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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA01990

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA01990

mardi 13 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA01990
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP CARON-AMOUEL-PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement.

Par un jugement n° 2201112 du 15 juillet 2022, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2022, Mme B, représentée par Me Pereira, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat au bénéfice de son conseil en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et sous réserve d'une renonciation à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut de base légale puisque prise à tort sur le fondement des articles L. 511-1 1 et L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne concernent pas le pays de destination ;

- l'arrêté méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. Mme B, ressortissante de la République du Congo née le 15 novembre 1983, déclare être entrée sur le territoire français le 15 août 2018. Elle relève appel du jugement du 15 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République du Congo comme pays de destination.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Mme B indique être arrivée sur le territoire français le 15 août 2018 pour y rejoindre sa fille née le 23 décembre 2014 au Maroc de sa relation avec un ressortissant français. Ce dernier serait venu chercher l'enfant au Maroc en septembre 2015, et l'appelante les aurait rejoints à son arrivée en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'en fait l'enfant a été élevé par ses grands-parents maternels qui résident en France et qui ont même sollicité l'autorité parentale sur l'enfant, alors que le père réside lui hors de France. Un jugement du juge aux affaires familiales du 15 juillet 2021 a néanmoins confié à l'appelante l'autorité parentale exclusive, avec un droit de visite du père. Mais comme l'ont indiqué les premiers juges, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B ait pris en charge l'éducation et l'entretien de sa fille depuis sa naissance ou à tout le moins depuis deux ans avant la date d'intervention de l'arrêté attaqué du 7 mars 2022. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En deuxième lieu, Mme B a vécu séparée de ses parents jusqu'à son arrivée en France. Elle est mère d'un deuxième enfant né en France de sa relation avec un ressortissant ivoirien qui ne dispose pas d'un droit au séjour en France. Il n'y a pas d'obstacle à ce que la cellule familiale qu'elle forme avec ses enfants se reconstitue dans son pays d'origine alors que le père de sa fille réside à l'étranger, qu'il n'est ni allégé ni établi qu'il exercerait effectivement son droit de visite et que le père de son deuxième enfant n'a pas vocation à rester en France. Dans les circonstances de l'espèce, la préfète de l'Oise n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux motifs des décisions contenues dans l'arrêté ni porté atteinte à l'intérêt supérieur des enfants. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'appelante doivent être écartés.

6. En troisième lieu, l'arrêté en cause vise et cite l'article L. 612-2 et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient la mention du pays de destination et les critères encadrant le pays de renvoi, au premier rang desquels figure le pays dont l'étranger a la nationalité. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination ne mentionnerait le pays de destination et n'aurait pas de base légale doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pereira.

Copie en sera transmise, pour information, à la préfète de l'Oise.

Fait à Douai le 13 décembre 2022.

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Huls-Carlier

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