mardi 28 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-22DA00555 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | GOEMINNE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B épouse C a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler les arrêtés du 22 novembre 2021 par lesquels le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assignée à résidence, d'autre part, de faire injonction au préfet de lui restituer son passeport.
Par un jugement n° 2109241 du 2 février 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a renvoyé en formation collégiale les conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence et a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour d'une durée d'un an.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 7 mars 2022, Mme B épouse C, représentée par Me Aurélie Goeminne, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent le principe général de l'Union Européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Mme B épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. Mme B épouse C ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.
3. Mme A B épouse C, ressortissante algérienne née le 18 août 1988, est entrée en France le 24 septembre 2017 sous couvert d'un visa court séjour, accompagnée de son mari et de ses deux enfants mineurs. Elle relève appel du jugement du 2 février 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
4. Mme B épouse C soulève à nouveau de manière identique le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté. Toutefois, elle n'apporte pas en appel d'éléments nouveaux de fait ou de droit de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le premier juge sur ce moyen. Par suite, il y a lieu, par adoption de ces motifs, de l'écarter.
5. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Le droit d'être entendu n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C, à l'occasion de son audition par un agent de police judiciaire le 22 novembre 2021, a été mise à même d'apporter à l'administration toutes précisions utiles sur sa situation. Par suite, le moyen tiré de ce que le droit d'être entendu de Mme B épouse C aurait été méconnu, doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C n'établit pas être dépourvue de tout lien avec son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à ses vingt-neuf ans et où résident ses parents ainsi que ses frères et sœurs. De plus, son mari se trouve aussi en situation irrégulière de sorte que la cellule familiale, constituée de la requérante, de son mari et de ses enfants mineurs, peut se reconstituer en Algérie, pays dont les membres de la famille ont la nationalité. En outre, si Mme B épouse C se prévaut de la scolarisation de ses deux premiers enfants en France, elle n'apporte pas la preuve qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité en Algérie. Enfin, Mme B épouse C ne justifie d'aucune insertion professionnelle et sociale particulière à l'exception de sa participation à des cours de français depuis le 24 novembre 2021 et à des cours d'informatique depuis le 9 octobre 2021. Par suite, le préfet du Nord, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la décision a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées. Au vu de ce qui vient d'être dit, il n'a pas davantage entaché la mesure d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 7 de la présente ordonnance que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B épouse C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, ainsi que ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de Mme B épouse C.
Article 2 : La requête de Mme B épouse C est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C et à Me Aurélie Goeminne.
Fait à Douai, le 28 juin 2022.
La présidente de la 2ème chambre
Signé : A. Seulin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme
La greffière,
Anne-Sophie Villette
N°22DA00555