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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC02448

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC02448

mardi 27 décembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC02448
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSCP IOCHUM GUISO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Jet 51 a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler la décision du 6 juillet 2021 par laquelle le directeur départemental des territoires du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un agrément relatif à l'initiation et à la randonnée encadrée en véhicule nautique à moteur sur le Rhin, ensemble la décision du 19 novembre 2021 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a rejeté son recours hiérarchique formé contre cette décision et d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un agrément dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir.

Par un jugement n° 2108896 du 26 juillet 2022, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé ces décisions et a enjoint à la direction départementale des territoires du Bas-Rhin de délivrer à la société Jet 51 un agrément relatif à l'initiation et à la randonnée encadrée en véhicule nautique à moteur sur le Rhin dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2022 le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires demande à la cour, sur le fondement des dispositions de l'article R. 811-15 de prononcer le sursis à exécution de ce jugement du tribunal administratif de Strasbourg :

Il soutient que :

- c'est à tort que le tribunal a estimé qu'en considérant par principe que les clients de la société ne seront pas détenteurs de l'une des qualifications requises, l'autorité administrative a entaché ses décisions d'une erreur de droit alors que le gérant de la société s'est présenté comme le seul détenteur d'un diplôme de moniteur et d'un titre de conduite, et en l'absence d'éléments attestant que les futurs stagiaires allaient disposer de ces titres, elle ne pouvait que refuser la demande d'agrément.

- les autres moyens ne sont pas fondés, le décret n° 200761167 du 2 août 2007 et l'arrêté du 1er avril 2008 ne prennent pas en compte les spécificités de la navigation sur le Rhin.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, la société Jet 51 conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de l'Etat ne sont pas sérieux et les éléments avancés ne sont pas de nature à fonder le refus d'agrément.

Vu :

- la requête n° 22NC02447, enregistrée au greffe de la cour le 27 septembre 2022, par laquelle le ministre de la transition écologique et de la cohésion du territoire a demandé l'annulation du même jugement ;

- la lettre du 18 novembre 2022 de la société Jet 51 acceptant le principe d'une médiation ;

- la lettre du 14 décembre 2022 du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires refusant la médiation ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention révisée pour la navigation sur le Rhin du 17 octobre 1868 ;

- le règlement de police pour la navigation sur le Rhin ;

- le code des transports ;

- l'arrêté interpréfectoral du 11 juillet 2016 portant sur des mesures temporaires de modification des conditions de la navigation liées à l'autorisation de la pratique du ski nautique et de la pratique d'équipements tractés par bateau entre les PK 171,00 et 352,07 sur le secteur franco-allemand du Rhin ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Wallerich, président,

- les observations de Me Hurault, pour la société Jet 51.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fins de sursis :

1. Par un jugement du 26 juillet 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé la décision du 6 juillet 2021 par laquelle le directeur départemental des territoires du Bas-Rhin a refusé de délivrer à la société jet 51 un agrément relatif à l'initiation et à la randonnée encadrée en véhicule nautique à moteur sur le Rhin, ensemble la décision du 19 novembre 2021 par laquelle la préfète du Bas-Rhin a rejeté son recours hiérarchique formé contre cette décision et a enjoint à la direction départementale des territoires du Bas-Rhin de délivrer à la société Jet 51 un agrément relatif à l'initiation et à la randonnée encadrée en véhicule nautique à moteur sur le Rhin dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires demande le sursis à exécution de ce jugement.

2. Aux termes, d'autre part, de l'article R. 811-15 du code de justice administrative : " Lorsqu'il est fait appel d'un jugement de tribunal administratif prononçant l'annulation d'une décision administrative, la juridiction d'appel peut, à la demande de l'appelant, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l'appelant paraissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement ". Aux termes de l'article R. 811-17 du même code : " Dans les autres cas, le sursis peut être ordonné à la demande du requérant si l'exécution de la décision de première instance attaquée risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables et si les moyens énoncés dans la requête paraissent sérieux en l'état de l'instruction ". Aux termes de l'article R. 222-25 du code de justice administrative :

" Les affaires sont jugées soit par une chambre siégeant en formation de jugement, soit par une formation de chambres réunies, soit par la cour administrative d'appel en formation plénière, qui délibèrent en nombre impair. / Par dérogation à l'alinéa précédent, le président de la cour ou le président de chambre statue en audience publique et sans conclusions du rapporteur public sur les demandes de sursis à exécution mentionnées aux articles R. 811-15 à R. 811-17 ".

