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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-21DA02939

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-21DA02939

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-21DA02939
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS FIDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société à responsabilité limitée (SARL) A Bâtiment a demandé au tribunal administratif de Lille de prononcer la décharge en droits et pénalités des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période de janvier 2015 à décembre 2016 et la décharge de l'amende qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts.

Par un jugement n° 1909046 du 28 octobre 2021, le tribunal administratif de Lille a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 24 décembre 2021, la SARL A Bâtiment, représentée par Me Coulon, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1909046 du tribunal administratif de Lille ;

2°) de prononcer la décharge de la somme de 69 060 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision de la présidente de la Cour désignant M. Sauveplane, président-assesseur, pour statuer par ordonnance sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, () rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. "

2. La société A Bâtiment, dont M. A était le gérant, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration a remis en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant diverses factures. En conséquence, l'administration a rappelé des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période couvrant les années 2015 et 2016, en suivant la procédure de redressement contradictoire prévue à l'article L. 55 du livre des procédures fiscales et lui a infligé l'amende prévue par l'article 1759 du code général des impôts en l'absence de désignation par la société des bénéficiaires de sommes non admises en déduction du résultat imposable et qu'elle a regardées comme des distributions.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre :

3. La SARL A Bâtiment, qui demande la décharge de la somme de 69 060 euros en droits et pénalités, ne soulève en appel, comme en première instance, aucun moyen dirigé contre la rectification au titre des achats réalisés auprès de la société EPM. Par suite, elle n'est donc pas recevable à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondants à ce chef de rectification. Le ministre est donc fondé à soutenir que ses conclusions de décharge ne sont recevables qu'à hauteur de 2 807 euros au titre du rappel de taxe sur la valeur ajoutée et 42 831 euros au titre de l'amende de l'article 1759 du code général des impôts, soit un total de 45 638 euros, et surplus des conclusions à fins de décharge sont irrecevables à hauteur de 23 422 euros.

Sur le bien-fondé des impositions supplémentaires :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, () s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / () ".

5. La SARL A Bâtiment s'est abstenue de répondre, dans le délai qui leur avait été imparti, à la proposition de rectification du 3 décembre 2018 qui lui avait été adressée. Les rectifications doivent dès lors être regardées comme ayant été tacitement acceptées. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve de l'exagération des impositions contestées incombe à la société requérante.

En ce qui concerne la rectification au titre de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les factures Activ'Achats :

6. Il résulte des mentions de la proposition de rectification du 3 décembre 2018, que la société A Bâtiment a déduit la taxe sur la valeur ajoutée se rapportant à des factures établies en 2015 et en 2016 par la société Activ'Achats. L'administration a refusé d'admettre ces achats de prestations en déduction du résultat imposable au motif que la société n'avait apporté au cours du contrôle aucune justification de la réalité des prestations facturées par la société alors que le contrat signé avec la société Activ'Achats prévoyait l'obligation de remettre un rapport de mission au plus tard dans le mois de la fin d'intervention et que la réalisation des prestations était subordonnée à un contrat de mission qui devait notamment préciser les dates d'interventions du prestataire.

7. En vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts et de l'article 230 de l'annexe II à ce code, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services.

8. Pour justifier de la réalité des prestations facturées par la société Activ'Achats, la société requérante se borne à verser au dossier trois diaporamas prétendument réalisés par cette société. Toutefois, elle n'explique pas pourquoi elle n'a pas été en mesure de fournir ces trois documents au cours du contrôle, alors même que le vérificateur avait réclamé à la société de justifier de la réalité des prestations de la société Activ'Achats. Ainsi, ces diaporamas, non datés et rédigés en termes très généraux, ne permettent pas de regarder la société requérante comme apportant la preuve de la réalité des prestations qui auraient été réalisées et, par suite, de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les factures de la société Activ'Achats.

