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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC02608

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC02608

mardi 16 juillet 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC02608
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation4ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSELARL GUITTON & GROSSET BLANDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 6 janvier 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Mme B épouse A a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 28 février 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Par un jugement nos 2200379, 2200815 du 22 septembre 2022 le tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 22 octobre 2022, M. et Mme A, représentés par Me Grosset, demandent à la cour, chacun en ce qui les concerne :

1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de sursoir à statuer dans l'attente de la décision du bureau d'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nancy ;

3°) d'annuler les décisions du 6 janvier et du 28 février 2022 ;

4°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de leur délivrer à chacun un titre de séjour ou, à tout le moins, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à leur conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- les décisions sont signées par une autorité incompétente ;

- les décisions ont été prises au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'il est constant qu'ils résident habituellement en France depuis plus de dix ans ;

- les décisions sont insuffisamment motivées et révèlent que le préfet s'est cru lié à tort par les avis de l'Office de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- les décisions ont été prises au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin qui a réalisé le rapport médical n'aurait pas siégé au sein du collège médical, ni que les avis auraient été rendus à l'issue d'une délibération collégiale, ni que les médecins auraient été régulièrement désignés ;

- les décisions ont été prises en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- les décisions sont entachées d'erreur d'appréciation en ce qui concerne la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à leur état de santé ;

- les décisions méconnaissent l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle conclut au rejet de la requête.

Il s'en remet à ses écritures de première instance

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313 23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Picque, première conseillère,

- et les observations de M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, ressortissants arméniens nés respectivement en 1949 et 1952, sont entrés en France le 5 décembre 2011 pour solliciter la qualité de réfugié. Après le rejet de leurs demandes d'asile, ils ont bénéficié chacun d'autorisations de séjour en raison de leur état de santé. Le 19 novembre 2019, à la suite du rejet de leurs dernières demandes de renouvellement, ils ont chacun déposé une nouvelle demande de titre de séjour en raison de leur état de santé. Par décision du 6 janvier 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de délivrer une carte temporaire de séjour à M. A. Par décision du 28 février 2022, le préfet a refusé de délivrer une carte temporaire de séjour à Mme A. Chacun en ce qui les concerne, ils relèvent appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire et les conclusions à fin de sursis à statuer :

2. Les époux A ne justifiant pas avoir introduit des demandes devant le bureau d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de se prononcer sur leurs demandes d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, ni de surseoir à statuer.

Sur les décisions de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, les requérants reprennent en appel sans apporter d'élément nouveau, ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés en premier instance, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées, de la méconnaissance du droit d'être entendu, de l'insuffisance de motivation et de l'erreur de droit qu'aurait commise le préfet en s'estimant à tort lié par les avis de l'OFII. Il ressort des pièces du dossier qu'il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 3 à 6 et 12 du jugement.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". L'article R. 425-13 de ce code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. D'une part, les dispositions citées au point 4, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

6. Il ressort des avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 17 juin 2020 que, pour chaque dossier, le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège. Par ailleurs, les six médecins qui ont examiné les situations respectives de M. et Mme A, ont été régulièrement désignés pour siéger au collège des médecins à compétence nationale de l'OFII par une décision de son directeur général du 18 novembre 2019, publiée sur le site de l'office. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de l'irrégularité des avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en ce qu'ils ne résulteraient pas d'un débat collégial doit être écarté.

7. D'autre part, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

8. Dans ses avis du 17 juin 2020, le collège des médecins de l'OFII a indiqué que si l'état de santé des requérants nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'un exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont ils sont originaires, ils peuvent y bénéficier effectivement d'un traitement. Les documents médicaux relatifs à leur état de santé produits par les époux A ne comportent pas de précision sur les soins disponibles en Arménie et ne permettent pas d'établir qu'ils ne pourraient bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Le moyen tiré d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui résulte seulement d'une appréciation de l'état de santé de l'intéressé, sauf dans l'hypothèse où le préfet examine si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement ou qu'il vérifie que sa décision ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale.

11. Il ressort des pièces du dossier et en particulier des motifs des décisions de refus de titre de séjour en litige que le préfet, saisi de demandes exclusivement fondées sur les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas examiné la possibilité pour M. et Mme A de se voir délivrer un titre sur un autre fondement. Il n'a pas davantage apprécié l'atteinte que ses décisions étaient susceptibles de porter au droit au respect de la vie privée et familiale des époux. Par suite, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et doit être écarté.

12. En dernier lieu, M. et Mme A ne remplissent pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'entrent pas dans le cas prévu par l'article L. 435-1 du même code, n'ayant pas sollicité une admission exceptionnelle au séjour à ce titre. Par suite, le préfet de Meurthe-et-Moselle n'était pas tenu de soumettre leur cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter leurs demandes.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes.

14. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de se prononcer sur les demandes d'admission de M. et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié M. C A, à Mme B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Samson-Dye, présidente,

- M. Barteaux, premier conseiller,

- Mme Picque, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé : A.-S. PicqueLa présidente,

Signé : A. Samson-Dye

La greffière,

Signé : N. Basso

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Basso.

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