mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-21NC03243 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. F B C a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler d'une part, la décision du 14 octobre 2020 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il avait sollicité le 14 juin 2020 et d'autre part, la décision par laquelle le préfet a implicitement rejeté le recours gracieux qu'il avait présenté le 22 novembre 2020.
Par un jugement n° 2100595 du 23 novembre 2021, le tribunal administratif de Nancy a annulé ces décisions, a enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à M. B C, dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et mis à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser au conseil du requérant, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête enregistrée le 13 décembre 2021 sous le n° 21NC03245, le préfet de Meurthe-et-Moselle demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 23 novembre 2021 ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. B C devant le tribunal administratif de Nancy.
Il soutient que :
- c'est à tort que les premiers juges ont refusé de faire droit à la substitution de motif qu'il avait soulevée devant eux, tirée de ce que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public au sens des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur ; cette substitution de motif ne privait le requérant d'aucune garantie ;
- M. B C n'établit pas qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille française depuis au moins deux ans, compte tenu du caractère très récent, le 19 juin 2020, de l'acquisition de la nationalité française par sa fille, soit neuf mois avant la date de la décision implicite de rejet du 27 mars 2021 ;
- les premiers juges ont commis une erreur dans l'appréciation de la situation du requérant au regard des dispositions des 6° et 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que d'une part, si l'intéressé vit en France depuis dix-neuf ans, il a passé seize années en détention, que d'autre part, il n'établit pas le caractère ancien et stable de la relation avec sa compagne qu'il a rencontrée alors qu'il était en détention et qu'enfin, il ne justifie pas de la réalité et de l'intensité des liens affectifs qu'il aurait avec sa fille dont il vit séparé depuis 2008.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2022, M. B C, représenté par Me Jeannot, conclut :
- au rejet de la requête du préfet de Meurthe-et-Moselle ;
- à l'annulation de la décision du 14 octobre 2020 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
- à titre principal, qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " avec autorisation de travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et à titre subsidiaire, dans le même délai, qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;
- à la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1800 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que les moyens soulevés par le préfet de Meurthe-et-Moselle ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er juin 2022, la clôture d'instruction, qui était initialement fixée au 1er juin 2022 a été reportée au 7 juin 2022.
II. Par une requête enregistrée le 13 décembre 2021 sous le n° 21NC03243, le préfet de Meurthe-et-Moselle demande à la cour d'ordonner le sursis à exécution du jugement du 23 novembre 2021.
Il soutient qu'il existe en l'état de l'instruction un moyen sérieux de nature à justifier l'annulation du jugement attaqué.
M. B n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 8 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er juin 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 29 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience, dans les deux instances.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les observations de Me Jeannot, représentant M. B C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant angolais né le 13 mars 1981, est entré irrégulièrement en France, selon ses déclarations le 17 juin 2002 pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 13 mai 2004, le préfet du Bas-Rhin a octroyé à M. B C un titre de séjour d'une durée d'un an en raison de son état de santé, lequel a été reconduit jusqu'au 9 octobre 2012. En avril 2013, l'intéressé a été incarcéré au centre de détention de Toul, suite à sa condamnation par la Cour d'assises du Bas-Rhin, le 20 septembre 2012, à une peine de quatorze ans de réclusion criminelle pour des faits de viol commis sous la menace d'une arme et de vol avec violence, en récidive. Le 23 octobre 2019, il a présenté une demande de titre de séjour en raison de son état de santé aux services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle. Par une décision du 14 octobre 2020, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande. M. B C a présenté, le 22 novembre 2020, un recours gracieux contre cette décision, reçu en préfecture le 27 novembre 2020. Dans ce même courrier, il a sollicité un titre de séjour en se prévalant des dispositions des 6° et 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce recours a été implicitement rejeté par le préfet de Meurthe-et-Moselle, par une décision née le 27 mars 2021 du silence gardé par cette autorité pendant plus de quatre mois sur la demande. Par deux requêtes distinctes qu'il y a lieu de joindre, le préfet de Meurthe-et-Moselle d'une part, relève appel du jugement du 23 novembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Nancy a annulé la décision du 14 octobre 2020 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux formée le 27 mars 2021 et d'autre part, demande qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement.