En ce qui concerne la rectification au titre de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les factures d'achat de vins :

9. Il résulte des mentions de la proposition de rectification du 3 décembre 2018, que la société A Bâtiment a déduit la taxe sur la valeur ajoutée correspondant à l'achat de bouteilles de vin et de champagne. L'administration a refusé d'admettre ces achats de prestations en déduction du résultat imposable au motif que la société avait comptabilisé de façon incorrecte ces achats dans un compte " déplacement mission, réception " ou dans un compte " dons, pourboire, œuvres sociales ", rendant de ce fait plus difficile le contrôle par l'administration et que la société n'avait pu justifier le lien entre ces dépenses et la réalisation d'opérations imposables en s'abstenant de communiquer l'identité des bénéficiaires de ces cadeaux ni les participants aux rendez-vous professionnels allégués.

10. Aux termes du 1 du paragraphe I de l'article 271 du code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe à la valeur ajoutée applicable à cette opération. / () ". Il résulte de ces dispositions que l'existence d'un lien direct et immédiat entre une opération particulière en amont et une ou plusieurs opérations en aval ouvrant droit à déduction est, en principe, nécessaire pour qu'un droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée en amont soit reconnu à l'assujetti et pour déterminer l'étendue d'un tel droit. Le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant l'acquisition de biens ou de services en amont suppose que les dépenses effectuées pour acquérir ceux-ci fassent partie des éléments constitutifs du prix des opérations taxées en aval ouvrant droit à déduction. En l'absence d'un tel lien, un assujetti est toutefois fondé à déduire la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé des biens et services en amont lorsque les dépenses liées à l'acquisition de ces biens et services font partie de ses frais généraux et sont, en tant que telles, des éléments constitutifs du prix des biens produits ou des services fournis par cet assujetti.

11. Pour justifier de la réalité des achats de vins, la société requérante se borne à soutenir, sans le justifier, qu'il s'agirait de cadeaux d'entreprise ou d'affaires présentant un lien direct avec l'entreprise. Toutefois, elle n'explique pas pourquoi elle n'a pas été en mesure de fournir la justification de ces achats et en particulier le nom des bénéficiaires au cours du contrôle, alors même qu'une facture du 8 novembre 2016 d'achat de vins et champagne a été admise par l'administration au vu des justifications apportées par la société. La liste détaillée des douze factures non admises en déduction accompagnée de la mention manuscrite des noms des prétendus bénéficiaires de ces bouteilles ou la mention " consommation entreprise " ne sont pas à elles seules de nature à établir l'existence d'un lien entre ces dépenses et l'exercice de son activité. Par suite, la société requérante ne peut être regardée comme apportant la preuve d'un lien direct entre ces achats et les opérations imposables et, par suite, de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les factures de la société Activ'Achats.

En ce qui concerne la rectification au titre de l'impôt sur les sociétés :

12. Enfin, si la société requérante conteste la remise en cause par l'administration de la déductibilité de la base imposable à l'impôt sur les sociétés des remboursements de frais à des salariés extérieurs à l'entreprise et demande à la Cour " de tirer les conséquences des justifications apportées en matière de taxe sur la valeur ajoutée pour les besoins de l'impôt sur les sociétés ", il est constant toutefois que la société ne demande la décharge en appel, tout comme elle l'a fait en première instance, que des seuls rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de l'amende de l'article 1759 du code général des impôts. Par suite, ces moyens sont inopérants.

En ce qui concerne l'amende de l'article 1759 du code général des impôts :

13. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Aux termes de l'article 1759 de ce code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. () ".

14. Il est constant que société A Bâtiment s'est abstenue de désigner les bénéficiaires des distributions correspondant aux rectifications qui lui avaient été proposées à l'issue de la vérification de comptabilité dont elle avait fait l'objet dans le délai de soixante jours qui lui avait été imparti suivant la demande qui lui avait été adressée par le service sur le fondement des dispositions précitées de l'article 117 du code général des impôts. C'est dès lors à bon droit que le service a infligé à la société A Bâtiment l'amende litigieuse en application des dispositions précitées de l'article 1759 du code général des impôts.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, il y a lieu de la rejeter en toutes ses conclusions en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er :La requête de la SARL A est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à la SARL A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera transmise à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Fait à Douai le 12 janvier 2023

Le président-assesseur de la 4ème chambre,

Signé : Mathieu Sauveplane

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°21DA02939

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