produites par le public, auxquelles il a répondu, et que, dans un document séparé, il a donné son avis personnel sur le projet. Contrairement à ce que font valoir les requérants, le commissaire enquêteur a mentionné de façon précise pour quelles raisons la recommandation formulée par la mission régionale d'autorité environnementale dans son avis du 18 juin 2018 n'était pas nécessaire au regard du contenu des orientations arrêtées par le plan local d'urbanisme pour les zones naturelles et agricoles. La circonstance que le commissaire enquêteur a émis un avis favorable au projet en l'assortissant de deux réserves dont l'une portant sur le classement en zone N de la partie arrière des parcelles cadastrées section 2 n° 78 à 95 alors qu'en réponse à des observations, il avait relevé que le morcellement du zonage de parcelles devait être évité est, par elle-même, sans incidence sur l'existence de la motivation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". L'article R. 151-24 du même code dispose que " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; () ".
9. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes et, lorsque cette délimitation ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée, elle ne porte pas d'atteinte illégale au principe d'égalité des citoyens devant les charges publiques.
10. Les parcelles cadastrées section 2 n° 71, 72, 73, 74 et 96 sont classées en zone A. Les requérants soutiennent que ces parcelles auraient dû être classées en zone N dès lors qu'elles sont constituées de prairies en parties arborées qui participent de la préservation de la biodiversité, dans la continuité des jardins attenants aux propriétés bâties des parcelles n° 78 à 92, et qu'elles ne pourront pas être exploitées pour une activité agricole. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et, notamment, du registre parcellaire du ministère de l'agriculture, produit par la commune de Siewiller, que ces parcelles constituent des prairies qui s'insèrent dans un large compartiment classé en zone A. Les requérants n'établissent pas qu'au regard de leurs caractéristiques, ces parcelles ne pourraient être destinées à une activité agricole, quelle qu'en soit la nature, alors que la commune de Siewiller fait valoir, sans être contredite, que les parcelles n° 73 et 74 jouxtent une parcelle supportant une activité d'élevage. Au demeurant, si la mission régionale d'autorité environnementale a recommandé, dans son avis du 18 janvier 2018 relatif à l'élaboration du plan local d'urbanisme, de désigner les prairies de fauche et les vergers comme des éléments de paysage et de secteurs à préserver pour des motifs d'ordre écologique, elle n'a pas remis en cause le zonage retenu. Le classement des parcelles litigieuses en zone A a, en outre, pour objet de répondre à l'objectif des auteurs du plan local d'urbanisme de préserver les espaces agricoles. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ce classement serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. S'agissant du classement en zone naturelle de la fraction arrière des parcelles cadastrées section 2 n° 78 à 95, le reliquat étant classé en zone UB, il ressort de photographies que l'arrière de ces parcelles est constitué pour l'essentiel de jardins attenants aux constructions existantes. Ces fonds de parcelles ne présentent pas de caractéristiques naturelles marquées et l'une d'elles, par ailleurs, supporte un hangar. Si la commune de Siewieller fait valoir que le projet d'aménagement et de développement durables a fixé comme objectif la préservation des jardins et vergers aux abords du bâti, ces fractions de parcelles s'inscrivent dans un secteur déjà urbanisé. Par suite, le classement de la fraction arrière des parcelles cadastrées section 2 n° 78 à 95 en zone N est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. S'agissant du classement en zone agricole des parcelles cadastrées section 21 n° 72, 73, 74, 75, 76, 78 et 94 et section 1 n° 333, 336 et 401, les appelants soutiennent à nouveau en appel que ce classement serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation, sans faire valoir d'élément de fait ou de droit nouveau par rapport à l'argumentation qu'ils avaient développée en première instance. Il y a lieu, par suite, d'écarter ce moyen par adoption des motifs pertinents retenus par les premiers juges qui n'appellent aucune précision.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. R ET AUTRES sont seulement fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leur demande d'annulation de la délibération du 20 juillet 2018 en tant qu'elle classe en zone N la partie arrière des parcelles cadastrées section 2 n° 78 à 95 et, dans la même mesure, de la décision du 12 novembre 2018 rejetant leur recours gracieux.
Sur les frais de l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. R ET AUTRES, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande la commune de Siewiller au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Siewiller une somme globale de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. R ET AUTRES non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 20 juillet 2018 en tant qu'elle classe en zone N la partie arrière des parcelles cadastrées section 2 n° 78 à 95 et, dans la même mesure, la décision du 12 novembre 2018 rejetant le recours gracieux des requérants, sont annulées.
Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 12 novembre 2020 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 3 : La commune de Siewieller versera à M. R ET AUTRES la somme globale de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié sera notifié à M. E R en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune de Siewieller.
Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Wurtz, président,
- M. Meisse, premier conseiller,
- M. Barteaux, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé : S. BARTEAUXLe président,
Signé : Ch. WURTZLe greffier,
Signé : F. LORRAIN La République mande et ordonne à la préfète de la Région Grand Est, préfète
du Bas-Rhin, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier :
F. LORRAIN
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
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Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
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04/05/2026