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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-23DA01362

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-23DA01362

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-23DA01362
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantFELTESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Rouen d'une part, d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure, et d'autre part, d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jours de retard.

Par un jugement n° 2300589 du 29 juin 2023, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023, M. B, représenté par Me Pierre-François Feltesse, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 27 janvier 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte journalière de 50 euros ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le paiement d'une somme de 2 000 euros.

Il soutient que :

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'incompétence, est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant gabonais, né le 3 avril 1995, est entré en France le 14 septembre 2019 muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Il s'est vu accorder le renouvellement de ce titre jusqu'au 11 novembre 2022. Le 11 octobre 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " étudiant " mais, par un arrêté du 27 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. M. B relève appel du jugement du 29 juin 2023 par lequel le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Jean-François Courtois, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, qui bénéficiait d'une délégation de signature qui lui avait été donnée par un arrêté du 28 décembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et qui l'habilitait à signer notamment les refus de délivrance de titres de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et il ressort de ses termes mêmes que le préfet de la Seine-Maritime a procédé à un examen sérieux et personnalisé de la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, et d'absence d'examen sérieux et particulier de sa situation doivent être écartés.

5. En troisième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 111-2 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise susvisée : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ". Et selon les termes de l'article 12 de la même convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ".

6. Pour l'application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise précitée, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date du refus de renouvellement de son titre de séjour, et après avoir validé sa première année de BTS Services Informatiques aux Organisations, M. B avait échoué à deux reprises, en 2020-2021 puis en 2021- 2022, à valider sa première année de licence " Economie ", qu'il avait choisi de suivre après sa décision de réorientation à l'issue de sa première année en BTS, et il était de nouveau inscrit, pour une troisième année consécutive, en première année de cette licence pour l'année universitaire 2022-2023. S'il soutient que ses échecs successifs trouveraient leur cause tant dans le décès de sa mère au mois de mai 2022, que dans la pandémie mondiale de Covid ou encore dans le fait qu'il ne disposait pas d'outils informatiques performants, ces circonstances, au demeurant non établies pour la plupart, ne sauraient suffire à justifier l'absence de progression dans les études de l'intéressé, au cours de ces trois dernières années, alors qu'il n'a validé qu'une année en quatre ans de présence en France. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Seine-Maritime, qui n'a pas fait une inexacte application des stipulations et dispositions précitées, a estimé qu'il ne justifiait pas d'une progression effective dans ses études et ne démontrait pas le caractère réel et sérieux de ces dernières.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait illégale du fait de l'illégalité du retrait du titre de séjour n'est pas fondé et doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est célibataire et sans enfant à charge, n'était présent sur le territoire français que depuis quatre ans environ à la date de la décision contestée, dans le cadre d'un titre de séjour mention " étudiant ". En dehors des documents d'identité de ses frères et de ses belles-sœurs présents sur le territoire français, l'intéressé n'apporte aucune précision au soutien de son assertion relative aux liens d'une particulière intensité qu'il entretiendrait avec eux ni sur les liens amicaux qu'il indique avoir tissés depuis son arrivée. De plus, il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où réside encore sa sœur avec laquelle il ne ressort pas des pèces du dossier qu'il n'entretiendrait plus de liens. Dans ces conditions, et alors que le titulaire d'un titre de séjour étudiant n'a, en principe, pas vocation à rester sur le territoire national à l'issue de ses études, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce et, en particulier des motifs et du caractère particulièrement récent de son entrée, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme étant contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision ne peut davantage être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Compte tenu de ce qui a été exposé aux points précédents, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de la mesure portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondé et doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, les conclusions qu'il présente à fin d'annulation doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité. Il en va de même, par suite, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Douai le 27 septembre 2023.

Le président de la 2ème chambre

Signé : T. Sorin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

Anne-Sophie Villette

N°23DA01362

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