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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA00252

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA00252

mardi 13 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA00252
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantZAIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Lille, d'une part, d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 15 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, d'autre part, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir.

Par un jugement n° 2207861 du 14 décembre 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2023, M. A, représenté par Me Zaïri, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2022 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

4°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de l'arrêt à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'attribution d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle fixe à un an la durée de cette mesure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les premiers vice-présidents des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant ivoirien né le 4 novembre 1980 à Bouake (Côte d'Ivoire), est entré irrégulièrement en France le 8 novembre 2021, selon ses déclarations. Il a été placé en garde à vue le 14 octobre 2022 pour des faits d'utilisation d'un document d'identité appartenant à un tiers, ressortissant de l'Union européenne. Par un arrêté du 15 octobre 2022, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A relève appel du jugement du 14 décembre 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort des motifs mêmes de l'arrêté contesté que ceux-ci, qui ne se limitent pas à reprendre des formules préétablies, énoncent de manière détaillée les motifs de droit et les considérations de fait tenant à la situation personnelle de M. A, sur lesquels le préfet du Nord s'est fondé pour faire obligation à celui-ci de quitter le territoire français. En particulier, cet arrêté relève que M. A, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, n'établit pas entretenir une relation intense, stable et ancienne avec la mère de l'enfant, née de ses œuvres une semaine avant la date d'édiction de cet arrêté, et que cette dernière a vu sa demande d'asile rejetée par une décision devenue définitive, de sorte que la cellule familiale pourra se reconstituer dans le pays d'origine de M. A. Par suite, et alors que le préfet n'avait pas à reprendre expressément et de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle ou familiale de l'intéressé, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français est insuffisamment motivée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, a procédé à un examen particulier et attentif de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré en France en novembre 2021 selon ses déclarations, est le père d'une enfant, née le 6 octobre 2022, soit une semaine avant la date d'édiction de l'arrêté contesté, qu'il a d'ailleurs reconnue dès le 3 octobre 2022, soit avant même la naissance de cette enfant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il ne réside pas avec la mère de cette enfant, de nationalité ivoirienne, dont il n'est pas contesté qu'elle réside irrégulièrement sur le territoire français. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui se borne sur ce point à produire des photographies, se serait impliqué dans la grossesse de la mère de cette enfant ni même qu'il entretiendrait avec celle-ci une relation d'une particulière intensité. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que M. A participerait à l'entretien ou à l'éducation de cette enfant. Enfin, M. A, qui ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire français, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales ou privées dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français ne saurait être regardée comme portant à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquée à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. M. A soutient que l'arrêté contesté, en ce qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français, porte atteinte à l'intérêt supérieur de sa fille, née le 6 octobre 2022. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors d'ailleurs que, ainsi qu'il a été dit au point 7, M. A n'établir pas entretenir une relation d'une particulière intensité avec la mère de cette enfant, que celui-ci participerait à l'entretien ou à l'éducation de cette enfant. En conséquence, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté porterait atteinte à l'intérêt supérieur de la fille de M. A. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, que le préfet du Nord, en faisant obligation à M. A de quitter le territoire français, aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation, nonobstant le fait que la mère de la fille de M. A a présenté, le 20 octobre 2022, une demande d'asile pour le compte de cette enfant en se prévalant des risques d'excision de cette dernière. Ce moyen doit donc être écarté.

Sur la décision portant refus d'attribution d'un délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 10 que M. A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant de lui attribuer un délai de départ volontaire, n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, pour refuser d'attribuer à M. A un délai de départ volontaire, a procédé à un examen particulier et attentif de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 10 que M. A, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, pour fixer le pays de renvoi, a procédé à un examen particulier et attentif de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté.

15. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, que le préfet du Nord, en fixant le pays de renvoi, aurait, au regard de la situation personnelle ou familiale de l'intéressé, entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

16. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

17. En premier lieu, il ressort des dispositions des articles L. 613-2 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative doit faire état, dans sa décision, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

18. Pour prononcer la décision faisant interdiction à M. A de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Nord, après avoir rappelé dans le corps de l'arrêté que celui-ci est entré irrégulièrement sur le territoire français en novembre 2021, qu'il n'a pas sollicité la régularisation de son séjour en France mais a fait usage d'un document d'identité appartenant à un tiers et qu'il n'établit pas entretenir une relation intense, stable et ancienne avec la mère de son enfant, née une semaine avant la date d'édiction de cet arrêté, a retenu, notamment, que M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire propre à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. De même, l'arrêté contesté mentionne qu'il convient, compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, de fixer la durée de cette mesure à un an, alors même que M. A n'a pas fait l'objet précédemment d'une mesure d'éloignement. Par suite, la décision faisant interdiction à M. A de retour sur le territoire français pour une durée d'un an comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, tant dans son principe que dans sa durée, doit être écarté.

19. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, que le préfet du Nord, en faisant interdiction à M. A de retour sur le territoire français et en fixant la durée de cette mesure à un an, aurait entaché cette décision d'une erreur d'appréciation, tant dans son principe que dans sa durée, au regard de la situation personnelle ou familiale de l'intéressé.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu, sous réserve de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A, de la rejeter en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sur le fondement des dispositions, citées au point 1, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Zaïri.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Douai, le 13 juin 2023.

Le président de la 4ème chambre,

Signé : Christian Heu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

Nathalie Roméro

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