3. Aux termes de l'article L. 4261-1 du code des transports : " La navigation du Rhin est régie : 1° Par la convention internationale signée à Mannheim le 17 octobre 1868 pour la navigation du Rhin et les règlements pris pour son application par la Commission centrale pour la navigation du Rhin ; 2° Et, en tant qu'elles n'y sont pas contraires, par les dispositions du présent livre ". Aux termes de l'article 1.02 du règlement de police pour la navigation sur le Rhin, pris pour l'application de la convention internationale de Mannheim du 17 octobre 1868 : " Tout bâtiment ainsi que tout matériel flottant doit être placé sous l'autorité d'une personne ayant l'aptitude nécessaire à cet effet. Cette personne est appelée ci-après "conducteur". Le conducteur est réputé avoir l'aptitude requise lorsqu'il est titulaire d'une patente du Rhin pour le type et les dimensions du bâtiment qu'il conduit et pour le secteur qu'il parcourt, d'un autre certificat de conduite admis en vertu du Règlement relatif au personnel de la navigation sur le Rhin ou d'un certificat de conduite reconnu équivalent en vertu du Règlement relatif au personnel de la navigation sur le Rhin, pour le type et les dimensions du bâtiment qu'il conduit. Pour les certificats reconnus équivalents, il doit en outre posséder sur certains secteurs l'attestation de connaissances de secteur exigée en vertu du Règlement relatif au personnel de la navigation sur le Rhin. Si plusieurs conducteurs sont prescrits pour un bâtiment conformément au Règlement relatif au personnel de la navigation sur le Rhin, seul le conducteur sous l'autorité duquel le bâtiment est placé doit posséder l'attestation de connaissances de secteur pour le secteur concerné ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté interpréfectoral du 11 juillet 2016 portant sur des mesures temporaires de modification des conditions de la navigation liées à l'autorisation de la pratique du ski nautique et de la pratique d'équipements tractés par bateau entre les PK 171,00 et 352,07 sur le secteur franco-allemand du Rhin : " La circulation et l'évolution des véhicules nautiques à moteur sont autorisées sur le secteur de Erstein-Plobsheim / Meissenheim entre les PK 275,0 et 276,8 du Rhin Canalisé, bief de Strasbourg sous condition du strict respect du règlement de police pour la navigation du Rhin ".

4. Le moyen énoncé dans la requête tiré de ce que c'est à tort que le tribunal a estimé qu'en considérant par principe que les clients de la société ne seront pas détenteurs de l'une des qualifications requises, l'autorité administrative a entaché ses décisions d'une erreur de droit alors que le gérant de la société s'est présenté comme le seul détenteur d'un diplôme de moniteur et d'un titre de conduite, et en l'absence d'éléments attestant que les futurs stagiaires allaient disposer de ces titres, elle ne pouvait que refuser la demande d'agrément et le moyen tiré de ce que le décret n° 200761167 du 2 août 2007 et l'arrêté du 1er avril 2008 ne prennent pas en compte les spécificités de la navigation sur le Rhin paraissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement.

5. En conséquence, il y a lieu de faire droit à la requête du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 26 juillet 2022.

6. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par la société Jet 51 contre l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Jusqu'à ce qu'il ait été statué sur le fond de l'instance n° 22NC02447, il sera sursis à l'exécution du jugement n° 2108896 du 26 juillet 2022 du tribunal administratif de Strasbourg.

Article 2 : Les conclusions de la société Jet 51 tendant au bénéfice des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la Société Jet 51.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 décembre 2022.

Le président-rapporteur,La greffière,

Signé : M. A : S. Robinet

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Firmery

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