Sur la requête n° 21NC03245 :
En ce qui concerne la légalité des décisions du 14 octobre 2020 et du 27 mars 2021, édictées sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
S'agissant du moyen d'annulation retenu par le tribunal administratif :
2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle appréciée par l'autorité administrative après avis du directeur général de l'agence régionale de santé, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative, après avis du médecin de l'agence régionale de santé de la région de résidence de l'intéressé, désigné par le directeur général de l'agence. () " ;
3. Il résulte de ces dispositions qu'un étranger remplissant l'une des conditions énumérées aux 1° à 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire, sous la seule réserve que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration lui oppose ce motif pour refuser de faire droit à sa demande, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
4. Pour annuler la décision du 14 octobre 2020, les premiers juges ont retenu que le préfet de Meurthe-et-Moselle avait entaché sa décision d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne mentionne pas le nom du médecin qui a rédigé le rapport médical au vu duquel il a été émis et qu'aucune autre pièce du dossier ne permet d'établir que le médecin ayant rédigé ce rapport, dont l'identité n'est pas précisée, n'a pas siégé au sein du collège de médecins.
5. Toutefois, il est constant que dans son mémoire en défense du 19 avril 2021, produit devant le tribunal administratif de Nancy, le préfet de Meurthe-et-Moselle avait, à titre subsidiaire, demandé que soit substitué au motif tiré de la méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, celui tiré de ce que la présence en France de M. B C constitue une menace à l'ordre public au sens du premier alinéa de ce même article. Or, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, entré irrégulièrement en France en juin 2002, selon ses déclarations, a été condamné, dès le 21 janvier 2003, par le tribunal correctionnel de Paris à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour vol avec destruction ou dégradation. Cette première condamnation, intervenue quelques mois seulement après l'entrée de l'intéressé sur le territoire français, a été suivie de sept autres condamnations, dont cinq ont été prononcées par le tribunal correctionnel de Strasbourg. Ainsi, le 3 juin 2005, il a été condamné à quatre mois d'emprisonnement pour escroquerie, détention frauduleuse et usage de faux documents administratifs, le 12 novembre 2007 à trois mois d'emprisonnement pour des faits de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, conduite sans permis et vol, le 12 novembre 2007 à deux mois d'emprisonnement pour prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui, le 9 septembre 2008 à trois mois d'emprisonnement pour conduite de véhicule sans permis et le 10 juillet 2009 à une condamnation de quatre mois d'emprisonnement pour conduite de véhicule sans permis, en récidive. Le 16 décembre 2008, il a également été condamné par le tribunal correctionnel de Bobigny à quatre mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant dix-huit mois pour récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, conduite sans permis. Enfin, comme indiqué au point 1 du présent arrêt, le 20 septembre 2012, M. B C a été condamné par la cour d'assises du Bas-Rhin à quatorze ans de réclusion criminelle pour des faits de viol commis sous la menace d'une arme et vol avec violence, en état de récidive. Dans ces conditions, eu égard à la succession et à la gravité croissante des faits qui ont donné lieu à ces huit condamnations, dont la dernière a été prononcée en 2012, date de son incarcération, la présence de M. B C constitue une menace à l'ordre public au sens de l'article L. 313-11 précité, justifiant le refus de titre en litige, nonobstant ses efforts en détention, sa réduction de peine de cinquante-trois mois et la circonstance qu'il poursuit l'indemnisation des parties civiles. Il ressort des pièces du dossier que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce seul motif. M. B C n'étant privé d'aucune garantie procédurale liée au motif substitué, il y a lieu de faire droit à la substitution de motif demandée par le préfet de Meurthe-et-Moselle.
6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de Meurthe-et-Moselle est fondé à soutenir que c'est à tort que pour annuler la décision portant refus de séjour du 14 octobre 2020 prise à l'encontre de M. B C et la décision implicite née le 27 mars 2021 de rejet de son recours gracieux dirigé contre cette décision, le tribunal administratif de Nancy a retenu le moyen cité au point 4 du présent arrêt sans procéder à la substitution de motif qu'il avait sollicitée en défense.
7. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. B C contre cette décision.
S'agissant des autres moyens :
8. En premier lieu, la décision du 14 octobre 2020 refusant de délivrer un titre de séjour à M. B C est signé par M. D A, directeur de la citoyenneté et de l'action locale, auquel le préfet de Meurthe-et-Moselle établit avoir délégué sa signature aux fins de signer la décision en litige par un arrêté en date du 24 août 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision du 14 octobre 2020 que le préfet de Meurthe-et-Moselle n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B C. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En troisième lieu, M. B ne saurait utilement invoquer, au soutien de la contestation des décisions du 14 octobre 2020 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cette décision, prises sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 33-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la méconnaissance des dispositions des 6° et 7° du même article dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, notamment du recours gracieux de l'intéressé daté du 22 novembre 2020, que ce n'est qu'à l'occasion de ce recours gracieux, dirigé contre la décision du 14 octobre 2020, qu'il a formé une demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions en se prévalant de ce qu'il est parent d'une enfant française et de la relation qu'il entretient avec sa compagne qu'il aurait rencontrée en 2016. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
En ce qui concerne la légalité de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour formée sur le fondement des 6° et 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
S'agissant du moyen d'annulation retenu par le tribunal administratif :
11. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".
