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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC01352

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC01352

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC01352
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSEGAUD JULIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 par lequel le préfet des Ardennes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un jugement n° 2200651 du 23 mai 2022, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2022, M. A, représenté par Me Segaud-Martin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 23 mai 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2022 ;

3°) de prononcer la suspension de l'arrêté du 24 février 2022 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français ;

4°) de prononcer son maintien sur le territoire français ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est illégal dès lors qu'il bénéficiait d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 9 mai 2022 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy en date du 16 décembre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant nigérian, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 3 juillet 2020 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 octobre 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 février 2022. Par un arrêté du 24 février 2022, le préfet des Ardennes lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A fait appel du jugement du 23 mai 2022 par lequel le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la demande tendant à l'annulation de l'arrêté contesté :

3. En premier lieu, M. A reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés par le premier juge, le moyen tiré de l'illégalité de l'arrêté en ce qu'il bénéficiait d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 9 mai 2022. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus, à juste titre, par le premier juge.

4. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En outre, pour apprécier l'atteinte à la vie privée et familiale, il y a lieu de prendre en considération la durée et l'intensité des liens familiaux dont la personne se prévaut. En l'espèce, M. A soutient qu'il séjourne depuis deux ans en France avec son épouse et ses enfants, qu'il est parfaitement intégré au sein de la société française et qu'il ne dispose plus d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré en France, selon ses déclarations, le 3 juillet 2020 et n'était donc présent sur le territoire français, à la date de la décision attaquée, que depuis moins de deux ans. D'autre part, l'intéressé ne démontre pas qu'il séjourne sur le territoire national avec son épouse et ses enfants alors même qu'il ressort des pièces du dossier, principalement d'une attestation de versement de l'allocation pour demandeur d'asile établie le 18 mars 2022 et d'une attestation d'hébergement pour demandeur d'asile établie le 21 mars 2022, qu'il réside seul en France. Enfin, M. A ne démontre pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, par la décision litigieuse, le préfet des Ardennes aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la demande tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté :

6. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".

7. Il est constant que la Cour nationale du droit d'asile a, par une décision lue en audience publique le 21 février 2022, rejeté le recours formé par M. A à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 21 octobre 2021 rejetant sa demande d'asile. Par suite, les conclusions du requérant tendant, en application des dispositions précitées de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français prises à son encontre jusqu'à la lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, étaient, à la date de l'introduction de la requête, dépourvues d'objet et doivent dès lors être rejetées comme irrecevables.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet des Ardennes.

Fait à Nancy, le 19 janvier 2023.

Le président désigné,

Signé : A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

M. C

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