jeudi 17 juillet 2025
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-24NC00895 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SNOECKX |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 19 juin 2023 par lequel le préfet du Haut-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement no 2307616 du 27 novembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a, d'une part, renvoyé à l'examen d'une formation collégiale les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour et a, d'autre part, rejeté le surplus de la demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 juin 2023.
Par un jugement n° 2307616 du 1er février 2024, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 8 avril et 16 septembre 2024, Mme B, représentée par Me Snoeckx, demande à la cour :
1°) d'annuler ces jugements ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa situation, dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- la décision en litige est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 200-4 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision en litige est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- la décision en litige est illégale compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle des 29 février 2024 et 21 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Brodier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante camerounaise née en 1980, est entrée sur le territoire français en mars 2019 selon ses déclarations sous couvert d'un titre de séjour italien. Elle a conclu un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français le 8 août 2019 et a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " du 14 décembre 2020 au 13 décembre 2022. Le 18 octobre 2022, elle en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 19 juin 2023, le préfet du Haut-Rhin a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B relève appel des jugements des 27 novembre 2023 et 1er février 2024 par lesquels les deux formations compétentes du tribunal administratif de Strasbourg ont rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, Mme B se prévaut des dispositions de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui définit les situations permettant la qualification de " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ". Toutefois, elle ne produit aucun document établissant que sa fille A, dont le père est allemand, serait elle-même de nationalité allemande. En tout état de cause, la requérante n'établit pas relever de l'une des situations régies par l'article L. 200-4 de ce code, ni même de l'une de celles traitées à l'article L. 200-5 du même code. Par suite, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir d'un droit au séjour dérivé de la citoyenneté de l'Union européenne alléguée de sa fille mineure.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Mme B résidait en France depuis quatre ans à la date de la décision en litige, dont deux années sous couvert d'un titre de séjour en qualité de partenaire de pacte civil de solidarité avec un ressortissant français. La circonstance alléguée qu'elle aurait subi des violences de la part de ce dernier n'est pas de nature à justifier le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré. S'agissant de ses enfants, il ressort des pièces du dossier que le père de sa fille aînée, née en 2016, qui s'était vu reconnaître un droit de visite médiatisé par un jugement du tribunal judiciaire de Mulhouse du 30 août 2022, n'exerce plus ce droit depuis octobre 2022 selon les déclarations de Mme B faites lors de son entretien en préfecture le 13 avril 2023. Quant à la sa deuxième fille, née en août 2022, il ressort des pièces du dossier que son père, un ressortissant allemand résidant à Saint-Louis, s'est vu reconnaître un droit de visite et d'hébergement les samedis des semaines paires de 10h à 18h par un jugement du tribunal judiciaire de Mulhouse du 13 novembre 2023, soit postérieurement à la décision en litige. S'il est justifié du versement par son père de 200 euros par mois à la requérante à compter de décembre 2022, cela ne permet pas d'établir que le premier participait à l'éducation de l'enfant à la date de l'arrêté contesté. En dehors de ses deux filles mineures, la requérante ne dispose pas d'attaches familiales sur le territoire français, ni n'établit avoir noué des attaches privées. Quant à l'exercice d'une activité professionnelle, il ressort des pièces du dossier que si Mme B a travaillé à temps partiel en qualité d'agent de nettoyage entre mai 2021 et mars 2022, elle ne justifie pas d'une intégration professionnelle particulière. La signature d'un contrat à durée indéterminée le 27 juin 2023 dans une autre entreprise est postérieure à la décision de refus de titre de séjour et sans incidence sur sa légalité. Dans les circonstances prévalant à la date de la décision en litige, celle-ci ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
6. Il ressort de ce qui a été dit au point 4 ci-dessus qu'à la date de la décision en litige, la situation de Mme B en France ne peut être regardée comme caractérisant des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Ainsi qu'il a été dit au point 4 ci-dessus, il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de la deuxième fille de Mme B participait, à la date de la décision en litige, à l'éducation de la fillette, alors âgée de dix mois. La circonstance qu'il contribuait à son entretien à raison de virements de deux cents euros par mois à la requérante ne suffit pas à établir que l'intérêt supérieur de l'enfant était de demeurer en France en vue de nouer des relations avec son père. Par suite, le refus de titre de séjour opposé à Mme B ne méconnaît pas, à la date à laquelle il est intervenu, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait illégale compte tenu de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.
10. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 4 du présent arrêt, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 ci-dessus, la requérante n'est pas plus fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait illégale compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par les jugements attaqués, les formations compétentes du tribunal administratif de Strasbourg ont rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 juin 2023. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C B, à Me Snoeckx et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Martinez, président,
M. Agnel, président-assesseur,
Mme Brodier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2025.
La rapporteure,
Signé : H. BrodierLe président,
Signé : J. Martinez
La greffière,
Signé : C. Schramm
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Schramm
No 24NC00895
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026