mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC01649 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELAS DEVARENNE ASSOCIES GRAND EST |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler le certificat d'urbanisme négatif qui lui a été délivré le 14 novembre 2019 au nom de l'Etat par le maire de la commune de Parey-Saint-Césaire.
Par un jugement n° 2000137 du 28 avril 2022, le tribunal administratif de Nancy a annulé ce certificat d'urbanisme.
Procédure devant la cour :
Par un recours, enregistré le 28 juin 2022, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires demande à la cour d'annuler ce jugement.
Il soutient que :
- c'est à tort que le tribunal n'a pas opposé la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été notifiée à l'intéressé par remise en mains propres le 14 novembre 2019 ;
- le tribunal a fait une inexacte application de l'article L. 111-4 2° du code de l'urbanisme en considérant que la construction envisagée était nécessaire à l'exploitation agricole ; la nécessité de la présence permanente de l'exploitant sur la parcelle agricole n'est pas établie, compte tenu notamment de la proximité de sa résidence ; en outre, l'intéressé envisage de cesser son exploitation d'ici quelques années.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, M. A, représenté par la Selas Devarenne Associés Grand-Est, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la tardiveté de la requête de première instance ne peut être retenue ; la date de notification de la décision attaquée n'est pas établie de manière certaine dès lors qu'elle n'est pas indiquée en marge de la mention " remis en mains propres " ; l'attestation émise ultérieurement par le maire constitue une preuve à soi-même qui n'est pas probante ;
- c'est à bon droit que le tribunal a retenu que les caractéristiques de son exploitation, l'élevage de vaches laitières et reproductrices, exigeaient sa présence permanente sur place, alors même qu'il réside actuellement à 750 mètres de son exploitation ; il doit en effet être présent jour et nuit pour les vêlages qui ont lieu toute l'année ; le robot de traite qu'il utilise exige également une surveillance permanente ; il n'a, enfin, aucune intention de prendre sa retraite.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bauer,
- les conclusions de M. Marchal, rapporteur public,
- et les observations de Me Jacquemin, substituant Me Devarenne, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, exploitant agricole dans la commune de Parey-Saint-Césaire, a sollicité la délivrance d'un certificat d'urbanisme pour vérifier la faisabilité d'un projet de construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée ZA n° 104 où se trouve son exploitation. Par une décision du 14 novembre 2019, le maire de la commune a délivré, au nom de l'Etat, un certificat d'urbanisme déclarant non réalisable cette opération. Par un jugement du 28 avril 2022, dont le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires relève appel, le tribunal administratif de Nancy a annulé ce certificat d'urbanisme.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.
3. Le ministre soutient que le tribunal a commis une erreur de droit en n'opposant pas à M. A une fin de non-recevoir tirée de la forclusion de sa requête enregistrée le 17 janvier 2020, plus de deux mois après la notification de la décision en cause le jour de son édiction, le 14 novembre 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse a été notifiée à l'intéressé par remise en mains propres, en méconnaissance d'ailleurs des dispositions combinées des articles R. 410-8, R. 410-16 et R. 423-46 du code de l'urbanisme, sans que la date de cette remise ne soit mentionnée sur ladite décision. Le seul certificat administratif du maire de la commune de Parey-Saint-Césaire en date du 18 mars 2022, aux termes duquel ce dernier atteste avoir remis à M. A le certificat d'urbanisme négatif en litige le 14 novembre 2019, ne peut être regardé comme suffisamment probant, alors en outre que si, dans cette même attestation, le maire indique avoir retourné le certificat d'urbanisme ainsi signé par le pétitionnaire le même jour à la direction départementale des territoires, il n'a pas jugé bon, comme l'a soulevé à juste titre le tribunal, de le produire en première instance et ce document n'est pas davantage produit à hauteur d'appel. Dans ces conditions, le ministre n'établit pas la notification de la décision attaquée le 14 novembre 2019. C'est donc à bon droit que le tribunal n'a pas retenu la forclusion de la requête.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. / Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. / () ". Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Aux termes de l'article L. 111-4 du même code : " Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / () 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national. / () ". Il résulte de ces dispositions que, dans les communes dépourvues de tout plan d'urbanisme ou de carte communale, comme en l'espèce, la règle de constructibilité limitée n'autorise, en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, que les constructions et installations nécessaires, notamment, à l'exploitation agricole. Ce lien de nécessité, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projetée. Il s'ensuit que la seule qualité d'exploitant agricole du pétitionnaire ne suffit pas à caractériser un tel lien. Lorsque la construction envisagée est à usage d'habitation, il convient d'apprécier le caractère indispensable de la présence permanente de l'exploitant sur l'exploitation au regard de la nature et du fonctionnement des activités de l'exploitation agricole.
5. Le ministre soutient que le tribunal a fait une inexacte application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme en considérant que la construction envisagée était nécessaire à l'exploitation agricole, la nécessité de la présence permanente de l'exploitant sur la parcelle agricole n'étant pas établie, compte tenu notamment de la proximité de sa résidence de l'exploitation.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A exerce, par l'intermédiaire de l'EARL du Rouau dont il est le seul associé, une activité d'élevage de vaches laitières et reproductrices, qui sont au nombre d'environ 140. Il n'est pas sérieusement contesté que cette activité d'éleveur - naisseur exige une présence permanente de l'exploitant sur le site pour les vêlages qui ont lieu toute l'année. M. A justifie également de l'acquisition d'un robot de traite, permettant une traite en libre-service à l'initiative des animaux à toute heure, requérant là aussi sa présence constante sur place pour parer à tout problème technique, compte tenu des risques induits par la machine pour les animaux en cas de fonctionnement défectueux. Alors même qu'il est actuellement domicilié, en location, à Parey-Saint-Césaire à environ 750 mètres de son exploitation, M. A doit ainsi être regardé comme justifiant que la construction à usage d'habitation qu'il projette de réaliser est nécessaire à son exploitation agricole. Si le ministre fait enfin valoir que l'intéressé envisagerait de prendre sa retraite à brève échéance, ce qui remettrait en cause la nécessité de la construction envisagée, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est engagé à poursuivre son activité au moins jusqu'en 2031. C'est donc à bon droit que le tribunal a considéré qu'en délivrant au requérant un certificat d'urbanisme négatif, le maire de la commune de Parey-Saint-Césaire a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans les circonstances de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à M. A.
D EC I D E :
Article 1er : La requête du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires est rejetée.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à M. B A, à la commune de Parey-Saint-Césaire.
Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wurtz, président,
Mme Bauer, présidente-assesseure,
M. Meisse, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé :S. BAUER
Le président,
Signé : Ch. WURTZ Le greffier,
Signé : F. LORRAIN
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier :
F. LORRAIN
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026