Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C... A... et Mme D... B... ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler les arrêtés du 13 novembre 2024 par lesquels le préfet de la Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A..., les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d’office à l’expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.
Par un jugement nos 2409496, 2409505 du 10 juin 2025, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête enregistrée le 22 août 2025, sous le n° 25NC02201, M. A..., représenté par Me Gharzouli, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du 10 juin 2025 en ce qui le concerne ;
2°) d’annuler l’arrêté du 13 novembre 2024 pris à son encontre ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre est insuffisamment motivée ce qui révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
II. Par une requête enregistrée le 25 août 2025, sous le n° 25NC02230, Mme B..., représentée par Me Gharzouli, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du 10 juin 2025 en ce qui la concerne ;
2°) d’annuler l’arrêté du 13 novembre 2024 pris à son encontre ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1500 euros à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ce qui révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
M. A... et Mme B... ont été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par des décisions du 17 juillet 2025.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d’appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
M. A... et Mme B..., ressortissants arméniens, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, le 30 août 2023 afin d’y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d’asile ont été rejetées par des décisions du 22 décembre 2023 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l’article L. 531-24 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, confirmées par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 14 mars 2024. Le 13 mai 2024, M. A... a sollicité la délivrance d’un titre de séjour en invoquant son état de santé. Par des arrêtés du 13 novembre 2024, le préfet de la Moselle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A..., a obligé M. A... et Mme B... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d’office à l’expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Par deux requêtes qu’il y a lieu de joindre, M. A... et Mme B... font appel du jugement du 10 juin 2025 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l’annulation de ces arrêtés.
Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
Sur les moyens propres à M. A... :
En premier lieu, il ressort des mentions de l’arrêté pris à l’encontre de M. A... que le préfet de la Moselle, après avoir rappelé son parcours administratif antérieur et le rejet de sa demande d’asile par l’OFPRA et la CNDA, a examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en mentionnant notamment l’avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 17 octobre 2024 et a considéré, au vu de l’ensemble des pièces transmises, qu’il ne remplissait pas les conditions posées par cet article. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée. Cette motivation révèle par ailleurs que le préfet de la Moselle a procédé à un examen particulier de la situation de M. A... avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour, sans s’estimer, à tort, lié par l’avis du collège de médecins de l’OFII.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (…) ».
S’il est saisi, à l’appui de conclusions tendant à l’annulation de la décision de refus, d’un moyen relatif à l’état de santé du demandeur, aux conséquences de l’interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d’en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l’avis médical rendu par le collège des médecins de l’OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l’ensemble des éléments pertinents, notamment l’entier dossier du rapport médical au vu duquel s’est prononcé le collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A..., le préfet de la Moselle s’est notamment fondé sur l’avis émis 17 octobre 2024 par le collège des médecins de l’OFII selon lequel si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, il peut voyager sans risque vers son pays d’origine, dans lequel il peut bénéficier effectivement d’un traitement approprié. Il ressort des certificats médicaux produits que M. A... est atteint d’une maladie rénale chronique nécessitant des soins spécifiques de suppléance rénale réalisés par hémodialyse plusieurs fois par semaine. Si le requérant produit des éléments de nature à établir qu’il ne pourrait pas bénéficier d’une greffe à partir de donneurs vivants de sa famille et que les transplantations à partir de donneurs cadavériques ne sont pas réalisées en Arménie, aucune pièce du dossier ne justifie de ce qu’une telle greffe serait indispensable à brève échéance ou qu’elle serait effectivement programmée, ni que la prise en charge par hémodialyse ne serait pas un traitement approprié au sens de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, s’il se prévaut de l’indisponibilité de certains médicaments dans son pays d’origine, à savoir Renvela 800mg et Kayexalate 15g, aucun des documents produits, en particulier les certificats médicaux établis par les médecins assurant son suivi en France, qui se limitent à indiquer son suivi par hémodialyse ne mentionnent la nécessité d’être traité par ces deux médicaments, ni qu’ils seraient les seuls traitements médicamenteux permettant de traiter sa pathologie. Dans ces conditions, les seuls éléments produits ne permettent pas de remettre en cause l’appréciation portée par le préfet sur l’état de santé de M. A... et, en particulier, sur la possibilité de bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit, en conséquence, être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
