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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC01338

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC01338

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC01338
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantLAMLIH EL MEKKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2201083 du 28 avril 2022, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées respectivement le 24 mai et le 16 septembre 2022, M. A, représenté par Me Lamlih, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 28 avril 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la régularité du jugement :

- la minute du jugement ne comporte pas les signatures exigées par l'article R. 741-7 du code de justice administrative ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un courrier reçu à la cour le 2 juin 2022, M. A, a informé la cour qu'il renonçait à solliciter le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain, est entré sur le territoire français selon ses déclarations au cours de l'année 2016. Le 16 août 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 29 novembre 2021, la préfète du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A fait appel du jugement du 28 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le jugement attaqué a été signé par le président-rapporteur de la formation de jugement, la première conseillère et la greffière d'audience, et qu'il est ainsi conforme aux dispositions précitées. La circonstance que l'ampliation du jugement qui a été notifiée à M. A ne comporte pas ces signatures est sans incidence sur la régularité de ce jugement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 741-7 du code de justice administrative ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, la préfète du Bas-Rhin, après avoir visé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que le requérant ne joignait aucun document permettant d'apprécier sa date d'entrée en France et ne démontrait pas disposer d'un visa de long séjour et qu'ainsi, il ne pouvait se prévaloir des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain pour l'octroi d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". La préfète a ajouté que si l'intéressé ne pouvait se prévaloir, en raison de sa nationalité, de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande devait être examinée dans le cadre du pouvoir général d'appréciation du préfet, que les énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 ne constituaient pas des lignes directrices mais de simples orientations générales, et que selon l'avis du service de la main d'œuvre étrangère du 25 mars 2021, la situation de l'emploi est opposable à la demande de l'intéressé en application du 1° de l'article R. 5221-20 du code du travail. La préfète a indiqué que si M. A faisait valoir qu'il maîtrisait parfaitement la langue française, il ressortait du compte-rendu du 28 octobre 2019 de l'hôpital de Villefranche-sur-Saône qu'il ne travaillait pas, qu'il était en recherche d'emploi et que l'interrogatoire pour son admission à l'hôpital a été réalisée par l'intermédiaire d'un ami en charge de la traduction, et, enfin, qu'il ne justifiait pas d'intégration suffisante. Enfin, la préfète a précisé que le requérant n'établissait pas avoir des liens privés et familiaux en France et que ses parents résidaient au Maroc de telle sorte qu'il n'était pas isolé dans son pays d'origine et qu'ainsi, le refus de délivrance d'un titre de séjour ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Si le requérant soutient que la préfète ne démontre pas avoir pris en compte sa situation dans toutes ses circonstances factuelles, notamment dès lors que l'arrêté en litige ne fait pas mention de ce qu'il a indiqué vivre en concubinage, la déclaration de vie commune qu'il produit, datée du 15 décembre 2021, est postérieure à la date de l'arrêté contesté, de telle sorte que l'intéressé n'établit pas avoir informé la préfète de cette situation avant qu'elle n'édicte sa décision. Il résulte de ce qui précède qu'il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen ne peuvent qu'être écartés.

6. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Portant sur la délivrance des catégories de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui "

7. Le requérant se prévaut de sa durée de séjour en France, de son insertion dans la société française, notamment par le travail, et de sa relation avec sa concubine. Toutefois, en premier lieu, s'il soutient vivre en France depuis l'année 2016, il n'a sollicité son admission au séjour qu'au bout de quatre années de résidence déclarée sur le territoire. M. A se prévaut également de son mariage avec une ressortissante française et produit une attestation de vie commune datée du 15 décembre 2021 indiquant que le couple a déclaré vivre en union libre depuis le 11 novembre 2021, ainsi que la copie d'un extrait d'acte de mariage daté du 10 septembre 2022. Ces documents, qui, au demeurant, ont été établis postérieurement à la date de l'arrêté contesté, indiquent que la relation de M. A avec celle qui allait devenir son épouse datait de seulement dix-huit jours à cette même date. Ils ne permettent donc pas d'établir la réalité, l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de cette relation à la date de l'arrêté contesté. M. A ne fait mention d'aucune autre attache en France alors qu'il ressort de ses déclarations auprès des services préfectoraux le 22 février 2021 que ses parents et les quatre membres de sa fratrie résident au Maroc, de telle sorte qu'il n'est pas isolé dans son pays d'origine. Par ailleurs, s'il justifie avoir occupé un emploi à durée déterminée en qualité de chargé de mission au sein de la société Renov Ascenseurs du 2 janvier 2016 au 28 février 2016 et avoir été embauché au sein de la société TEOLINE à compter du 1er juillet 2019 en qualité de chauffeur-livreur jusqu'au 30 juin 2020 sous couvert d'un contrat à durée indéterminée, il était démuni d'autorisation de travail, de telle sorte qu'il ne peut se prévaloir d'aucune expérience professionnelle exercée légalement en France. Si M. A produit également une demande d'autorisation de travail datée du 29 juin 2020 pour la poursuite de son emploi au sein de la société TEOLINE, une promesse d'embauche pour un poste de conducteur de machine d'impression au sein de l'association Drugstore datée du 30 juillet 2020 ainsi qu'une promesse d'embauche émanant de la société S'COIFF datée du 26 février 2021 pour un poste de coiffeur à durée déterminée, il ne justifie d'aucune qualification professionnelle dans ces secteurs et n'établit pas qu'il lui serait impossible d'obtenir de tels emplois dans son pays d'origine. Le requérant ne produit aucun autre élément susceptible d'établir qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts en France. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'établit pas l'existence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, la préfète du Bas-Rhin ne peut être regardée comme ayant porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 15 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

D. Fritz

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