mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-22DA01414 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
A C B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 7 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délais et d'astreinte.
Par un jugement n° 2104630-2104631 du 24 février 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2022, A B, représentée par Me Djehanne Elatrassi-Diome, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable un an, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, la même somme en se fondant seulement sur l'article L. 761-1 de ce code.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence de son auteur, d'insuffisance de motivation, de défaut d'examen particulier de sa situation, elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu consacré à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et sans qu'ait été saisie la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de titre de séjour a été pris en violation des articles L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il est entaché d'erreur de fait sur sa nationalité ;
- il méconnaît également l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché de manière plus générale d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son auteur, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen sérieux de sa situation, elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu consacré à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et sans qu'ait été saisi le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la mesure d'éloignement méconnaît l'article L. 511-4-10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son état de santé, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et, de manière plus générale, est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il y a lieu d'exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'encontre du refus d'accorder un délai de départ volontaire et de la décision fixant le pays de destination ;
- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée, est entachée d'incompétence de son auteur et de défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle méconnaît l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreur d'appréciation et d'erreur de fait ;
- il convient d'exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délais de départ volontaire, à l'encontre de l'interdiction de retour.
A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. A C B, de nationalité arménienne, née le 20 mai 1984, est entrée en France le 24 juin 2018 avec sa fille , née le 16 novembre 2009, en vue de demander l'asile et rejoindre son époux, entré en France en 2016. Sa demande a été rejetée le 28 septembre 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée le 8 décembre 2020 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). A B a entretemps donné naissance à une autre fille le 10 juillet 2020. Le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par un arrêté du 30 décembre 2020 en conséquence du rejet de sa demande d'asile. Peu avant, A B a, le 18 décembre 2020, déposé une demande de titre de séjour sur les fondements des articles L. 313-14 et L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Par un arrêté du 7 avril 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande. A B fait appel du jugement du 24 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 avril 2021.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
3. A B n'apporte aucun élément nouveau en appel de nature à remettre en cause la réponse apportée par les premiers juges aux moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées, de leur insuffisance de motivation, du défaut d'examen sérieux de sa situation et de la méconnaissance de son droit d'être entendue. Il y a donc lieu de rejeter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 3 à 6 du jugement attaqué.
Sur les autres moyens soulevés contre la décision de refus de titre de séjour :
4. A B n'apporte aucun élément de nature à établir une erreur de fait sur sa nationalité. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit au point 2 de sa situation personnelle, ajouté au fait que son époux s'est, également, vu refuser l'asile par une décision définitive de la CNDA du 8 décembre 2020 et rejeter sa demande de titre de séjour par un arrêté du même jour que celui pris à l'encontre de la requérante, que le couple se trouve en situation irrégulière sur le territoire français et que rien ne s'oppose à ce que A B retourne en Arménie accompagnée de son époux et de ses deux filles, qui pourront y poursuivre leur scolarité. A cet égard, A B ne conteste pas avoir conservé des attaches familiales en Arménie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans alors qu'elle ne justifie pas d'une intégration particulière dans la société française. Dès lors, le préfet de la Seine-Maritime ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de A B au respect de sa vie privée et familiale. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 313-11-7°, devenu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent donc être écartés.
5. Par ailleurs, la situation de A B ne présente pas un caractère exceptionnel ou ne répond pas à des considérations humanitaires au sens de l'article L. 313-14, devenu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté. Au vu de ce qui a été exposé précédemment, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de A B. Il n'a pas non plus porté atteinte à l'intérêt supérieur des deux enfants mineurs A A B dès lors que le refus de titre de séjour n'entraîne pas la séparation des enfants de leurs parents et que rien ne s'oppose à ce que la fille aînée de l'intéressée et sa fille cadette poursuivent leur scolarité en Arménie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sera donc écarté.
6. Enfin, il y a lieu, par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 11 du jugement attaqué, d'écarter le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, aucun élément nouveau n'étant apporté en appel.
Sur les autres moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
7. Faute d'élément nouveau apporté en appel relatif à l'état de santé et au suivi médical dont fait l'objet A B, il y a lieu, par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 14 et 15 du jugement attaqué, d'écarter les moyens tirés du vice de procédure faute de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et celui tiré de la méconnaissance de l'article L. 511-4-10°, devenu l'article L. 611-3-9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 5 quant à la situation privée et familiale de A B et de ses enfants, que le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et celui tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par ailleurs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, qui constitue une décision distincte de celle fixant le pays de destination.
9. Enfin, A B ayant bénéficié d'un délai de départ volontaire, il n'y a pas lieu d'examiner les moyens relatifs à l'illégalité dont serait entachée une décision de refus de délai de départ volontaire.
Sur les autres moyens soulevés à l'encontre des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour d'une durée d'un mois :
10. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment, qu'il n'y a pas lieu d'exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour pour une durée d'un mois.
11. Par ailleurs, A B n'apporte aucun élément nouveau de nature à établir la réalité des menaces en cas de retour en Arménie, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la décision du 8 décembre 2020 de la CNDA. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 513-2, devenu l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit donc être écarté.
12. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement et de la situation familiale de la requérante, que le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation en prenant à l'encontre de A B une interdiction de retour d'une durée d'un mois. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 511-1, devenu l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit donc être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de A B est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de A B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à A C B et à Me Djehanne Elatrassi-Diome
Fait à Douai, le 21 décembre 2022.
La présidente de la 2ème chambre,
Signé : Anne Seulin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière
Anne-Sophie Villette
N°22DA01414
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026