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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-22DA02172

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-22DA02172

mardi 27 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-22DA02172
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantDALMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B C A a demandé au tribunal administratif d'Amiens d'annuler la décision de la préfète de la Somme du 4 novembre 2019 qui lui a refusé un titre de séjour.

Par un jugement n° 2001650 du 2 juin 2022, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2022, M. A, représenté par Me Ketty Dalmas, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir cette décision ;

3°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Par un mémoire, enregistré le 28 novembre 2022, la préfète de la Somme conclut au rejet de la requête.

Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai du 22 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le pacte international relatif aux droits civiques et politiques ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement :

2. Il résulte de l'accusé de réception issu de l'application télérecours que le conseil de M. A a été convoqué le 27 avril 2022 à l'audience tenue par le tribunal le 18 mai 2022. La procédure juridictionnelle mise en œuvre ne dérogeant pas à l'article R. 431-1 du code de justice administrative, M. A n'avait pas à être convoqué personnellement.

3. Il résulte de ce qui précède que doit être écarté le moyen tiré de la violation des droits de la défense, du principe du contradictoire et des articles L. 5 et R. 711-2 du code de justice administrative, 14 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Sur la compétence de la signataire de la décision :

4. L'auteure de la décision, secrétaire générale de la préfecture, bénéficiait d'une délégation de signature, suffisamment précise, sur le fondement de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 et d'un arrêté du 11 octobre 2019 signé par la préfète et régulièrement publié.

Sur la motivation de la décision :

5. Après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens soulevés par le demandeur qui relèvent d'une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans sa demande avant l'expiration de ce délai.

6. M. A n'a invoqué aucun moyen de légalité externe avant l'expiration du délai de recours ouvert contre la décision attaquée. Son moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de cette décision, qui a été invoqué après l'expiration de ce délai, est donc irrecevable.

Sur la vie privée et familiale :

7. En premier lieu, M. A, né en 1995, a d'abord vécu au Cameroun puis en Allemagne où il est arrivé avec sa famille à l'âge de huit ans et où résident ses parents.

8. En deuxième lieu, M. A a déclaré être entré irrégulièrement en France en mai 2012. Il s'y est ensuite maintenu irrégulièrement, pendant près de cinq ans, jusqu'au dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en mars 2018.

9. En troisième lieu, si l'obligation de quitter le territoire français dont M. A a fait l'objet en août 2018 a été annulée par le tribunal administratif en décembre 2018, ce jugement s'est borné à enjoindre à la préfecture de procéder un réexamen de la situation de l'intéressé.

10. En quatrième lieu, après examen des éléments complémentaires fournis par M. A, le refus de titre de séjour a été confirmé en janvier 2019, ce refus n'a pas été contesté et l'intéressé s'est à nouveau maintenu irrégulièrement en France jusqu'au dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en avril 2019.

11. En cinquième lieu, M. A, qui avait monté avec son cousin un trafic de montres de luxe, a été condamné à six mois de prison pour vol aggravé et rébellion commis le 5 août 2014 et à douze mois de prison pour port sans motif légitime d'arme à feu et extorsion par violence commis le 28 octobre 2015.

12. En sixième lieu, si M. A s'est pacsé en juillet 2017 avec une ressortissante rwandaise bénéficiaire du statut de réfugié et s'il vit à Amiens avec elle et leur enfant né en septembre 2017, il est sans profession et il ne ressort pas des pièces du dossier, en se plaçant à la date de la décision attaquée, qu'il contribuait alors à l'entretien de son enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans.

13. En septième lieu, il en va de même s'agissant de l'autre enfant de M. A né d'une précédente union en octobre 2016 qui au surplus vit avec sa mère à Orléans.

14. Dans ces conditions, même si M. A avait une promesse d'embauche et pratiquait le football, la décision n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation y compris au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, n'a pas violé les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et L. 313-11, 7° du même code et n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de ce qui précède que tous les moyens ci-dessus invoqués, par voie d'action ou d'exception, doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. La présente ordonnance n'implique aucune mesure d'exécution pour l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

18. La demande présentée par le requérant et son conseil, partie perdante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Ketty Dalmas.

Copie en sera transmise pour information au préfet de la Somme.

Fait à Douai, le 27 décembre 2022.

Le président de la 1ère chambre,

Signé : Marc Heinis

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Christine Sire

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