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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC00664

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC00664

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC00664
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantDRAVIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A et Mme E C ont demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler les arrêtés du 31 mars 2022 par lesquels le préfet du Doubs, d'une part, a ordonné leur transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de leurs demandes d'asile et, d'autre part, les a assignés à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours.

Par des jugements no 2200624 et n° 2200625 du 15 avril 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 28 février 2023 sous le n° 23NC00664, M. A, représenté par Me Dravigny, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2200624 du 15 avril 2022 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 31 mars 2022 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une attestation de demande d'asile lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en choisissant de ne pas faire application de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté ordonnant son transfert aux autorités italiennes n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les articles 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II - Par une requête enregistrée le 28 février 2023 sous le n° 23NC00665, Mme C, représentée par Me Dravigny, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2200625 du 15 avril 2022 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 31 mars 2022 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une attestation de demande d'asile lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que son époux dans la requête n° 23NC00664.

Les parties ont été informées, dans chaque instance, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation des décisions de transfert sont irrecevables ou ont perdu leur objet, ces décisions ne pouvant plus être légalement exécutées compte tenu de l'expiration, avant l'introduction des requêtes d'appel, du délai de transfert prévu à l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.

Par des mémoires en réponse au moyen d'ordre public enregistrés le 23 novembre 2023, M. A et Mme C ont informé la cour de ce qu'ils ont été déclarés en fuite, ce qui a eu pour effet de prolonger le délai de transfert jusqu'au 15 octobre 2023.

M. A et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 27 janvier 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme C, ressortissants ivoiriens, sont entrés en France afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé qu'ils avaient sollicité l'asile auprès des autorités italiennes, préalablement au dépôt de leurs demandes d'asile en France. Le 29 novembre 2021, la France a saisi les autorités italiennes de demandes de reprises en charge qu'elles ont explicitement acceptées le 9 décembre 2021. Par des arrêtés du 31 mars 2022, le préfet du Doubs, d'une part, a ordonné le transfert de M. A et Mme C aux autorités italiennes responsables de l'examen de leurs demandes d'asile et, d'autre part, les a assignés à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. A et Mme C font appel des jugements du 15 avril 2022 par lesquels la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté leur demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () / 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête. () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ".

3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 29 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, le transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile doit s'effectuer " dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la requête aux fins de la prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 ". Aux termes du paragraphe 2 du même article : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ".

4. Le premier alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen ". Aux termes du I de l'article L. 572-4 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de transfert mentionnée à l'article L. 572-1 peut, dans les conditions et délais prévus à la présente section, en demander l'annulation au président du tribunal administratif ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 572-2 du même code : " () Lorsque le tribunal administratif a été saisi d'un recours contre la décision de transfert, celle-ci ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant qu'il ait été statué sur ce recours ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement, et peut faire l'objet d'une prolongation à un an ou dix-huit mois, à compter de la date de notification à l'autorité administrative du jugement du tribunal administratif statuant au principal sur cette demande, quel que soit le sens de sa décision. Ni un appel ni le sursis à exécution du jugement accordé par le juge d'appel sur une demande présentée en application de l'article R. 811-15 du code de justice administrative n'ont pour effet d'interrompre ce nouveau délai de transfert. Son expiration a pour conséquence qu'en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement précité, l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.

6. Il ressort des pièces des dossiers que les arrêtés du 31 mars 2022 par lesquels le préfet du Doubs a ordonné le transfert de M. A et Mme C vers l'Italie sont intervenus moins de six mois après les décisions par lesquelles les autorités italiennes ont donné leur accord pour leur reprise en charge, soit dans le délai d'exécution du transfert fixé par l'article 29 du règlement du 26 juin 2013. Toutefois, ce délai a été interrompu par l'introduction par M. A et Mme C des recours qu'ils ont présentés devant le tribunal administratif de Besançon contre ces décisions sur le fondement de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un nouveau délai a commencé à courir à compter de la notification le 15 avril 2022 au préfet du Doubs des jugements du même jour par lesquels la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté leurs demandes. Il n'est pas contesté que le préfet a décidé de porter à dix-huit mois le délai de transfert au motif que les intéressés ont pris la fuite. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que les décisions de transfert auraient été exécutées au cours de ce délai. Par suite, ce nouveau délai de dix-huit mois étant expiré le 15 octobre 2023, l'Italie a été libérée, en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, de son obligation de reprendre en charge M. A et Mme C et la responsabilité de l'examen des demandes d'asile de ces derniers a été transférée, à cette date, à la France. Il s'ensuit qu'à cette date du 15 octobre 2023, les décisions de transfert sont devenues caduques et ne pouvaient plus être légalement exécutées. Cette caducité étant intervenue postérieurement à l'introduction de l'appel, les conclusions des requêtes de M. A et Mme C à fin d'annulation des arrêtés du 31 mars 2022 et les conclusions à fin d'injonction sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction des requêtes de M. A et Mme C.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Mme E C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Dravigny.

Copie en sera adressée à la préfète du Doubs.

Fait à Nancy, le 26 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

M. D

Nos 23NC00664,23NC00665

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