Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C... A... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler l’arrêté du 16 mai 2023 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an et d’enjoindre au préfet de la Moselle de procéder à un réexamen de sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Par un jugement n° 2303516 du 30 juin 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a annulé la décision refusant à M. A... un délai de départ volontaire et rejeté le surplus des conclusions.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2023, M. A... représenté par Me Dollé, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du 30 juin 2023 du tribunal administratif de Strasbourg en tant qu’il a rejeté ses conclusions tendant à l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français à destination du Mali et de l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;
2°) d’annuler ces décisions du 16 mai 2023 ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, au besoin sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors que le préfet n’a pas tenu compte de sa volonté de régularisation par le travail et du fait qu’il a travaillé à temps complet du 4 novembre 2021 au 16 mai 2023 en tant que plongeur dans un restaurant ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée au regard des risques encourus en cas de retour au Mali ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il n’y a plus aucune attache, sa mère étant décédée et son père ayant quitté le Mali ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 février 2024, le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant, identiques à ceux de première instance, ne sont pas fondés.
En application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, la cour a informé les parties le 5 mars 2026 qu’elle était susceptible de relever d’office un moyen tiré de l’annulation par voie de conséquence de l’interdiction de retour sur le territoire français en raison de l’annulation devenue définitive de la décision refusant un délai de départ volontaire en application de la décision n° 367615 du Conseil d’Etat.
Le lendemain, M. A... s’en est remis à la sagesse de la cour.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 12 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Barrois a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., ressortissant malien, est entré sur le territoire français le 10 janvier 2020 sous couvert d’un visa allemand valable du 10 janvier au 16 janvier 2020. A la suite d’un contrôle d’identité le 16 mai 2023 dans le restaurant où il travaillait, il n’a pas été en mesure de présenter un document d’identité ou un document lui donnant droit au séjour. Il a été placé en rétention administrative et par un arrêté du même jour, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. A... fait appel du jugement du 30 juin 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal Administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français à destination du Mali et de l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.
Sur le bien-fondé du jugement :
2. En raison des effets qui s’y attachent, l’annulation pour excès de pouvoir d’un acte administratif, qu’il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l’annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n’auraient pu légalement être prises en l’absence de l’acte annulé ou qui sont en l’espèce intervenues en raison de l’acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l’acte annulé et de celles dont l’acte annulé constitue la base légale. Il incombe au juge de l’excès de pouvoir, lorsqu’il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d’office un tel moyen qui découle de l’autorité absolue de chose jugée qui s’attache à l’annulation du premier acte.
3. Il résulte du jugement n° 2303516 du 30 juin 2023 du tribunal administratif de Strasbourg que la décision refusant le délai de départ volontaire est annulée. Dès lors que l’interdiction de quitter le territoire français du 16 mai 2023 était uniquement fondée sur cette décision, il incombait au tribunal administratif, saisi de conclusions recevables contre une telle décision consécutive, de prononcer son annulation par voie de conséquence. Par suite, le jugement doit être annulé en ce qu’il n’a pas annulé l’interdiction de retour sur le territoire français du 16 mai 2023.
Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Il est constant que M. A... n’a effectué aucune démarche auprès des services de la préfecture afin de régulariser son droit au séjour sur le territoire français et qu’il s’y maintient depuis le 10 janvier 2020 en situation irrégulière. Même si la circonstance qu’il produise 17 bulletins de salaires pour un emploi en contrat à durée indéterminée et à temps complet pouvait être examinée sous l’angle d’une admission exceptionnelle au séjour, il n’a pas déposé une telle demande à la date de son interpellation et en tout état de cause, elle ne constitue pas un titre de plein droit permettant de faire obstacle à une obligation de quitter le territoire. Par suite, le préfet n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.
Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision fixant le pays de destination :
5. En premier lieu, il résulte des termes de l’arrêté attaqué que celui-ci comporte l’ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision contestée est écarté.
6. M. A... se borne à soutenir qu’il court un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Mali compte tenu de la situation sécuritaire y prévalant et des violences et menaces dont il y a été victime. Ainsi, il ne produit aucun élément de nature à établir qu’il serait personnellement exposé à un risque réel, direct et sérieux pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d’origine. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme est écarté.
Sur les conclusions à fin d’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. Dès lors que l’interdiction de retour sur le territoire français est fondée sur la décision portant refus de délai de départ volontaire dont l’annulation par le jugement attaqué est devenue définitive en l’absence de contestation en appel, il y a lieu par voie de conséquence d’annuler également cette décision.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... est seulement fondé à se plaindre que c’est à tort que le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande d’annulation de l’interdiction de retour sur le territoire français. En revanche, il n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
9. Le présent arrêt, par lequel la Cour fait droit aux conclusions à fin d’annulation dirigées contre l’interdiction de retour sur le territoire français présentées par M. A... n’implique cependant pas, eu égard au motif d’annulation ci-dessus énoncé, que l’administration prenne une nouvelle décision dans un sens déterminé. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que sa situation soit réexaminée doivent être rejetées.
Sur les frais de l’instance :
10. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 30 juin 2023 est annulé en tant qu’il a rejeté les conclusions à fin d’annulation de l’interdiction de retour sur le territoire français.
Article 2 : L’interdiction de retour sur le territoire français est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 7 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.
Délibéré après l’audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Wallerich, président,
Mme Guidi, présidente-assesseure,
Mme Barrois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 avril 2026.
La rapporteure,
Signé : M. Barrois
Le président,
Signé : M. Wallerich
La greffière,
Signé : I. Legrand
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
I. Legrand