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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA02040

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA02040

mardi 28 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA02040
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantQUEVREMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Rouen, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, d'autre part, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée ou familiale " ou " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente et dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Par un jugement n° 2200561 du 3 juin 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2022, M. B, représenté par Me Quevremont, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente et dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de trois mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'irrégularité au regard du principe du contradictoire en ce que les premiers juges ont qualifié sa demande, de première demande de titre de séjour, alors que la préfecture a bien statué sur une demande de renouvellement ;

- il est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit dès lors que sa demande a été effectuée le 23 juillet 2021 au guichet de la préfecture de Rouen et n'est donc pas postérieure à la date de validité de son titre de séjour, le courrier du 16 août 2021 étant un simple courrier complémentaire ;

- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A B, ressortissant guinéen né le 2 février 2000 à Boké (République de Guinée), est entré irrégulièrement en France le 23 juillet 2016, selon ses déclarations. Il a fait l'objet, le 29 juillet 2013, d'une décision d'accueil provisoire d'urgence en qualité de mineur isolé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance. Le 3 novembre 2016, le procureur de la République a ordonné son placement provisoire auprès de l'aide sociale à l'enfance de la Seine-Maritime. Par un jugement du 2 décembre 2016, le juge des enfants près le tribunal de grande instance de Rouen l'a confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Seine-Maritime jusqu'au 2 février 2018. M. B, devenu majeur, a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'est alors vu délivrer un titre de séjour, régulièrement renouvelé jusqu'au 4 août 2021. Il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour au titre du travail. Un récépissé de demande de carte de séjour mentionnant qu'il a demandé le renouvellement de son titre de séjour dont la validité expire le 4 août 2021, lui a été délivré le 23 juillet 2021. Par un arrêté du 10 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B relève appel du jugement du 3 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, M. B soutient que les premiers juges, en regardant sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour comme une demande tendant, non pas au renouvellement du titre de séjour qui lui avait été précédemment délivré, mais à la délivrance d'un " premier " titre de séjour, ont méconnu le principe du contradictoire et entaché, en conséquence, le jugement d'irrégularité.

4. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier de première instance que les premiers juges, en relevant que la demande de l'intéressé était postérieure à la date de validité de son titre de séjour et en procédant, en conséquence, à la requalification de l'objet de cette demande, se sont bornés à exercer leur office, en se fondant sur l'ensemble des éléments produits par les parties et soumis au contradictoire, pour se prononcer sur les moyens soulevés par M. B et rejeter sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime en date du 10 janvier 2022. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement attaqué, à raison de la méconnaissance du principe du contradictoire, ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

5. En second lieu, M. B soutient que les premiers juges, en qualifiant sa demande auprès de la préfecture de la Seine-Maritime de demande initiale de titre de séjour alors que cette demande a été effectuée dès le 23 juillet 2021 au guichet de la préfecture de Rouen et n'est donc pas postérieure à la date de validité de son titre de séjour, le courrier du 16 août 2021 étant un simple courrier complémentaire, ont entaché le jugement d'une erreur de fait, d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit. Toutefois, ce moyen, qui s'attache à la critique du bien-fondé du raisonnement retenu par les premiers juges, est, en tout état de cause, sans incidence sur la régularité du jugement attaqué.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / () ".

7. Si M. B soutient que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de mise en œuvre par le préfet de la Seine-Maritime des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, faute pour les service de la préfecture de la Seine-Maritime de lui avoir demandé de produire une pièce manquante, aucun texte ni aucun principe n'imposait au préfet de saisir pour avis la direction régionale des entreprises et de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi avant de statuer sur la demande de titre de séjour de M. B sur le fondement de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'aucune demande d'autorisation de travail n'avait été formulée par M. B,. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet de la Seine-Maritime, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, a procédé à un examen particulier et attentif de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. B doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / (). ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ".

10. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

11. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime a sollicité, devant les premiers juges, que les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soient substituées aux dispositions de l'article L. 421-1 du même code sur lesquelles il s'était initialement fondé pour rejeter la demande de M. B. Or, dès lors que M. B se prévaut d'un contrat à durée déterminée et non d'un contrat à durée indéterminée, l'arrêté trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées, ainsi que l'ont fait à bon droit les premiers juges, à celles de l'article L. 421-1 du même code dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces dispositifs.

12. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la délivrance d'un titre de séjour en qualité de travailleur temporaire est subordonnée à la détention préalable, par le demandeur, d'une autorisation de travail. Or, il n'est pas contesté que M. B n'est pas détenteur d'une autorisation de travail. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le préfet de la Seine-Maritime aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur ce motif pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité par celui-ci au titre du travail. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. B soutient que l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs, suffisamment circonstanciés, retenus à bon droit par les premiers juges au point 9 du jugement attaqué.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, par suite, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, par application des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Quevremont.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Douai, le 28 février 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nathalie Roméro

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