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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00381

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00381

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00381
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantANNIE LEVI-CYFERMAN - LAURENT CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2021 par lequel la préfète de la Meuse a, d'une part, confirmé la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 6 juillet 2020, d'autre part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assignée à résidence dans le département de la Meuse pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2100395 du 20 avril 2021, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 15 février 2022, Mme B, représentée par Me Levi-Cyferman, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 20 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Meuse de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

- le jugement attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

-le tribunal a omis de statuer sur le moyen tiré du défaut d'examen ;

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 28 juin 2019, accompagnée de son époux et de leurs trois enfants, afin de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 novembre 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 février 2020. Par des arrêtés des 13 mars et 6 juillet 2020, la préfète de la Meuse a refusé d'admettre au séjour les époux B et leurs enfants, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. Le 28 juillet 2020, Mme B a sollicité une autorisation provisoire de séjour en se prévalant de l'état de santé de sa fille. Par un arrêté du 18 janvier 2021, la préfète de la Meuse a refusé de l'admettre au séjour, a confirmé la mesure d'éloignement prononcée en juillet 2020, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme B fait appel du jugement du 20 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué:

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à tous les arguments avancés par les parties, ont répondu, avec une motivation suffisante, à l'ensemble des moyens soulevés par la requérante, y compris celui tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le jugement serait, pour ces motifs, entaché d'irrégularité.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

5. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que pour refuser d'admettre Mme B au séjour, l'obliger à quitter le territoire français, fixer le pays de renvoi, lui interdire de revenir en France pendant une durée d'un an et l'assigner à résidence, la préfète de la Meuse, après avoir visé les stipulations et dispositions applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rappelé le parcours personnel et administratif de l'intéressée, notamment qu'elle a déclaré être entrée en France le 28 juin 2019 avec son époux et leurs trois enfants, qu'elle a été déboutée de sa demande d'asile, qu'elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 6 juillet 2020 et qu'elle s'est maintenue irrégulièrement en France au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été imparti. La préfète a également précisé que Mme B n'était présente que depuis 18 mois sur le territoire français à la date de la décision attaquée, que sa famille se trouve dans une situation précaire et que son époux fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé. Cette motivation révèle par ailleurs que la préfète a procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen ne sauraient qu'être écartés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11, ou à l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ".

7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, et le cas échéant des pièces qu'il a sollicitées.

8. Il ressort des pièces du dossier que les médecins du collège de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dans leur avis du 21 septembre 2020, ont estimé que l'état de santé de la fille de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle était originaire, elle pouvait y bénéficier d'un traitement approprié et qu'elle pouvait y voyager sans risque.

9. Pour contester cet avis, Mme B fait valoir que sa fille souffre d'une épilepsie réfractaire à crises focales et des troubles autistiques pour lesquels elle bénéficie d'un traitement associant le Keppra et le Vimpat, ces derniers étant les seuls médicaments à réduire la fréquence de ses crises. Elle ajoute qu'en cas de retour dans son pays d'origine, sa fille ne pourra plus bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé, le Vimpat n'étant pas commercialisé en Albanie. Si Mme B fournit une attestation et un certificat médical d'un médecin de l'hôpital régional de Shkoder indiquant que le produit pharmaceutique " Vimpat " n'est pas disponible en Albanie, ils n'établissent pas que sa fille ne pourrait pas bénéficier d'un traitement de substitution. S'il ressort des certificats médicaux que le Vimpat a permis de réduire la fréquence des crises d'épilepsie dont souffre la fille de la requérante, ces documents, notamment le compte rendu de consultation du 9 avril 2021, en l'absence de tout élément circonstancié, ne suffisent pas à démontrer qu'aucun autre médicament ne pourrait être utilement substitué au Vimpat en association avec d'autres antiépileptiques. Ces documents ne sont donc pas de nature à remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'OFII quant à la possibilité d'accéder en Albanie au traitement que l'état de santé de la fille de la requérante requiert. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, d'une part, si Mme B se prévaut des dispositions nouvelles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle doit être regardée comme se prévalant des dispositions anciennes de l'article L. 313-11 7° du même code, alors applicables à la date de l'arrêté litigieux. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa demande d'admission au séjour était fondée sur ces dispositions. Le préfet n'ayant pas apprécié son droit au séjour sur ce fondement, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

11. En quatrième et dernier lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. La requérante se prévaut de la présence en France de son époux et de leurs trois enfants qui sont scolarisés. Elle soutient également que sa fille souffre de crises épileptiques et de troubles autistiques, que les caractéristiques du système de santé en Albanie ne lui permettent pas de l'y faire soigner, que cette enfant bénéficie d'un traitement approprié en France et que cette prise en charge est indispensable. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté contesté, Mme B n'était présente en France que depuis moins de deux ans. Par ailleurs, son époux se maintient également en situation irrégulière sur le territoire national. D'autre part, si les enfants de A B sont scolarisés en France, il n'est pas établi qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par ailleurs, il n'est pas démontré que sa fille ne pourrait bénéficier du suivi médical qui lui est nécessaire en Albanie. Dans ces conditions, la préfète de la Meuse ne peut être regardée comme ayant porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale ainsi qu'à l'intérêt supérieur de ses enfants une atteinte manifestement disproportionnée au regard des buts en vue desquels l'arrêté contesté a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.

Copie en sera adressée à la préfète de la Meuse.

Fait à Nancy, le 20 octobre 2022.

Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La Greffière en Chef,

I. STOLL

22NC00381

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