Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A... B... a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler les arrêtés du 19 novembre 2024 par lesquels le préfet du Haut-Rhin l’a obligée à quitter sans délai le territoire, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d’office, l’a interdite de retour sur le territoire pendant un an et l’a assignée à résidence.
Par un jugement n° 2408887 du 16 décembre 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 3 mars 2025, Mme B..., représentée par Me Berry, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler l’arrêté attaqué ;
3°) d’enjoindre au préfet du Haut-Rhin de lui délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale », à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’arrêt et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son avocat d’une somme de 1 500 euros sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l’obligation de quitter le territoire : est insuffisamment motivée ; ne repose pas sur un examen de sa situation personnelle ; méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ; repose sur une appréciation manifestement erronée de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- le refus de délai de départ volontaire : est privé de base légale du fait de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire ; a pour effet de l’empêcher de respecter les mesures de son contrôle judiciaire ;
- l’interdiction de retour sur le territoire : est privée de base légale du fait de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire et du refus de délai de départ volontaire ;
- la décision fixant le pays de destination : est privée de base légale du fait de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire ; méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’assignation à résidence est privée de base légale du fait de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2025, le préfet du Haut-Rhin conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme B... ne sont pas fondés.
Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 6 février 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Agnel a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A... B..., ressortissante angolaise, alias A... C..., de nationalité namibienne, née en 1975, a été interpelée le 19 novembre 2024 et placée en garde à vue pour des faits d’usage de faux documents administratifs. Par des arrêtés du 19 novembre 2024, le préfet du Haut-Rhin, d’une part, l’a obligée à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et, d’autre part, l’a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Mme B... relève appel du jugement du 16 décembre 2024 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces arrêtés.
Sur légalité de l’obligation de quitter le territoire :
2. L’arrêté litigieux expose de manière suffisante et non stéréotypée les motifs de droit et de fait sur lesquels l’autorité préfectorale s’est fondée afin de prendre les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation ne peut qu’être écarté.
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l’autorité préfectorale aurait méconnu l’étendue de la compétence d’appréciation dont elle est investie en présence d’un ressortissant étranger se trouvant dans la situation de Mme B.... Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit ne peut qu’être écarté.
4. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B... se maintient irrégulièrement en France sans chercher à régulariser sa situation depuis plusieurs années. Si elle soutient être entrée en France au cours de l’année 2017, elle n’en justifie pas. Elle ne justifie pas davantage de l’ancienneté et de l’intensité de sa relation avec un ressortissant angolais en situation irrégulière sur le territoire français. Il n’est pas contesté que la requérante faisait usage de faux documents d’identité, en particulier un passeport namibien, faits pour lesquels elle faisait l’objet de poursuites pénales à la date de la décision attaquée et qui ont depuis donné lieu à sa condamnation à cinq mois d’emprisonnement avec sursis. Rien ne fait obstacle à ce que ses enfants mineurs l’accompagnent dans son pays d’origine où ils pourront poursuivre leur scolarité. La requérante produit des bulletins de salaires établissant qu’elle a occupé divers emplois non qualifiés depuis l’année 2019. Il est toutefois constant qu’elle n’a jamais été autorisée à travailler. Compte tenu de ces circonstances, l’obligation de quitter le territoire n’a pas méconnu les normes ci-dessus rappelées et ne paraît pas reposer sur une appréciation manifestement erronée de la situation de la requérante ou de ses conséquences sur sa situation.
Sur la légalité du refus de délai de départ volontaire :
6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B... n’est pas fondée à exciper de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire à l’appui de ses conclusions dirigées contre le refus de délai de départ volontaire.
7. La circonstance que l’intéressée faisait l’objet d’un contrôle judiciaire est sans incidence sur la légalité du refus de délai de départ volontaire.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire :
8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B... n’est pas fondée à exciper de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire et du refus de délai de départ volontaire à l’appui de ses conclusions dirigées contre l’interdiction de retour sur le territoire.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B... n’est pas fondée à exciper de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire à l’appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
10. Par les mêmes motifs que ci-dessus, la décision fixant le pays de destination n’a pas méconnu les normes ci-dessus rappelées au point 4.
Sur la légalité de l’assignation à résidence :
11. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B... n’est pas fondée à exciper de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire à l’appui de ses conclusions dirigées contre l’assignation à résidence.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles tendant à l’application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... B..., à Me Berry et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.
Délibéré après l’audience du 19 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Martinez, président,
M. Agnel, président-assesseur,
M. Durand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2026.
Le rapporteur,
Signé : M. AgnelLe président,
Signé : J. Martinez
La greffière,
Signé : C. Schramm
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
C. Schramm