vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-24NC02338 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | Juge des référés |
| Avocat requérant | REICH |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel la préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ou, à défaut, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
Par un jugement n° 2401886 du 9 août 2024, le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 10 septembre 2024, M. B, représenté par Me Reich, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 9 août 2024 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation ;
4°) à titre subsidiaire, de prononcer la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dans l'attente du réexamen de la situation administrative du couple ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation :
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant bosnien, est entré sur le territoire français le 22 janvier 2018. Après le rejet de sa demande d'asile, il a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle en raison de son état de santé, valable jusqu'au 9 août 2023. Le 4 mai 2023, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 24 mai 2024, a préfète de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai. M. B fait appel du jugement du 9 août 2024 par lequel le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que la préfète de Meurthe-et-Moselle, après avoir rappelé le rejet de la demande d'asile présentée par M. B par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, a examiné sa demande de renouvellement de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en mentionnant l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 janvier 2024 selon lequel, notamment l'intéressé peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Elle a ensuite considéré que l'intéressé ne démontrait pas ne pas pouvoir accéder concrètement aux soins dans son pays d'origine ni qu'il ne disposerait pas des ressources financières pour en bénéficier. La préfète a ensuite examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale et vérifié, au vu des éléments dont elle avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors l'autorité administrative n'est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel elle refuse un titre de séjour et qu'elle oblige à quitter le territoire français, les termes mêmes de l'arrêté en litige établissent que la préfète de Meurthe-et-Moselle a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prononcer l'arrêté contesté. En particulier, la circonstance que l'arrêté en litige mentionne l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de l'épouse de M. B qui a cependant été annulée par le tribunal administratif de Nancy, n'est pas de nature à établir un défaut d'examen dans la mesure où cette annulation est intervenue postérieurement. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. B se prévaut de la durée de son séjour en France et de la présence régulière de sa famille à ses côtés, notamment son épouse et son fils majeur. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé résidait en France depuis plus de cinq ans à la date de l'arrêté contesté et qu'il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé d'août 2021 à août 2023, il ne démontre pas avoir en France, outre les membres de sa famille, des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. Si M. B fait valoir que l'arrêté du 4 avril 2024 refusant d'admettre son épouse au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 11 juin 2024 en raison de l'absence d'examen réel et sérieux de la situation personnelle et familiale de l'intéressée, la préfète de Meurthe-et-Moselle a, par un nouvel arrêté du 5 juillet 2024, produit par la préfète de Meurthe-et-Moselle en première instance, de nouveau refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B et l'a obligée à quitter le territoire français, de sorte que cette dernière se trouve en situation irrégulière sur le territoire et qu'elle n'a pas vocation à s'y maintenir. Par ailleurs, si M. B justifie de la situation régulière de son fils, celui-ci est majeur et a constitué sa propre cellule familiale. Enfin, les circonstances que son épouse exerce une activité professionnelle et qu'ils sont domiciliés de longue date à la même adresse ne suffisent pas à établir que le couple aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels. Dans ces conditions, l'arrêté en litige ne peut être regardé comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
7. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français d'immigration et de l'intégration (OFII). Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
8. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour, la préfète de Meurthe-et-Moselle s'est fondée sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 janvier 2024 selon lequel si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. M. B soutient qu'à la suite de sa transplantation rénale dont il a bénéficié en France le 28 janvier 2021, son état de santé, qui requiert une surveillance régulière et un traitement par des médicaments immunosuppresseurs, s'est dégradé et l'empêche d'exercer une activité professionnelle lui permettant de financer ses soins. Toutefois, les pièces médicales récentes produites ne permettent pas d'établir une aggravation de son état de santé. Par ailleurs, il ressort des éléments versés au dossier par la préfète de Meurthe-et-Moselle en première instance que les médicaments prescrits à M. B sont disponibles en Bosnie et que ce pays dispose d'un système de sécurité sociale. Si le courrier d'une cheffe de service en néphrologie d'une clinique bosnienne, produit à hauteur d'appel par M. B, indique que l'un des médicaments dont il a besoin ne figure pas sur la liste des traitements pris en charge par la caisse d'assurance maladie et la complémentaire pour les personnes transplantées d'un rein, il ne comporte aucune indication sur le coût de ce traitement et, en tout état de cause, ne suffit pas à établir que ce médicament ne serait pas disponible ni qu'il n'existe pas en Bosnie d'autres médicaments contenant la même substance active, ni encore, qu'aucun traitement approprié n'y serait disponible et pris en charge par le système de sécurité sociale bosnien. Enfin, si le certificat médical du 26 janvier 2022, au demeurant ancien de plus de deux ans à la date de l'arrêté en litige, indique que M. B a besoin d'une aide humaine dans les actes de la vie quotidienne et que la présence de son épouse à ses côtés est indispensable, cette dernière est, ainsi qu'il a été dit au point 5 de la présente ordonnance, en situation irrégulière sur le territoire et a ainsi vocation à le suivre dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les éléments produits ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation portée par la préfète sur son état de santé et, en particulier, sur la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et à Me Reich.
Copie en sera adressée pour information à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 6 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé : J. Kohler
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
M. A
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026