12. Pour annuler la décision en litige, les premiers juges ont retenu que le requérant apporte la preuve qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille, qu'il justifie avoir noué une relation sérieuse avec sa compagne et que son comportement ne constituait pas, à la date du refus de titre de séjour litigieux, une menace réelle et actuelle pour l'ordre public justifiant la décision prise par le préfet de Meurthe-et-Moselle. Ils en ont déduit que le préfet ne pouvait pas lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des 6° et 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Toutefois, pour les mêmes raisons que celles indiquées aux points 5 du présent arrêt, le préfet de Meurthe-et-Moselle est fondé à soutenir que la présence de M. B C constitue une menace pour l'ordre public au sens des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui fait obstacle, pour ce seul motif, à la délivrance du titre de séjour sollicité par l'intéressé sur le fondement des dispositions du 6° et du 7° de ce même article. Au demeurant, si l'intéressé se prévaut de l'intensité des liens qu'il aurait avec sa fille, de nationalité française, il n'en justifie pas par les pièces qu'il produit, consistant en des attestations de versements d'argent à la mère de son enfant jusqu'en 2017, des tickets de caisse anonymes datés de 2017 et 2018 ainsi que les attestations de sa fille, de la mère de son enfant et de sa cousine, qui ne sauraient être regardés, dans les circonstances de l'espèce, comme des documents suffisamment probants. Par ailleurs, contrairement à ce qu'on retenu les premiers juges, M. B C, par les pièces qu'il verse aux débats, ne justifie pas de l'ancienneté et de l'intensité de la relation qu'il entretiendrait avec sa nouvelle compagne, rencontrée en 2016 alors qu'il était déjà en détention.
14. Il résulte de ce qui précède que le préfet de Meurthe-et-Moselle est fondé à soutenir que c'est à tort que pour annuler la décision implicite en litige, les premiers juges ont retenu les moyens cités au 12 du présent arrêt.
15. Il appartient toutefois à la cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. B C contre cette décision implicite.
S'agissant des autres moyens :
16. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
17. M. B C fait valoir la durée de son séjour en France depuis son entrée en 2002, soit dix-neuf ans. Toutefois, en raison des huit condamnations évoquées au point 5 du présent arrêt, l'intéressé a été incarcéré seize années sur ces dix-neuf ans de séjour en France. Pour cette raison, il ne justifie d'aucune intégration dans la société française. En outre, comme indiqué au point 13 du présent arrêt, si l'intéressé fait valoir l'intensité de ses liens avec sa fille, de nationalité française, il n'en justifie pas par les pièces qu'il produit, ni ne démontre l'ancienneté et l'intensité de la relation qu'il entretiendrait avec sa compagne. En outre, M. B C n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt et un ans. Par suite, doit être écarté le moyen tiré de ce que la décision en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait par suite les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation du requérant.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
19. Pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 13 du présent arrêt, M. B C, qui ne démontre pas l'intensité du lien qu'il entretiendrait avec sa fille, dont il est séparé depuis 2008, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Meurthe-et-Moselle a méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
20. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la régularité du jugement, que le préfet de Meurthe-et-Moselle est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nancy a annulé la décision implicite de rejet de la demande de M. B C formée sur le fondement des dispositions du 6° et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la requête n° 21NC03243 :
21. Par le présent arrêt, la cour se prononce sur l'appel du préfet de Meurthe-et-Moselle contre le jugement du 23 novembre 2021. Par suite, les conclusions de la requête n° 21NC03243 aux fins de sursis à exécution de ce jugement sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les frais liés à l'instance :
22. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou à défaut la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
23. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans l'instance n° 21NC03245, la partie perdante, le versement de la somme que le conseil de M. B C demande au titre des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis à exécution présentées par le préfet de Meurthe-et-Moselle dans la requête n° 21NC03243.
Article 2 : Le jugement n° 2100595 du 23 novembre 2021 du tribunal administratif de Nancy est annulé.
Article 3 : La demande présentée par M. B C devant le tribunal administratif de Nancy est rejetée.
Article 4: Les conclusions de M. B C tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et à M. F B C.
Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laubriat, président,
Mme Stenger, première conseillère,
Mme Lambing, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
L. ELe président,
signé
A. Laubriat
La greffière,
signé
D. Fritz
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D. Fritz
21NC03243 - 21NC03245
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026