M. A... se prévaut de la durée de sa présence en France, de son état de santé et de la scolarisation de sa fille mineure. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu’il ne résidait en France que depuis un an à la date de l’arrêté en litige et il ne démontre pas y avoir, outre sa propre cellule familiale, des liens d’une ancienneté ou d’une intensité particulière. Par ailleurs, s’il invoque son état de santé, ainsi qu’il a été dit au point 6 de la présente ordonnance, il n’établit pas qu’il ne pourrait pas bénéficier d’un traitement approprié dans son pays d’origine. En outre, s’il se prévaut de la scolarisation en France de sa fille âgée de 13 ans, la décision en litige n’a ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de son enfant mineure qui a vocation à le suivre dans son pays d’origine, où il n’est pas établi qu’elle ne pourrait poursuivre sa scolarité. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour en litige ne peut être regardée comme portant au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8 de la présente ordonnance, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit également être écarté.
10. En cinquième lieu, faute d’établir l’illégalité de la décision de refus de séjour, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison d’une telle illégalité.
Sur les autres moyens des requêtes :
11. En premier lieu, il ressort des mentions des arrêtés en litige que le préfet de la Moselle, après avoir rappelé le parcours administratif antérieur de M. A... et de Mme B..., et le rejet de leurs demande d’asile par l’OPFRA et la CNDA, a examiné l’ensemble de leur situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu’aucune circonstance ne faisait obstacle à des mesures d’éloignement fondée sur les dispositions, en ce qui concerne M. A..., des 3° et 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, s’agissant de Mme B..., des dispositions du 4° de cet article. S’agissant des décisions portant interdiction de retour, ces arrêtés visent notamment les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et mentionne les éléments dont il a été tenu compte pour fixer la durée de ces interdictions, relatifs à la durée de la présence en France de M. A... et Mme B..., à leur liens sur le territoire et à la circonstance qu’ils ne représentent pas une menace pour l’ordre public et qu’ils n’ont jamais fait l’objet d’une précédente mesure d’éloignement. Alors que l’autorité administrative n’est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l’étranger qu’elle oblige à quitter le territoire français, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour en litige comportent ainsi l’ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont, dès lors, suffisamment motivées.
12. En deuxième lieu, M. A... et Mme B... invoquent les mêmes éléments que ceux mentionnés au point 8 de la présence ordonnance ainsi que l’état de santé de M. A.... Eu égard à ce qui a été dit précédemment, ces seuls éléments ne sont pas de nature à établir que le préfet a, en décidant de les obliger à quitter le territoire, commis une erreur manifeste dans l’appréciation de leur situation.
13. En troisième lieu, faute d’établir l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, M. A... et Mme B... ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant interdiction de retour seraient illégales en raison d’une telle illégalité.
14. En dernier lieu, en se bornant à invoquer le suivi médical de M. A..., dont il n’est pas établi qu’il ne pourrait se poursuivre qu’en France, et les conditions du séjour de Mme B... alors qu’ils ne résidaient en France que depuis un an et ne démontrent pas y avoir des liens d’une ancienneté ou intensité particulières, M. A... et Mme B... n’établissent pas que le préfet a, en décidant de prononcer des interdictions de retour d’une durée d’un an à leur encontre sur le fondement des dispositions de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, commis une erreur manifeste dans l’appréciation de leur situation personnelle.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d’appel présentées par M. A... et Mme B... sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : Les requêtes de M. A... et Mme B... sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A..., à Mme D... B... et à Me Gharzouli.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Moselle.
Fait à Nancy, le 12 décembre 2025.
La magistrate désignée,
Signé : J. Kohler
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
A. Betti